What’s Your Next Step ?
Quel sera ce prochain pas ? Un pas de danse, un pas de côté ou un bond en avant ? La vie est une danse : souvent on invite, quelquefois on est invité, parfois on fait tapisserie et, soudainement, on fait un merveilleux tour de piste… Promenons-nous à travers les dix étapes des pas à faire, à apprendre et à développer.

Stef de Jong
Doyen EU Business School, Genève
La formation de jeunes cadres a traversé un demi-siècle de transformations majeures, marqué par des crises : énergie, immobilier, dettes, monnaies, CoViD, puis deux révolutions industrielles, dont la dernière continue à envoyer ses ondes de choc. Rien de nouveau par rapport au siècle passé. Les systèmes d’éducation sont à la croisée des chemins : depuis le CoViD, travail et enseignement en ligne sont jugés sur leurs résultats ; le présentiel a gagné en qualité et en méthodes. Qu’apprendre et comment ? Voilà une question mouvante…
Les premiers pas : Méthode…
Tout d’abord : peut-on apprendre tout à tous ? « On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui », disait Pierre Desproges.
En va-t-il de même pour l’éducation ? Aujourd’hui, presque tous les jeunes accèdent à une formation. La Suisse a un système très lié aux métiers, de l’apprentissage à la recherche universitaire appliquée. Ce système permet également une certaine transversalité : grâce à des stages et à des examens interposés, les étudiants, après leur apprentissage, peuvent accéder aux hautes écoles.
Que faut-il pour apprendre ? Dans une progression propre à chacun : le jeu, la curiosité, le désir de survie, la convoitise, la ténacité, la peur, le talent, la découverte, la passion, une liste à compléter ad libitum. Tous ces éléments peuvent être développés, influencés et cultivés. Les méthodes sont légion : imitation, explications, cours, livres, Reels, YouTube, découverte, la liste est illimitée. On pourrait même ajouter une conscience collective avec sa transmission par la synchronisation des cerveaux, les médias sociaux ne sont pas loin de ça, voire ajouter l’instinct et l’intuition, de sixièmes et septièmes sens et plus ; mais ne nous éloignons pas trop du banc d’école, un meuble qui nous vient des siècles passés.
… et obstacles
Le cerveau a une grande élasticité, peut s’adapter et développer les neurones nécessaires, mais il existe des contraintes physiques, sociales, éthiques et financières aux processus d’apprentissage.
On peut apprendre à un cheval à compter jusqu’à 200, multiplications comprises, mais pas beaucoup plus loin. Contrainte physique. Le jeune cadre peut, par toutes sortes de moyens, progresser très vite. Il faut apprendre les langues des couches sociales, par interaction et adaptation.
Les entreprises doivent, OCDE oblige, rapporter Profits, Personnes et Planète. Cette dernière conscience se répand vite, même si certains gouvernements se rétractent par périodes : la gestion responsable, une moralité au-delà des systèmes juridiques. Cette gestion s’exerce en avance sur son époque, preuves de profitabilité à l’appui.
Quid des contraintes financières ? Des modèles de bourses partielles ont été mis en place dans les grandes écoles d’affaires privées, surtout pour les étudiants locaux. Les quatre contraintes deviennent alors des potentiels…
Savoir-être, savoir-faire
Le quotient intellectuel nous vient du début du vingtième siècle, l’intelligence émotionnelle de la fin du siècle passé, suivie de l’intelligence sociale et de l’intelligence numérique. D’autres intelligences suivront ! Ce sont des compétences transversales (soft skills) qui relient les hard skills, il faut quand même apprendre quelque chose de concret, le tout saupoudré des mad skills
(make-a-difference), ce qui distingue un profil d’un autre.
Pour les hard skills, il faut quelque dix mille heures d’apprentissage et de pratique : savoir faire la cosmétique du bilan, savoir planifier les finances, gérer les relations avec les investisseurs, prospecter en banque privée ou gérer l’esprit du luxe, cela ne vient pas tout seul.
Pour les grandes écoles d’affaires, comme pour tout enseignement, la transmission peut se faire en ligne, en classe, en interaction directe ou autrement. Le CoViD a montré que les moyennes obtenues en ligne sont à peine moins élevées, mais que la volatilité est plus grande. Certains pays ont alors mis en place des cours individuels pour y remédier. Les grandes écoles d’affaires encouragent le peer learning (apprentissage entre pairs) et organisent des séminaires privés. Certaines institutions avaient déjà des décennies de formation à distance (distance learning) derrière elles.
En boîte ?
L’apprentissage n’est ni linéaire ni sigmoïde, il est comme l’effet papillon qui fait des ondes dans une boîte, des vagues en dehors de la boîte (thinking out of the box), et des variations disruptives lorsqu’il n’y a plus de boîte, hors référentiel.
Restons plus modestes et considérons l’apprentissage comme l’accroissement de la compréhension, par à-coups, souvent fulgurants, créant une compréhension disruptive par sauts.
Qui danse ? Générations Z et Alpha…
Mais où va la jeunesse, disait Cicéron avec appréhension : « Ils n’ont plus de respect pour la société. »
Aujourd’hui, on dit que les jeunes ne lisent plus et que l’addiction aux algorithmes leur prend six heures ou plus par jour. Leur capacité d’attention serait en dessous de six secondes. Mais ils ont des rêves, une vision de la vie et de la société. Et en fait, ils lisent ! Jusqu’à 300 pages par jour, sur petit écran. Ils comprennent vite, parce qu’ils écoutent à double vitesse. Et ils ont une curiosité vérificatrice immédiate, rien n’est vraiment vrai à notre époque.
Inclusion ?
Retour à la question du début : peut-on tout apprendre ? Avec l’individualisation désormais permise par l’IA, il n’y a peut-être plus d’élève lambda.
Il existe des tests sur le Net pour savoir si votre chef est un psychopathe ; plus sérieusement, des bibliothèques pleines de théories sur le leadership et l’entrepreneuriat. De plus, nous savons également mieux discerner certaines variations de la nature : des positions ADN spécifiques aux leaders, le spectre de l’autisme, les TDAH, avec ou sans hyperactivité et bien d’autres talents.
Talents, parce qu’un patron TDAH peut passer de tâche en tâche sans vraiment se perdre. Et, expériences à l’appui, on peut former beaucoup de profils à des tâches de gestion, jusqu’à l’interaction sociale fonctionnelle.
Pas en avant ?
La mode de cette décennie, c’est l’IA. Va-t-elle nous rendre plus intelligents ? Va-t-elle prendre nos emplois ? Révolution disruptive certes, l’IA a ouvert la voie à des millions de créations de microentreprises, lancées en quelques heures.
Avez-vous remarqué que « IA » est aussi le braiement de l’âne ? La raison en est qu’elle n’est autre qu’une mise en texte (NLP) des données issues de bases de données. Si cette base de données est Internet, elle ne peut reproduire que cela. Dès lors, ChatGPT ne peut que faire dire au chat « GPT ».
Avec d’autres bases de données plus dédiées, l’IA peut accomplir d’autres merveilles, comme des robots de recherche statistique, de logistique pharmaceutique ou autres. Mais Mona, le café suédois créé par IA, a commandé trop de serviettes pas très différent d’une secrétaire qui a commandé 200 000 enveloppes au lieu de 2000. Il en reste.
Voilà les limites de l’IA : il faut la surveiller. Impossible. Donc il faut l’éduquer, comme d’autres progénitures. Tu veux te suicider ? Faire une bombe ? Une attaque terroriste ? Perdre du poids ? Les programmes devront intégrer le kill switch, le mécanisme d’arrêt, lorsque certaines questions seront trop souvent posées. Pas très différent de la surveillance utile des enfants, des étudiants, des scientifiques ou de nos hommes et femmes politiques. Mais comment la surveiller ?
Pas de deux…
On ne peut pas faire des affaires tout seul, l’entrepreneuriat est fait d’alliances. Il en va de même pour l’apprentissage : il faut un mentor, un patron, des pères spirituels, des équipes, de l’apprentissage entre pairs, des amis d’études. Bien qu’on puisse faire des découvertes et apprendre seul : deep self-learning. L’apprentissage en affaires internationales apprend à créer des contacts (pas à en avoir !).
Du rythme ! Cadenza !
Et finalement, quel pas de danse ? Tango ? Valse ? Hiphop ? Pole Dance ? K-pop ?
Quelles méthodes alors pour l’éducation ? Si l’on peut apprendre seul, en équipe, avec un professeur, en auditorium, quelle méthode choisir ? En avant la musique : l’enseignement n’est finalement rien d’autre que de jouer un instrument de musique, dont la table de résonance, l’audience, vibre selon le jeu.
Cette résonance, dans les grandes écoles privées d’affaires, s’entend entre l’entrepreneuriat et l’intrapreneuriat : la maturité des systèmes de pensée permet de reprendre, d’entreprendre, souvent dans l’existant, mais également dans le nouveau : des start-up individuelles ou en équipe.
Une relation d’affaires disait : « Tu peux gagner autant que tu veux en salaires, tu ne battras pas les riches. » Contrôler les moyens de l’entreprise permet d’échapper à l’emploi, un art superbement géré par les grands entrepreneurs de ce monde.
Invitation à la danse…
Quel sera ce Next Step ? En restant sur place, on recule parce que le monde avance. D’où l’importance de la formation continue. Il faut faire des pas, en permanence : apprendre l’IA avant que cette technologie ne s’intègre dans le quotidien. Apprendre la prochaine danse : Bachelor ? Master ? Doctorat d’affaires ? tout en soignant ses classiques… Certifier ces acquis par des diplômes accrédités, que ce soit des accréditations étatiques ou internationales : ACBSP, AACSB, IACBE, EQUIS, AMBA, autant de tampons sur le CV qui attestent de qualifications, de talents et d’impact.
Virtuosité
Performance parfaite, la scène se joue au conservatoire : jeu parfait, concert sans faute. Et soudainement cette question : pourriez-vous nous jouer cela ?
Il faut la touche de virtuosité, la différence entre performance et génie. C’est le pas ultime : il ne suffit pas de maîtriser cette danse, de faire ce prochain pas ; encore faut-il la touche de génie, ce qui vous distingue du lot. Il y a 60 000 personnes qui ont un MBA en Suisse, ne parlons pas du monde entier, ni de titres inférieurs… Comment se distinguer ?
Le réseau ? Connaissez-vous du monde dans votre monde ? Dans le monde entier ? Quel est votre MAD-skill ? Êtes-vous ce party animal exceptionnel que recherche cette multinationale de la bière ? Celui qui sait cuisiner en plus d’un diplôme en marketing, que recherche ce producteur de viande artificielle ?
La piste est à vous !
Texte Stef de Jong, Doyen EU Business School, Genève
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