Le besoin de sens au cœur des reconversions
Perte de sens, envie d’équilibre, évolution du marché du travail : de plus en plus d’adultes s’interrogent sur leur avenir professionnel. Dans le canton de Vaud, l’Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle (OCOSP) accompagne chaque année des personnes en questionnement, qu’il s’agisse d’une évolution de carrière, d’une reconversion ou d’un besoin de faire le point.

Emmanuelle Rossier, Nathalie Stucki, quelles sont aujourd’hui les principales raisons qui poussent les adultes à envisager une réorientation professionnelle ?
Emmanuelle Rossier : Beaucoup de personnes se questionnent sur leur projection dans le futur professionnel. Certaines ressentent le besoin d’anticiper les évolutions du marché du travail et de leurs compétences, tandis que d’autres ont simplement envie de redonner du sens à leur activité après plusieurs années de pratique.
Nathalie Stucki : La question du sens revient très souvent. Certaines personnes ne se retrouvent plus dans les valeurs véhiculées par leur environnement professionnel. D’autres cherchent un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Nous voyons aussi des personnes en situation d’épuisement professionnel qui ne se projettent plus du tout dans leur métier actuel.
Observe-t-on une évolution du rapport au travail ces dernières années ?
E. R. : Oui, clairement. Le monde du travail évolue rapidement et cette accélération concerne aussi les adultes. Beaucoup prennent conscience qu’ils doivent rester en mouvement, continuer à apprendre et réfléchir à leur employabilité tout au long de leur carrière.
N. S. : Les attentes vis-à-vis du travail évoluent également. Les personnes accordent davantage d’importance à la qualité de vie, à la flexibilité ou encore au sens de leur activité. Mais il reste difficile de faire des généralités : chaque parcours est très individuel.
À quel moment devrait-on consulter un service d’orientation professionnelle ?
N. S. : Idéalement avant d’arriver à une situation de crise. Souvent, les personnes viennent nous voir lorsqu’elles sont déjà en grande difficulté ou en épuisement professionnel. Pourtant, il est utile de faire régulièrement un point de situation sur sa carrière, un peu comme un check-up médical.
Depuis 2021, le dispositif Via Mia permet d’ailleurs aux personnes de plus de 40 ans d’évaluer leur employabilité et de réfléchir à la suite de leur parcours professionnel.
Comment se déroule concrètement un accompagnement ?
N. S. : Tout commence par un entretien individuel avec un conseiller ou une conseillère en orientation. L’objectif est de comprendre le parcours, les attentes, les compétences et les besoins de la personne.
Pour certaines, quelques séances suffisent afin de clarifier un projet ou obtenir des informations sur une formation. Pour d’autres, le travail est plus approfondi et demande davantage de temps, notamment lorsqu’il faut reconstruire un projet professionnel dans son ensemble.
L’OCOSP propose également des centres d’information accessibles librement, des ateliers de recherche d’emploi ou encore des prestations liées à la certification professionnelle pour adultes.
Il n’est jamais trop tard pour réfléchir à son parcours.– Emmanuelle Rossier,
Directrice de l’OCOSP
Beaucoup pensent qu’il est « trop tard » pour se réorienter après 40 ou 50 ans. Que leur répondez-vous ?
E. R. : Il n’est jamais trop tard pour réfléchir à son parcours. En revanche, il faut être conscient qu’une reconversion demande souvent du temps, de l’énergie et parfois une requalification importante.
Changer complètement de métier peut représenter un engagement conséquent, notamment lorsqu’il faut reprendre une formation. Certaines personnes choisissent alors des transitions plus progressives, en valorisant leurs compétences existantes dans un domaine proche.
Quels sont les secteurs qui attirent le plus les personnes en reconversion ?
N. S. : Nous observons beaucoup d’intérêt pour les métiers liés à l’humain : le travail social, la psychologie, l’accompagnement ou les métiers du care au sens large. Ce sont souvent des personnes qui recherchent davantage de sens ou de contact humain dans leur activité.
Mais notre rôle n’est pas de diriger les personnes vers un métier précis. Nous les aidons surtout à construire un projet réaliste et cohérent avec leurs envies, leurs ressources et la réalité du marché du travail.
Quelles sont aujourd’hui les compétences essentielles pour rester employable ?
E. R. : La capacité d’apprentissage devient fondamentale. Les évolutions technologiques et numériques obligent chacun à continuer à se former tout au long de sa carrière.
N. S. : Les compétences techniques restent importantes, mais les compétences transversales prennent aussi une place essentielle : adaptabilité, communication, travail en équipe ou capacité à apprendre. Les compétences numériques et linguistiques sont également très recherchées dans de nombreux secteurs.
Quel conseil donneriez-vous à une personne qui se questionne sur son avenir professionnel ?
N. S. : Prendre le temps. Une réorientation ne se décide pas dans l’urgence. Il est important d’explorer différentes pistes, de réfléchir à ses motivations et de construire son projet progressivement.
E. R. : Et surtout ne pas rester seul avec ses questions. Se faire accompagner permet souvent d’y voir plus clair et d’envisager des possibilités auxquelles on n’aurait pas pensé.
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