Interview par Marlène von Arx

Daniel Craig : « La danse aide à faire tomber les barrières »

De James Bond au détective Benoit Blanc, Daniel Craig navigue sans complexe entre les rôles les plus décalés de sa carrière.

« Under Cover » signifie désormais pour l’ex-007 Daniel Craig littéralement « sous la couette » : avec son dernier film Queer, l’acteur britannique tourne définitivement la page de ses jours de super-espion au service de Sa Majesté et se lance dans un tout nouveau défi d’acteur.

Les années passées à incarner James Bond ont marqué Daniel Craig. Pas seulement lui, mais aussi le public et la façon dont il perçoit cet acteur émérite aujourd’hui âgé de 57 ans. En pensant à son rôle emblématique, on imagine un héros luttant contre le mal, des points serrés, des voitures rapides, de belles femmes, et peut-être aussi l’esprit tourmenté d’un homme entouré de morts. Après cinq films en tant que 007, l’acteur britannique est prêt à montrer une toute autre facette de lui.

Cet été, il a surpris avec un look inattendu pour une campagne de mode : cheveux longs, lunettes jaunes, et pulls en laine épaisse aux couleurs vives. Un rappel : Daniel Craig peut être différent et on est encore loin d’avoir tout vu de lui. Depuis ses 50 ans, il montre qu’il ne se prend pas aussi au sérieux qu’on le pensait. Avec la série de films À couteaux tirés (Knives Out), où il joue un détective excentrique du Sud des États-Unis, il s’aventure avec légèreté dans la comédie. Sa devise semble être la liberté. Et puisqu’il n’a plus rien à prouver, il choisit aujourd’hui des rôles qui le poussent à se réinventer – comme dans Queer, réalisé par Luca Guadagnino.

Ce drame est basé sur un roman semi-autobiographique de William S. Burroughs. Daniel Craig y incarne un écrivain américain du nom de Lee, qui s’abandonne à l’alcool, la drogue et à un jeune ex-soldat dans le Mexique des années 1940. Burroughs (Le Festin nu) fut une figure majeure de la Beat Generation, et Craig s’est plongé avec enthousiasme dans son univers : « J’ai regardé beaucoup d’interviews de lui », a-t-il expliqué lors de la conférence de presse pour la première mondiale de Queer à la Mostra de Venise. « Il avait une personnalité profonde et posée. Je me suis dit que ce ne pouvait être qu’une façade, un mécanisme de défense. » En lisant Queer, un livre court mais intense, Craig a compris qu’il voulait explorer l’autre facette du personnage, celle que l’on connaît moins. « Queer parle de perte, de solitude et de désir. Si je devais écrire un rôle parfait pour moi, cochant toutes les cases de ce que je recherche dans un film, ce serait celui-ci. »

© HFPA

Et le film contient aussi plusieurs scènes de sexe explicites. À Venise, on a même parlé du retour du genre érotique, avec Nicole Kidman (Babygirl) et Cate Blanchett (Disclaimer) venues défendre des œuvres centrées sur la sexualité. Craig, lui, garde la tête froide : « Tout le monde sait que le tournage de scènes de sexe n’a rien d’intime, il y a plein de gens autour qui regardent. » Avec son partenaire à l’écran, Drew Starkey (connu pour la série Outer Banks), ils ont travaillé la chorégraphie des scènes d’amour des mois à l’avance. « La danse aide à faire tomber les barrières. Nous avons essayé de rendre ces scènes aussi touchantes, naturelles et vraies que possible », raconte Craig, qui ne tarit pas d’éloges sur son partenaire. « Drew a été un merveilleux acteur et partenaire dans ce domaine. Nous avons beaucoup ri, c’était important que ça reste aussi un plaisir. »

En revanche, ce que Daniel Craig aime beaucoup moins, c’est donner des interviews. Parler de lui, de ses proches, ou être un invité intéressant dans une émission de télé, ce n’est pas dans sa nature. « Je ne suis pas du genre à savoir allumer et éteindre un interrupteur », expliquait-il dans une interview au Men’s Journal. « Ce n’est pas dans ma boîte à outils. Peut-être que je ne fais pas assez d’efforts, mais pourquoi essayer d’être quelque chose que je ne suis pas ? Ce n’est tout simplement pas mon truc. »

Il a tout de même partagé quelques éléments personnels : né le 2 mars 1968 à Chester (connue pour ses vestiges romains), Daniel Craig a grandi à Liverpool avec sa sœur aînée Lea dans un environnement artistique. Sa mère était professeure d’arts plastiques, son beau-père était peintre. Son père biologique, quant à lui, était dans la marine marchande avant de posséder deux pubs. À 16 ans, Daniel déménage à Londres pour intégrer le National Youth Theatre. Il y décroche bientôt des rôles variés qui démontrent l’étendue de son talent : soldat (The Power of One), sans-abri (Our Friends in the North), ou amant de la fille du roi Arthur (A Kid in King Arthur’s Court), il apprend son métier durant les années 90. Hollywood ne tarde pas à l’appeler : il joue aux côtés d’Angelina Jolie dans Lara Croft: Tomb Raider, avec Tom Hanks et Paul Newman dans Les Sentiers de la perdition, ou encore dans Munich de Steven Spielberg.

Avant chaque tournage, je passais une heure à la salle, ce n’est pas ma passion, puis encore 40 minutes d’entraînement au combat.

Lorsqu’il est annoncé en 2005 comme le nouveau James Bond dans Casino Royale (sa mère aurait vendu la mèche à un journal local), le monde s’emballe : un Bond blond ? Beaucoup le voyaient davantage docker que gentleman en smoking. Début difficile. Il ne pouvait pas contrôler la polémique, mais il pouvait donner le meilleur de lui-même : sous Craig, Bond ressent de vrais sentiments (pour Vesper puis Madeleine), les « James Bond girls » deviennent des héroïnes d’action à part entière. Malgré quelques controverses, les critiques se sont tues. Pour les Suisses, une déception : en 2008, il annule au dernier moment sa venue à la première de Quantum of Solace à Emmenbrücke pour cause de maladie. Il se réjouissait pourtant de fouler le tapis rouge aux côtés du réalisateur suisse Marc Forster : « La Suisse est le pays de Marc, donc la première y aura forcément une saveur particulière », disait-il alors. Lors de la tournée presse pour Spectre, il choque en déclarant qu’il préférerait se trancher les veines plutôt que de rejouer Bond. Il s’excusera plus tard pour cette phrase jugée ingrate. Comme on le sait, il revient pourtant une dernière fois en 2021 avec Mourir peut attendre, livrant une performance finale intense avant de tirer définitivement sa révérence.

Il ne regrette pas l’entraînement physique intensif exigé par Bond. « Avant chaque tournage, je passais une heure à la salle – ce n’est pas ma passion – puis encore 40 minutes d’entraînement au combat », racontait-il à l’époque de Quantum of Solace, interview qu’il donna le bras en écharpe, après une blessure à l’épaule nécessitant une opération. Son rôle de détective Benoit Blanc dans À couteaux tirés est bien plus relax : « Quand Hugh Jackman et moi avons joué deux flics de Chicago à Broadway, j’avais passé un peu de temps avec la police locale. Mais Benoit Blanc est une invention de Rian Johnson, inspirée des détectives d’Agatha Christie, comme Hercule Poirot. J’ai lu beaucoup de ses livres dans ma jeunesse, je connais bien le style », explique Craig, qui résout son premier meurtre dans À couteaux tirés en 2019. Il est aussi séduit par le grand casting et par l’opportunité de collaborer enfin avec le réalisateur Rian Johnson, avec qui il discutait de projets depuis vingt ans. « Ma femme a travaillé avec lui, elle est aussi fan. »

Sa femme, c’est bien sûr l’actrice Rachel Weisz. Elle l’a rencontré en 1994 lors d’une pièce de théâtre, alors qu’il était marié à Fiona Loudon. Ce n’est qu’en 2010, sur le tournage du film Dream House, qu’ils tombent amoureux. Ils se marient en 2011. Il a une fille, Ella, d’un précédent mariage ; elle a un fils, Henry. Leur fille commune est née en 2018. Son prénom n’a jamais été rendu public, mais dans The Late Show avec Stephen Colbert, Weisz a révélé : « Elle lui ressemble beaucoup. Elle a les yeux bleu acier et les épaules larges, comme lui. »

Tout comme sa famille, le troisième film Knives Out récemment tourné en Angleterre reste très secret. On sait juste que sous le titre Wake Up Dead Man, un nouveau meurtre attend d’être élucidé. Parmi les suspects potentiels : Glenn Close, Mila Kunis, Jeremy Renner, Kerry Washington, Andrew Scott, Josh O’Connor et Josh Brolin. Une affaire à suivre de près !

Image d’en-tête © HFPA

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26.06.2026
par Marlène von Arx
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