et si 50 ans n’était pas un tournant ?
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50+ Éditoriaux

Et si 50 ans n’était pas un tournant ?

26.06.2026
par SMA

Mathilde Appia
Directrice Fondation Qualife

Ce n’est pas la première fois que je prends ma plume pour ouvrir ce numéro spécial sur les cinquante ans et plus. Et une question revient à chaque édito : est-il pertinent de parler emploi dans un dossier qui parle vieillesse et retraite ? Serions-nous « vieux » dès 50 ans ?

C’est ce que la société essaie de nous raconter : qu’à 50 ans le couperet tombe, nous faisant basculer d’actifs dynamiques et productifs à des fardeaux coûteux et manquant d’agilité. C’est pourtant tout l’inverse que nous observons sur le terrain. Plus intéressant encore, les chiffres eux-mêmes contredisent ces préjugés.

Premièrement, on entend souvent que les plus de 50 ans seraient davantage absents du travail. Pourtant, les études disponibles ne le confirment pas. Certaines suggèrent même l’inverse du fait qu’ils sont libérés de certaines contraintes familiales.

Dans une société qui vit longtemps, les quinquagénaires d’hier n’ont rien à voir avec ceux d’aujourd’hui.

Deuxièmement, ils seraient peu habiles avec les nouvelles technologies. C’est faux également. Jeunes et moins jeunes se distinguent avant tout sur des usages différents. Or, ceux maîtrisés par les seniors, à savoir les outils bureautiques, restent les compétences les plus souvent valorisées par les entreprises. Au sein de notre fondation qui accompagne à la fois des 18-25 ans et des 50 ans et plus, l’écart est flagrant. Nous avons même cessé de faire passer le test de compétences numériques à ce dernier public, tant leurs résultats étaient bons. Cette évaluation garde en revanche toute sa pertinence pour le public jeune.

Troisièmement, les seniors seraient moins agiles. Mais c’est le contraire. Ils sont à un stade de leur carrière et de leur vie privée qui les rend plus enclins à « bouger », que ce soit sur un plan géographique ou organisationnel. Les 50 ans et plus ont fait leurs preuves et aspirent bien davantage à transmettre toute leur expérience, leurs nombreuses compétences et connaissances, qu’à suivre un plan de carrière tout tracé.

Pour finir, ils seraient plus chers. C’est vrai, mais de manière moindre que ce que l’on pense. Le surcoût LPP entre un salarié à plein temps de 45 ans et un salarié de 65 ans payé au salaire médian suisse représente environ 85 francs par mois. Une somme très modeste au regard des compétences et de l’expérience acquises durant vingt années supplémentaires de carrière.

Vous doutez encore ? Regardez vos collègues, voisins, amis de 50 ans et plus. Que voyez-vous ? Des personnes actives qui jonglent avec agilité entre leurs adolescents et leurs parents vieillissants, leur entraînement pour leur prochain semi-marathon et leur nouvelle vie amoureuse suite à leur divorce. Ni jeunes ni vieux, ils cumulent les atouts des deux âges : l’énergie de ceux qui construisent et la sagesse de ceux qui ont déjà beaucoup appris. Dans une société qui vit longtemps, les cinquantenaires d’hier n’ont rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. À leur santé !

Texte Mathilde Appia, Directrice Fondation Qualife

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