On croit parfois connaître les EMS. On les imagine calmes, routiniers, réservés aux soins et à des trajectoires toutes tracées. La réalité est bien plus riche. Décryptage d’un quotidien professionnel empreint d’humanité.
Les 55 EMS du Valais sont collectivement le plus grand employeur du canton. Structures indépendantes, ces établissements conservent toutefois chacun leurs spécificités, une taille humaine et un fort ancrage local. On y accompagne des personnes âgées dans la durée, avec leurs habitudes, leurs histoires, leurs proches, leurs besoins, mais aussi leurs envies. Cette continuité change profondément le sens du travail. Directeur de l’EMS Le Christ-Roi à Lens, Thierry Charmillot connaît bien cette différence. Après avoir dirigé l’Hôpital du Jura, il résume le changement de perspective en une formule : « À l’hôpital, le patient vient et repart. À l’EMS, c’est sa maison. »
Responsable des services centraux d’un groupe d’EMS de la région de Sion, Jonas Bernet raconte comment ses équipes, les soignants et l’animation se sont mobilisés autour d’un couple récemment entré en EMS, habitué à partager une raclette le soir lorsqu’il vivait encore chez lui. Pour rendre ce moment possible, il a fallu coordonner cuisine, intendance, soins, animation et technique. Un détail en apparence, qui dit pourtant beaucoup de la mission d’un EMS : adapter l’organisation à la vie des résidents, et non l’inverse.
Recruter une personne, pas seulement un CV
Pour Teresa Sorrentino, responsable RH à la Fondation Castel Notre-Dame à Martigny, cette dimension humaine est centrale. « Quand je fais un recrutement, je n’engage pas que des compétences, j’engage une personne », explique-t-elle. Les qualifications comptent, bien sûr. Mais en EMS, la posture, la capacité à entrer en relation, à travailler avec d’autres métiers et à comprendre la place du résident sont tout aussi déterminantes.
Des métiers exigeants, mais porteurs de sens
Lorsqu’on interroge celles et ceux qui travaillent en EMS sur ce qui fait l’intérêt de leur travail, une constante ressort : le sens. Quant aux conditions de travail, elles sont en constante amélioration, avec notamment l’introduction d’une convention collective depuis 2024 et des salaires équivalents et souvent plus élevés en comparaison intercantonale. Un investissement stratégique, comme le relève Thierry Charmillot : « On peut toujours construire des lits, mais les bras, on ne peut pas simplement les acheter ».
Vivre et travailler en Valais
Travailler en EMS en Valais, c’est aussi rejoindre un canton à taille humaine, où les institutions gardent un fort ancrage local. Pour Thierry Charmillot, originaire du Jura, l’arrivée en Valais a été facilitée par une culture de proximité et d’accueil, à condition d’aborder cet environnement avec humilité. Les réseaux comptent, les villages comptent, les histoires locales comptent. Mais c’est aussi ce qui donne aux EMS valaisans leur caractère particulier.

Florent Boscher
Maisons de la Providence (Châble/Orsières)
De la toiture aux soins, un nouveau métier à 40 ans
Arrivé de France il y a dix-sept ans, Florent Boscher a d’abord travaillé dans la couverture et la ferblanterie en Valais, après un parcours marqué par l’électronique puis l’intérim. Un métier exigeant, souvent dépendant des saisons, difficile à concilier avec la stabilité recherchée au moment de fonder une famille. L’idée des soins naît presque au détour d’une conversation avec son épouse : « Je l’ai regardée, je lui ai dit : Mais si j’allais dans les soins, t’en penses quoi ? » Le soir même, celle-ci avait déjà réuni les informations sur les formations possibles.
Si je pouvais, je me formerais toute ma vie.
Florent commence par la formation d’auxiliaire de santé Croix-Rouge, avec un premier stage déterminant. Il y découvre un métier très concret, où l’on est rapidement confronté à la réalité du grand âge, de la maladie et de la dépendance. Mais ce qui l’accroche, ce sont les rencontres : « Il y a des liens qui peuvent se créer avec les gens autour de certaines discussions, de leur histoire de vie, de leur façon d’être ».
Après deux ans dans les soins, sa curiosité le pousse plus loin. Il entreprend une formation raccourcie d’ASSC en emploi, une voie qui, en Valais, permet de continuer à travailler tout en obtenant un CFC. Pour Florent, cette possibilité a été décisive : elle lui a permis de progresser étape par étape, sans interrompre totalement son activité professionnelle. Aujourd’hui diplômé, il retient surtout le lien avec les résidents, l’empathie, le travail d’équipe et l’envie de continuer à apprendre : « Si je pouvais, je me formerais toute ma vie. »

Damien Heuline
Foyer St. Joseph (Sierre)
À 38 ans, bientôt infirmier-chef d’un grand EMS
Issu d’une famille de soignants, Damien Heuline se projette très tôt dans les métiers de la santé et entreprend des études de soins infirmiers. Diplômé, il travaille d’abord trois ans en réadaptation hospitalière avant de se tourner vers les EMS : « J’avais beaucoup d’attrait pour cette possibilité de créer des liens avec les résidents, de connaître la personne, ses besoins », explique-t-il.
Pour lui, l’EMS n’est pas un secteur moins exigeant que l’hôpital, mais un autre terrain d’exercice. L’infirmier y dispose d’une autonomie importante, notamment parce que la présence médicale n’est pas permanente. Il faut évaluer, observer, décider dans son champ de compétences, puis transmettre. « Nous sommes les yeux et les oreilles des médecins », résume-t-il. Une autonomie qui s’acquiert progressivement, insiste-t-il : elle ne signifie pas être seul, mais apprendre dans une équipe.
Nous sommes les yeux et les oreilles des médecins.
Entré au Foyer Saint-Joseph à Sierre comme infirmier d’unité en 2013, Damien Heuline y a ensuite évolué vers une fonction de clinicien, centrée sur la qualité des soins, la formation et l’accompagnement des situations complexes. Il s’apprête aujourd’hui à devenir infirmier-chef d’un établissement de 130 résidents et 130 soignants. À 38 ans, il aborde cette étape avec sérénité : « Je me sens bien entouré, bien guidé. » Une progression qui illustre les perspectives qu’offre l’EMS aux professionnels qui souhaitent développer leurs compétences et prendre des responsabilités.

Jonas Bernet
Les Pérégrines (Sion)
Les jours ne se ressemblent pas.
De civiliste à responsable des services centraux
Ébéniste de formation, Jonas Bernet arrive à l’EMS de Gravelone à Sion presque par opportunité. À 19 ans, alors qu’il doit accomplir son service civil, il cherche une affectation compatible avec la reprise partielle de sa maturité professionnelle. Le service technique d’un EMS lui paraît alors une solution pratique. Il y découvre pourtant bien davantage qu’un emploi transitoire. Dès ses débuts, la direction lui confie un premier projet concret : la réalisation d’un espace de restauration. « C’est la première fois qu’on m’a vraiment confié un projet de A à Z », se souvient-il. Ce qui devait être une étape devient un vrai choix professionnel. Jonas y trouve un métier varié, où « les jours ne se ressemblent pas » et où il faut sans cesse chercher des solutions. Menuiserie, maçonnerie, espaces verts, informatique, achats, gestion d’équipe, projets de rénovation : le service technique d’un EMS touche à tout. Mais dans ce contexte, la technique n’est jamais séparée de la vie quotidienne des résidents. « Tout ce qu’on va faire ou mettre en place a pour objectif le bien-être du résident », résume-t-il.
Au fil des années, Jonas prend progressivement davantage de responsabilités. Il obtient un brevet fédéral de concierge, devient responsable du service technique de l’EMS, puis responsable des services centraux du groupe qui réunit trois établissements. Son équipe de dix personnes compte aussi trois apprentis et des stagiaires, signe que ces métiers participent pleinement à la formation. « Je trouve ça assez fou de me dire : « Je suis parti de civiliste, puis je suis là où j’en suis aujourd’hui » », confie-t-il. Une trajectoire qui rappelle que les EMS ont aussi besoin de professionnels capables de faire vivre, adapter et sécuriser tout un environnement.

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