Classée numéro un mondial en gestion hôtelière pour la huitième année consécutive, l’EHL, initialement fondée en tant qu’École Hôtelière de Lausanne, incarne depuis 1893 une certaine idée de l’excellence suisse.
Markus, selon vous, qu’est-ce qui distingue fondamentalement le modèle pédagogique suisse de ses concurrents internationaux ?
Deux choses, essentiellement. D’abord, il est possible en Suisse de mener une carrière réussie et d’acquérir un certain statut professionnel sans nécessairement passer par l’université. On peut commencer par une formation professionnelle, puis, si on le souhaite, compléter son parcours par un diplôme de l’enseignement supérieur. On peut débuter en tant que chef cuisinier, puis suivre un programme d’école de management hôtelier en bachelor, puis en master. Nos partenaires en Inde, en Chine ou à Singapour admirent profondément ce système éducatif qui repose sur la formation professionnelle. Je pense que c’est un facteur distinctif.
Au sein de l’EHL, l’apprentissage par l’expérience est aussi un facteur distinctif. Les étudiants apprennent en faisant. Le programme de Bachelor débute par une année préparatoire, durant laquelle ils passent six mois sur le campus, puis six mois en entreprise. L’expérience sur le campus de l’année préparatoire est fantastique. Les étudiants suivent 21 ateliers pratiques, servent, cuisinent, interagissent avec de vrais clients. Cela leur apprend le sens du détail, le pragmatisme. Quand ils intègrent les années suivantes, ils peuvent alors mettre en pratique les concepts en perspective avec leur propre vécu. Et plus tard, quand ils exercent des responsabilités managériales, ils se souviennent de ce qu’est un métier opérationnel. Je pense que cela rend humble, dans le bon sens du terme.
Chaque année, des multinationales de renom recrutent vos diplômés. Comment expliquez-vous cet attrait au-delà de l’hôtellerie ?
Nos étudiants maîtrisent des compétences d’hospitalité qui sont universellement transférables. À l’heure où l’intelligence artificielle rend les savoir-faire techniques de moins en moins différenciants, ce qui compte, ce sont la capacité à communiquer, l’empathie, le jugement et la pensée critique. Nos programmes visent à mobiliser l’esprit, le cœur et les mains de chacun afin de former des individus centrés sur l’humain.
À l’heure où l’intelligence artificielle rend les savoir-faire techniques de moins en moins différenciants, ce qui compte, ce sont la capacité à communiquer, l’empathie, le jugement et la pensée critique.– Markus Venzin,
CEO de l’EHL
Nos étudiants excellent aussi en entretien : ils sont à l’aise dans l’interaction humaine, ils font bonne impression. Je pense être capable de reconnaître un diplômé de l’EHL à sa façon de parler, de se comporter, même sans savoir qu’il en est issu. Un doyen d’une autre école me l’a dit un jour avec des étoiles dans les yeux : « Vous formez des citoyens du monde policés, capables de s’intégrer dans n’importe quel environnement d’entreprise. » Je ne pouvais pas rêver meilleur résumé.
Depuis 2019, l’EHL trône au sommet du QS World University Rankings en gestion hôtelière. À quoi attribuez-vous cette constance ?
La méthodologie de ce classement repose à 50 % sur les retours des employeurs. Or nous obtenons justement le score maximum auprès de ces derniers. C’est là, je crois, l’explication principale de notre première place. Les recruteurs nous font confiance parce que nous sélectionnons les bons profils, nous les formons rigoureusement, et nous parvenons à les placer aux meilleures positions du secteur. Nous produisons également une recherche sérieuse, reconnue par la communauté académique pour sa rigueur et sa pertinence.
Un diplôme EHL, c’est aussi un diplôme suisse. Alors que des écoles prestigieuses émergent partout dans le monde, le « Made in Switzerland » se vend-il toujours aussi bien ?
Oui, et les parents comme les étudiants y sont très attachés. Regardez la concentration d’établissements d’excellence en Suisse, cela dit quelque chose de la solidité du modèle. Dans notre cas, il y a aussi une dimension historique : nous sommes la première école hôtelière au monde, fondée en 1893. Cela représente plus de 35 000 alumni, et si vous regardez les directeurs généraux des grands hôtels de la planète, vous constaterez très souvent qu’ils sont passés par l’EHL.
Comment transmettre des valeurs suisses telles que la rigueur, l’attention au détail et l’exigence à des étudiants venus du monde entier ?
Nos promotions réunissent jusqu’à 130 nationalités différentes. Il ne s’agit pas d’étudiants en échange qui restent six mois, mais de cohortes qui vivent ensemble pendant quatre ans. On ne se contente pas de comprendre d’autres cultures, on apprend à les apprécier, à aimer leurs différences. C’est ce qui forge un état d’esprit véritablement cosmopolite.
L’EHL existe depuis 1893. Vous sentez-vous dépositaires d’un héritage national, au même titre qu’un horloger du Jura ou qu’une grande maison chocolatière ?
Absolument, et c’est une responsabilité que je prends très au sérieux, avec mes collègues et notre conseil d’administration. Nous avons opéré une transition vers une école de commerce à part entière, mais nous avons simultanément créé une école des arts pratiques pour rester profondément enracinés dans les métiers de l’hôtellerie. D’autres écoles de management ont perdu cette spécificité en chemin. Nous, nous tenons ce cap.
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