burn-out des dirigeants, symptôme d’un monde sous pression
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Burn-out des dirigeants, symptôme d’un monde sous pression

27.05.2026
par SMA

Stress chronique, hyperconnexion, pression permanente : pour le Dr Randolph Willis, directeur médical de Clinic Les Alpes, la santé mentale est devenue un enjeu central du leadership contemporain. Burn-out, anxiété, troubles du sommeil ou comportements addictifs touchent de plus en plus de dirigeants confrontés à un monde du travail profondément transformé.

Dr Randolph Willis
Directeur Médical, Clinic Les Alpes

Dr Randolph Willis, vous observez une hausse du stress, de l’anxiété et du burn-out chez les dirigeants et profils à haute responsabilité. Qu’est-ce qui a fondamentalement changé ces dernières années ?

Oui, cinq facteurs ont profondément changé notre rapport au stress ces dernières années. D’abord, la pandémie de COVID-19, qui a renforcé l’isolement et l’anxiété. Ensuite, la numérisation du travail et des échanges, qui a réduit les interactions humaines au profit des écrans et des communications permanentes. Troisièmement, les tensions géopolitiques et les conflits internationaux, qui alimentent un climat d’incertitude économique et psychologique.  Il y a aussi l’omniprésence des écrans et le phénomène du « doom scrolling », qui favorisent l’insomnie et l’anxiété. Enfin, l’intelligence artificielle bouleverse les repères professionnels et accentue le sentiment de complexité et de pression. Tous ces éléments contribuent aujourd’hui à une hausse du stress, de l’anxiété et du burn-out, particulièrement chez les dirigeants.

À partir de quel moment le stress devient-il une pathologie et non plus une simple conséquence du travail ?

Le stress est un terme issu de la physique : lorsqu’on applique une contrainte à un matériau, celui-ci peut la supporter jusqu’à un certain point, avant de céder. Il en va de même pour l’être humain. Un certain niveau de stress est non seulement tolérable, mais aussi nécessaire : il nous mobilise, nous permet d’agir, d’avancer et d’atteindre nos objectifs.

Mais lorsque cette pression devient trop importante ou trop prolongée, elle dépasse les capacités d’adaptation de l’individu. C’est à ce moment-là que le fonctionnement psychique se désorganise et que le stress devient pathologique.

Il existe par ailleurs des différences importantes de résilience d’une personne à l’autre. Certaines ont une capacité d’adaptation plus élevée, d’autres moins. Cela ne reflète pas un niveau de compétence ou de talent, mais simplement une sensibilité et une tolérance au stress différentes.

Peut-on encore parler de performance durable sans intégrer la santé mentale comme pilier central ?

À mon avis, pas du tout. Nous ne sommes pas des machines, et il y a de moins en moins de membres des générations Builders, Boomers et Génération X qui sont habitués à gérer ce type de situation. Les nouvelles générations s’attendent à ce que leur santé mentale soit prise en considération, car sinon, consciemment ou inconsciemment, elles finiront par tomber en burn-out. 

Voyez-vous une évolution vers une vulnérabilité plus assumée chez les dirigeants, ou reste-t-elle taboue ?

Je dirais que, de manière générale, les dirigeants des générations Baby-Boomers ou Génération X ont longtemps été moins enclins à reconnaître leur propre vulnérabilité, même si la Génération X commence progressivement à évoluer sur ce point. En revanche, ils doivent aujourd’hui davantage tenir compte de la santé mentale de leurs équipes, sous peine de fragiliser leur organisation. Les jeunes dirigeants, eux, sont globalement plus à l’aise avec cette notion de vulnérabilité, à la fois pour eux-mêmes et pour leurs collaborateurs.

Vous insistez sur une approche globale « corps–esprit–âme ». Comment cela se traduit-il concrètement dans un cadre médical ?

À la Clinic Les Alpes, l’approche corps–esprit–âme
repose sur une vision globale de la santé. Le corps doit être entretenu par des habitudes de vie saines, car certaines pratiques comme les excès alimentaires, l’alcool ou les substances fragilisent l’équilibre général. L’esprit, lui, se renforce par la stimulation cognitive et créative, ainsi que par une limitation des excès numériques. Enfin, la dimension de l’âme, négligée dans notre société aujourd’hui, via le fait d’être attentif à la nature, cultiver les liens humains et une forme de spiritualité non religieuse, joue également un rôle important dans l’équilibre et la longévité. Ces trois dimensions sont intégrées de manière concrète dans les programmes thérapeutiques de la clinique.

Dans quelle mesure les troubles associés (anxiété, dépression, insomnie) complexifient-ils les prises en charge ?

Si une personne présente déjà une condition prémorbide, cela augmente fortement le risque de burn-out et complexifie les prises en charge. Le terme « burn-out » est d’ailleurs souvent utilisé comme un euphémisme pour désigner une dépression ou un trouble anxieux, car il reste plus acceptable socialement.

Vous utilisez notamment le modèle Minnesota tout en l’adaptant. Qu’est-ce qui doit rester flexible dans une approche thérapeutique moderne ?

Nous adaptons toujours le modèle au patient, et non l’inverse. À la Clinic Les Alpes, nous utilisons notamment le modèle Minnesota et l’entretien motivationnel, mais aussi différentes approches psychanalytiques, cognitivo-comportementales ou systémiques selon les besoins de chacun. Notre approche reste volontairement flexible et individualisée, avec environ 25 types différents de disciplines thérapeutiques complémentaires, dont l’efficacité est scientifiquement démontrée pour réduire voire éradiquer l’intensité des symptômes.

Comment construisez-vous un programme adapté à des personnalités très performantes et souvent habituées au management ?

C’est une question complexe. Avec des personnalités très performantes, il ne s’agit ni de céder à toutes les demandes ni d’imposer une approche rigide. L’enjeu est de trouver un équilibre qui permette d’instaurer une relation de confiance et d’adhésion. Le patient doit pouvoir devenir acteur de son rétablissement, en collaboration avec l’équipe médicale et thérapeutique, afin de trouver la voie vers une guérison durable.

Vous dites que le rétablissement appartient au patient. Comment concilier cela avec un cadre médical structuré et encadré ?

Le rétablissement appartient au patient dans le sens où, malgré les traitements et l’accompagnement médical, aucun changement n’est possible sans son engagement. Notre rôle est d’aider à créer les conditions qui permettent de déclencher cette prise de conscience et ce désir d’aller mieux. Mais c’est le patient qui, in fine, porte la dynamique de sa transformation. Nous pouvons seulement lui montrer le chemin.

Plus d’informations sur cliniclesalpes.com

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