« l’avenir se présente bien »
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Sport

« L’avenir se présente bien »

28.06.2026
par SMA

On l’a connu défenseur international, passé par Arsenal et la Nati. Aujourd’hui, Johan Djourou construit une autre trajectoire. De l’équipe nationale féminine suisse aux plateaux de télévision, l’ancien joueur raconte une reconversion guidée par la transmission et la volonté de rester au contact d’un sport qu’il dit ne pas pouvoir quitter.

Johan Djourou
Ancien footballeur & consultant Coupe du Monde sur M6

Johan Djourou, vous avez été nommé en 2024 coordinateur sportif de l’équipe nationale féminine suisse de football. Quel est votre rôle aujourd’hui ?

Le rôle a évolué. En 2024, j’étais coordinateur, je suis désormais directeur technique. Au départ, il s’agissait surtout de donner une impulsion, avec le programme Impulse, soutenu par Swiss Olympic. L’idée était de travailler avec les clubs et de réunir les joueuses une journée par mois. Il y avait aussi un travail relationnel avec elles : du conseil, des discussions et du partage d’expérience. Depuis, mes missions se sont élargies. J’ai notamment dû choisir le coach aujourd’hui en place. Mon rôle consiste désormais à construire une philosophie commune afin que les jeunes et l’équipe A avancent dans la même direction.

Quel regard portez-vous sur l’équipe nationale féminine suisse, après l’Euro 2025 disputé à domicile ?

Nous avons une équipe très jeune, qui a grandi pendant l’Euro. Maintenant, il s’agit de poser un cadre. La qualification pour la Coupe du monde est un objectif important, mais nous avons les capacités de le faire et, en interne, nous y croyons fortement. Ce travail demande du temps : il faut appliquer des principes et permettre aux joueuses de s’y sentir à l’aise. Je trouve notre travail cohérent. L’avenir se présente bien.

L’ASF parle d’une stratégie 2026–2030 axée sur la relève. Comment la traduire concrètement sur le terrain ?

C’est une question d’héritage : que peut-on mettre en place aujourd’hui pour laisser une trace durable, notamment chez les jeunes ? La base est très importante. En comparant les joueuses de plus de 30 ans avec celles qui débutent, on voit à quel point le football féminin a évolué. Le projet jeunes est donc essentiel. Il faut former ces joueuses et leur donner les bonnes bases athlétiques pour se développer au niveau international. Quand on regarde l’Espagne, l’Angleterre ou l’Allemagne, nous sommes encore loin sur le plan des résultats. Mais notre idée est de nous en rapprocher. Pour cela, il faut investir dans la jeunesse et dans les clubs.

Où se situe aujourd’hui le principal enjeu pour faire émerger davantage de joueuses suisses de haut niveau ?

C’est un ensemble. Il faut détecter les talents partout. Nous sommes peut-être trop focalisés sur les clubs d’élite, alors qu’il peut y avoir des pépites ailleurs. Le temps de jeu est aussi essentiel. Plus elles jouent tôt, plus elles acquièrent de l’expérience. Je comprends que les clubs soient attirés par des joueuses étrangères, parce qu’elles ont parfois un impact plus rapide. Mais il faut aussi prendre le temps de développer les joueuses de demain.

Vous avez connu le très haut niveau, notamment avec l’équipe de Suisse et Arsenal. Que peut apporter votre expérience d’ancien défenseur international à cette équipe féminine jeune et en construction ?

Je dirais que ce n’est pas mon rôle d’intervenir à la place du coach. Nous échangeons avec l’entraîneur pour faire avancer les choses, mais je ne vais pas empiéter sur son travail. En revanche, je peux discuter avec les joueuses lorsqu’elles ont besoin de soutien ou de réponses liées à leur poste. Cela peut concerner le rôle de défenseure centrale, le positionnement ou l’aspect mental. Pour elles, c’est intéressant d’avoir accès à cette expérience et de pouvoir poser des questions.

Le sport est clairement vital.

Vous entraînez aussi au niveau local. Que vous apporte ce contact avec la base ?

Pour moi, c’est le socle du football. Une jeune joueuse qui veut peut-être un jour réaliser son rêve doit être formée et comprendre le jeu. Tout ce qui vient ensuite est beaucoup plus subtil. Si elle comprend son orientation du corps, les interlignes, les intervalles et les situations qui changent sur le terrain, elle prend de l’avance. Ce qui manque encore aujourd’hui dans le football féminin, c’est une vraie structure. Dans ce rôle d’entraîneur, je veux leur donner des armes et des outils pour progresser par elles-mêmes.

Avez-vous toujours eu cette envie de transmettre ?

C’est venu avec le temps, même si la transmission m’a toujours intéressé. La psychologie aussi. J’ai toujours été un joueur qu’il fallait approcher de manière pédagogique, pas seulement factuelle. Il fallait m’expliquer les choses, leur donner du sens. Je pense donc que cela va avec ma personnalité. Le fait que ma fille ait commencé le football il y a quatre ans a aussi été un élément déclencheur. Mais dès le moment où je prends une équipe, toutes les joueuses sont à la même enseigne, avec la même exigence.

On vous voit aussi comme consultant dans les médias. En quoi ce rôle a-t-il changé votre regard sur le jeu ?

Ce n’est pas totalement nouveau. Lorsque j’étais à Arsenal, j’avais mon propre show, Arsenal Insider. Ensuite, cela s’est développé. Quand j’ai arrêté, RMC m’a contacté. J’ai ensuite travaillé autour de l’équipe de Suisse, notamment pendant la Coupe du monde au Qatar, puis l’Euro en Allemagne. De fil en aiguille, la Ligue 1 m’a appelé. Dans cet exercice, il faut essayer d’être pertinent. J’ai toujours adoré le football, c’est quelque chose qui m’habite. Mais tout ancien joueur ne devient pas forcément un bon consultant. Il faut faire son travail : regarder les matchs et suivre l’évolution du jeu. Finalement, l’important est de respecter les athlètes et de ne jamais analyser pour casser.

Quel ton cherchez-vous à adopter dans l’analyse ?

J’essaie d’avoir un avis objectif. Je ne suis pas quelqu’un qui vient pour casser. Je peux avoir un avis tranché, mais toujours dans la bienveillance. Pour moi, il est important d’humaniser les choses. On a parfois l’impression de voir des robots sur un terrain, alors que les joueurs restent des êtres humains. On ne sait pas toujours ce qu’ils vivent. Des erreurs, il y en aura toujours. Mais il ne faut pas oublier qu’elles résonnent souvent beaucoup plus fort chez le joueur que chez ceux qui les analysent.

Avec toutes ces activités, trouvez-vous encore le temps de faire du sport ?

Oui, c’est une obligation pour moi. M’entraîner, rester en forme, c’est quelque chose que je continue à faire et que je continuerai. C’est une question de mentalité. Le sport participe à mon équilibre. J’ai été joueur pendant plus de 17 ans. Aujourd’hui, ne pas faire de sport est devenu une angoisse. Si je passe une journée sans bouger ou sans transpirer un peu, je ne me sens pas bien. Le sport est clairement vital. J’ai aussi envie de garder ce côté athlétique. Et si je dois coacher, je dois être un exemple pour les joueuses ou les joueurs autour de moi.

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