Interview par Marc-Antoine Guet

Dominique Perrault : « Penser les infrastructures comme une architecture »

Architecte-urbaniste du Village olympique de Paris 2024 et du Grand Paris Express, il esquisse une vision élargie de l’espace public et des mobilités.

Urbaniste du village olympique 2024 et architecte de la gare de la gare Villejuif-Gustave Roussy pour le Grand Paris Express, Dominique Perrault défend une autre manière de penser les infrastructures de transport. Pour lui, elles ne doivent plus être seulement fonctionnelles, mais prolonger l’espace public et participer à la transformation de la métropole.

Dominique Perrault, en quoi les grandes infrastructures de transport sont-elles devenues, selon vous, un enjeu central dans la fabrication de la ville de demain ?

Elles sont essentielles, parce qu’elles structurent la vie quotidienne. Depuis toujours, on a pensé les transports publics de manière principalement fonctionnelle : on descendait dans un tunnel, on prenait le métro et on attendait que le trajet passe en regardant ses pieds. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement d’organiser des flux, mais de révéler ces infrastructures à des usages multiples qui prolongent le tissu urbain de nos villes. Les transports collectifs sont un sujet profondément démocratique, tout le monde y a accès.

© Alexandre Tabaste

Le Grand Paris Express incarne-t-il cette nouvelle manière de penser le transport ?

Oui, très clairement. Il ne s’agit pas seulement d’une performance d’ingénierie. Le Grand Paris Express, ce sont 200 kilomètres de nouveaux tunnels, soit davantage que le métropolitain à l’intérieur du périphérique. Il y a là une dimension citoyenne très forte. Environ 68 gares nouvelles vont être réalisées. Des gares signées par des architectes, mais aussi des lieux artistiques. Elles intégreront des œuvres contemporaines ainsi que des créations d’illustrateurs. Avec un ticket de métro, on pourra donc découvrir de l’architecture et des œuvres d’art. D’une certaine façon, cela formera le plus grand musée du monde, et sans doute le moins cher.

Pourquoi vous paraît-il essentiel d’associer l’art à la conception de ces grandes infrastructures ?

Parce qu’il donne une sensibilité à ces espaces. Le travail des illustrateurs est très intéressant : chacun est allé en résidence pendant une semaine dans le quartier où il allait y avoir une nouvelle gare. Leurs dessins sont nés de ce qu’ils ont vécu et ressenti sur place. La présence de l’art permet d’être transporté autrement, physiquement par le métro, mais aussi du point de vue de l’imagination. 

Il ne s’agit plus seulement d’organiser des flux, mais de révéler ces infrastructures à des usages multiples qui prolongent le tissu urbain de nos villes.

Comment la gare de Villejuif–Gustave Roussy prolonge-t-elle l’espace public ?

C’est une gare de grande profondeur, à 50 mètres sous terre, et un point majeur du réseau, où vont se croiser 100 000 personnes par jour. Je l’ai conçue comme un prolongement de l’espace public. Il n’y a pas une seule entrée : c’est une place publique que l’on peut traverser. On ne s’y engouffre pas. On découvre la gare, puis on descend progressivement vers les quais, sans tunnel, sans galerie, sans zone d’ombre. La lumière naturelle nous conduit jusqu’au niveau des quais. On n’a donc pas le sentiment d’être sous-terre. On descend, simplement à l’air libre. C’est pour cela que je parle d’une autre relation sensorielle au réseau des transports publics : on ne regarde plus ses pieds, on regarde le ciel.

Qu’est-ce qui distingue une infrastructure strictement fonctionnelle d’une infrastructure qui améliore réellement la vie urbaine ?

Sa capacité à créer de la relation. Aujourd’hui l’espace public de nos villes est en pleine évolution. Il y a davantage de végétalisation, davantage de pistes cyclables, des trottoirs élargis, moins de voitures. Tout cela est positif, mais ne suffit pas automatiquement à produire une rue hospitalière. Ce n’est pas parce que l’on améliore séparément chaque réseau que l’on crée un véritable espace public. La ville de demain se jouera dans sa capacité à faire travailler ensemble ingénieurs, architectes, artistes et responsables publics pour fabriquer des lieux communs à l’usage de tous, portés non seulement par une volonté politique mais surtout par une vision politique.

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07.07.2026
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