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Gastronomie Suisse

L’histoire du fromage: les grandes étapes

24.01.2022
par Kevin Meier

Si la Suisse est une nation fromagère, c’est parce qu’il existe des traditions ancestrales qui soulignent son savoir-faire et sa renommée. Voici les grandes étapes de l’histoire du fromage.

Le début de la fabrication du fromage et la manière dont elle s’est déroulée sont cachés dans la préhistoire. Ce qu’on sait, c’est que sa production nécessite l’élevage d’animaux domestiqués produisant du lait, comme les moutons, les vaches et les chèvres. On suppose que différentes cultures ont découvert les processus de fermentation et de coagulation du lait à différentes époques. Il existe deux types de procédés de coagulation pour fabriquer le fromage: la coagulation lactique, aussi dite acide, et la coagulation présure. Le premier consiste à utiliser des bactéries lactiques et de la chaleur, avant que le petit-lait ne soit séparé, et permet de produire toutes sortes de fromages frais. Le deuxième procédé de coagulation consiste à utiliser de la présure, un mélange d’enzymes que l’on trouve dans l’estomac des veaux et permet de fabriquer une vaste gamme de fromages à pâte molle ou extra-dure. Dans ce cas, le lait ou le caillé épaissi est découpé, séché par chauffage et/ou pressage et affiné. 

Des avantages reconnus très tôt

La transformation du lait offre divers avantages qui ont parfois même été nécessaires à la survie des Hommes. En effet, la transformation du lait permet de le conserver plus longtemps et de le transporter plus facilement. Dans les structures sociales des premières civilisations, cela permettait d’enrichir l’offre alimentaire et d’éviter les pénuries. Par ailleurs, les Hommes préhistoriques étaient intolérants au lactose. La transformation du lait permettait de réduire la teneur en lactose, ce qui rendait les produits plus digestes. 

Selon l’Histoire, le plus ancien indice de production de fromages a été trouvé en Coujavie, au nord de la Pologne: il s’agissait d’un récipient en argile au fond troué. La détection chimique de restes de graisses lactiques sur les tessons indique que le lait était déjà transformé en Europe au néolithique, il y a environ 7500 ans. Des représentations écrites et picturales de produits laitiers sont attestées en Mésopotamie à partir de l’an 3000 av. J.-C. Les premières formes de fromage que l’on a retrouvées datent de 3800 ans et proviennent d’une tombe de l’âge du bronze située dans la région chinoise du Xinjiang. On sait également que les civilisations grecque, égyptienne, celte et romaine transformaient le lait.

Fabrication de fromage: toute une histoire

Selon le Dictionnaire historique de la Suisse, des ossements d’animaux découverts sur le territoire helvétique actuel prouvent que les Hommes élevaient du bétail il y a déjà bien longtemps. On pense que les Celtes utilisaient le lait comme aliment et qu’ils fabriquaient des fromages au lait acidulé. Quant au processus de fabrication par la présure, il s’est probablement répandu grâce à l’Empire romain, qui est aussi à l’origine du mot. Du latin caseus, le terme désignait en effet «ce qui a fermenté, ce qui est devenu acide». 

L’effondrement de l’Empire romain a entraîné la disparition de la production de présure à grande échelle sur le territoire helvétique. Le savoir-faire ne semble toutefois pas s’être perdu, bien que l’on ignore quels types de fromages étaient fabriqués au début du Moyen Âge. À partir du XIIIème siècle, la fabrication de fromages est à nouveau attestée par des documents et, à partir du XVème siècle, la fabrication de présure se répand à nouveau à grande échelle. 

Des montagnes aux vallées

L’origine du fromage suisse, tel que nous le connaissons aujourd’hui, se situe dans les Alpes. Les Hommes qui vivaient en montagne n’avaient pas accès à beaucoup de nourriture. Par exemple, les céréales étaient surtout cultivées dans les vallées. Pour ces raisons et afin de ne pas mourir de faim pendant l’hiver, le lait était transformé en fromage. D’abord destiné à l’autosuffisance, le fromage d’alpage suisse est rapidement devenu un succès d’exportation. Faciles à transporter et demandés par la population urbaine et les pays voisins, les fromages à pâte dure et extra-dure ont commencé à être produits en quantité. Par la suite, en Suisse, la fabrication de fromages est devenue une activité importante et d’innombrables fromageries ont vu le jour dans les vallées, surtout à partir du XIXème siècle. Bien que le fromage d’alpage soit un délice très recherché, l’apparition des fromageries de vallée, les prix du lait plus avantageux et l’effondrement des marchés financiers de 1873 ont entraîné une chute des prix. Ainsi, malgré le boom fromager, les fromages d’alpage ont été relégués au second plan. 

Le XXème siècle

L’ensemble de l’économie fromagère a donc connu des moments de crise à travers l’histoire, notamment au niveau des exportations. Afin de renforcer le marché en Suisse et à l’étranger, la Station fédérale de recherches laitières a été créée en 1901. À la même époque et dans le même but, les producteurs de lait et de fromages s’organisent en associations. L’économie libre a toutefois connu une fin abrupte avec le début de la Première Guerre mondiale. L’économie fromagère a été soutenue par de fortes réglementations depuis 1914 par la Coopérative des exportateurs suisses de fromage (à partir de 1921, l’Union suisse du fromage). La Coopérative prenait en charge les fromages produits, encourageait la qualité et fixait les prix de vente. Pendant la Seconde Guerre mondiale et jusqu’en 1948, les exportations étaient toutefois interdites. Le marché ne s’est donc rétabli que lentement par la suite et l’Union fromagère a fait l’objet de critiques croissantes dans l’histoire. Selon Avenir Suisse, la bureaucratie excessive aurait entravé l’innovation et l’initiative personnelle et causé des pertes financières. L’Union suisse du commerce de fromages a finalement été dissoute en 1999. Plus libre, le marché a permis aux consommateurs de profiter de variétés aussi bien traditionnelles que nouvelles. La popularité des fromages suisses est ensuite restée constante au fil des siècles. Son histoire est reconnue il reste aujourd’hui un produit traditionnel porteur d’identité. 

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