À la tête de Romande Energie, François Fellay pilote une transformation profonde du système énergétique. Entre décentralisation, digitalisation et impératifs de souveraineté, il défend une approche pragmatique : moderniser les réseaux, accélérer les renouvelables et rendre les clients acteurs de leur consommation.
François Fellay, pouvez-vous vous présenter et rappeler votre rôle ?
Je suis CEO de Romande Energie. Mon rôle est de fixer le cap stratégique, d’en garantir l’exécution et de créer les conditions de réussite pour nos 1500 collaboratrices et collaborateurs. La transition énergétique se joue d’abord sur le terrain, au plus près des clients et des réseaux.
Quel est aujourd’hui le principal changement structurel à piloter ?
Le système devient beaucoup plus décentralisé : l’électricité n’est plus seulement produite par de grandes centrales, elle l’est aussi localement. L’essor du photovoltaïque est une chance, mais il impose de gérer l’injection dans le réseau, endroit par endroit, minute par minute. Cela signifie moderniser les infrastructures, renforcer le pilotage en temps réel et développer des solutions de flexibilité et de stockage pour intégrer davantage de renouvelables tout en garantissant la stabilité.
Pourquoi le réseau devient-il stratégique ?
Dans un système décentralisé, le réseau est l’infrastructure clé. Nous passons d’un modèle « descendant » à un réseau bidirectionnel, plus complexe. La donnée devient essentielle : avec les compteurs intelligents, nous avons des mesures quasi en temps réel. Bien utilisées, elles permettent d’anticiper les contraintes, d’optimiser les coûts et, in fine, la facture des particuliers.
Quels sont les leviers pour décarboner la Suisse romande ?
Trois priorités. D’abord l’immobilier : devenir d’ici 2040 le leader romand de la décarbonation des bâtiments. Ensuite la flexibilité; pilotage de la demande, tarifs dynamiques, stockage, pour mieux équilibrer production et consommation. Enfin la digitalisation, pour optimiser les actifs et aider les clients à réduire leurs émissions et leurs coûts.
Comment gérer un réseau où la production dépasse parfois la consommation locale ?
Le principe reste simple : à chaque instant, production et consommation doivent s’équilibrer. Mais avec le solaire, les écarts sont rapides et localisés. Cela implique davantage de prévision, de pilotage en temps réel et de solutions de flexibilité pour éviter les congestions et limiter les coûts.
L’écoute, l’ouverture, la capacité à décider dans l’incertitude et à embarquer les équipes avec un cap clair.
Le réseau est-il prêt pour l’électrification des usages ?
Il absorbe déjà cette hausse, et nous continuons d’investir. Le levier le plus rapide reste une meilleure exploitation de l’existant : lisser les pointes, piloter certains usages et déplacer la consommation vers les moments où l’électricité renouvelable est abondante.
Comment arbitrer entre innovation et coûts ?
Nous cherchons un équilibre entre enjeux économiques, environnementaux et sociétaux. Chaque investissement doit démontrer son utilité, rester maîtrisé et être orienté client, avec transparence et simplicité. L’objectif est d’innover sans renchérir la facture au-delà du raisonnable.
Comment concilier performance économique et mission sociétale ?
Une transition réussie doit être rentable, utile et acceptable. Nous devons générer une performance suffisante pour investir et innover, tout en maintenant des prix compétitifs et des conditions de travail attractives. La durabilité consiste à tenir compte de ces exigences dans la durée.
Quel rôle pour un acteur régional dans la souveraineté énergétique ?
Électrifier les usages et produire davantage localement permet de réduire la dépendance aux énergies fossiles importées. Un acteur comme Romande Energie contribue en développant les renouvelables, en modernisant les infrastructures et en accompagnant les clients vers des solutions efficientes.
Comment articulez-vous enjeux locaux et globaux ?
Les enjeux sont globaux, mais les solutions sont locales. En développant des capacités renouvelables régionales et un système flexible, nous renforçons la résilience face aux aléas géopolitiques.
Quelles compétences pour un CEO aujourd’hui ?
L’écoute, l’ouverture, la capacité à décider dans l’incertitude et à embarquer les équipes avec un cap clair. La transition énergétique est un projet de long terme.
Comment mobiliser les équipes ?
En donnant du sens, en structurant les priorités et en restant proche du terrain. La clarté et la réactivité sont essentielles.
Quel risque majeur identifiez-vous ?
Deux principaux : le ralentissement du déploiement des renouvelables et des infrastructures, et le manque de sobriété. Produire plus pour gaspiller plus n’a pas de sens.
À quoi ressemblera le modèle énergétique dans 10 à 15 ans ?
Un système plus flexible, largement renouvelable, avec un réseau numérisé capable d’optimiser les flux à moindre coût. Les clients piloteront leurs usages. Romande Energie entend y jouer un rôle de référence, au service de la décarbonation et de la souveraineté énergétique.
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