
Michael Roschi
Directeur de Suisse Rando
D’un côté, quelques seniors qui se promènent tranquillement sur les bords du Rhin près de Rheinfelden. De l’autre, une équipe de traileurs qui franchissent d’un pas alerte le col de Torrent entre le Val d’Anniviers et le Val d’Hérens. Deux groupes bien distincts, à des centaines de kilomètres l’un de l’autre, dans des décors qui ne se ressemblent en rien. Et pourtant : les deux groupes profitent de la même infrastructure sportive, la plus grande du pays. On parle ici bien évidemment du réseau des sentiers pédestres suisses.
La dernière étude réalisée par la Confédération montre clairement que la randonnée est le sport le plus pratiqué en Suisse (par 58,1 % de la population), loin devant le cyclisme et le VTT réunis (46,4 %), la natation (30,0 %) et le ski (26,8 %).
Mais pourquoi un tel engouement ? Les réponses sont multiples.
Pour le corps et l’esprit
D’abord, il y a la question de la santé. Simple et accessible, la marche offre de nombreux bénéfices pour le corps et l’esprit. Elle soutient le fonctionnement du cœur en favorisant une bonne circulation sanguine et en réduisant le risque de troubles cardiovasculaires. En sollicitant les organes avec douceur, elle entretient les muscles, protège les articulations et participe à l’équilibre du poids. Mais ses effets ne s’arrêtent pas là : en agissant sur la production d’endorphines, elle aide aussi à relâcher les tensions, à diminuer le stress et à améliorer l’humeur au quotidien.
Sur le plan mental, il est intéressant de constater que l’intérêt pour la randonnée progresse à mesure que les écrans occupent une place croissante dans le quotidien. Ce n’est évidemment pas un hasard. La marche permet de s’éloigner du bruit, de ralentir son rythme, de retrouver un peu de silence et offre ainsi un cadre idéal pour se déconnecter. Au fil des pas, l’attention quitte peu à peu les écrans, les notifications et les sollicitations permanentes pour se recentrer sur des sensations simples comme le souffle, le contact du sol ou les sons environnants. Un lien fort avec l’instant présent, qui agit comme une pause mentale, presque méditative, où l’esprit peut enfin se relâcher.
Marcher pour découvrir
Mais si plus de quatre millions de Suisses pratiquent la randonnée chaque année sur les 65 000 kilomètres de sentiers pédestres balisés et entretenus par les associations cantonales de tourisme pédestre, c’est aussi, et peut-être même surtout, parce que chaque nouvelle balade permet de découvrir de nouveaux horizons et de profiter de la nature. Parcourir la Suisse à pied, que le balisage soit jaune (chemins de randonnée), blanc-rouge-blanc (chemins de randonnée de montagne) ou blanc-bleu-blanc (chemins de randonnée alpine), c’est traverser une mosaïque de paysages d’une richesse remarquable. En quelques kilomètres, on peut passer de la rive paisible d’un lac aux pentes abruptes d’une montagne, d’un vignoble en terrasse à des forêts profondes. Chaque région dévoile son identité propre : les reliefs jurassiens aux lignes douces, le Plateau ponctué de villages et de cultures, ou encore les sommets alpins qui dominent des vallées spectaculaires. Sans oublier une faune tout aussi variée au gré des différents milieux : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons et une multitude d’invertébrés.
La marche permet de s’éloigner du bruit, de ralentir son rythme, de retrouver un peu de silence.
Le travail de 2000 bénévoles
Entre les Suisses et leurs sentiers, on peut presque parler d’une histoire d’amour. Né en 1934, le concept de réseau de chemins de randonnée pédestre est officiellement inscrit dans la Constitution fédérale depuis 1979. Au niveau national, ce patrimoine est porté et coordonné par Suisse Rando, l’organisation faîtière du tourisme pédestre en Suisse, en étroite collaboration avec les associations cantonales. Aujourd’hui, cette gigantesque infrastructure est tellement familière à chacun que l’on en oublie parfois le travail que représentent son entretien et son développement. Plus de 2000 bénévoles œuvrent chaque année pour préserver la qualité de ce joyau. En outre, la forte popularité de la randonnée pose de nouveaux défis : entretien constant des infrastructures, gestion des flux dans certaines régions très fréquentées et conciliation des différents usages de la montagne et des espaces naturels. Préserver la qualité du réseau signifie donc non seulement le maintenir, mais aussi l’adapter aux évolutions des pratiques, des attentes et des conditions environnementales.
La technologie en renfort
Fondamentalement, la randonnée reste une activité simple. C’est l’une de ses forces. Mais cela ne l’empêche pas de tirer parti des progrès technologiques. Cartes digitalisées, GPS et applications facilitent aujourd’hui l’orientation et rendent les sentiers plus accessibles. Et ce n’est pas tout : de nouvelles innovations apparaissent, comme les dispositifs d’assistance à la marche. Dernièrement, en compagnie du président de Suisse Rando, Simon Stadler, j’ai pu tester un exosquelette. L’appareil électrique, contrôlé via une application, réduit l’effort physique et peut contribuer à diminuer la charge cardiovasculaire ressentie. Il s’agit d’une structure mécanique portée sur le bas du corps, qui accompagne les mouvements naturels des jambes et soulage une partie de la charge musculaire, notamment à la montée. Le test a été intéressant. Simon estime que ce genre d’appareil restera probablement un produit de niche pour les passionnés de technologie. De mon côté, je me dis qu’il pourrait bientôt permettre à des personnes affaiblies d’effectuer des randonnées plus longues ou plus difficiles. L’avenir le dira.
Expériences diverses
Le présent offre mille et une façons de profiter des chemins de randonnée : flâner, courir, photographier, observer la nature, méditer, cueillir des champignons ou simplement marcher. De mon côté, dans l’immédiat, je vais profiter de la 20e Nuit suisse de la randonnée qui sera organisée les 27 et 28 juin prochains. Sans exosquelette, mais avec une lampe de poche !
Je vous souhaite un bel été.
Texte Michael Roschi, Directeur de Suisse Rando
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