Cet été, Station F, le plus grand incubateur de start-up au monde, fêtera ses neuf ans. À sa tête depuis les débuts, Roxanne Varza, une Irano-Américaine passionnée par la France et le secteur des nouvelles technologies. Dans cette interview, elle donne une vision d’avenir positive pour l’innovation française et internationale.
Roxanne Varza, comment est née votre passion pour la tech et l’entrepreneuriat ?
J’ai commencé à côtoyer des fondateurs et des entrepreneurs lors de ma première expérience professionnelle à San Francisco. J’ai rencontré des personnes optimistes, créatives, qui rêvent de changer le monde et qui sont souvent spécialistes de sujets très pointus. C’est donc avant tout cette expérience humaine, faite d’échanges et de partages, qui m’a tout de suite attirée et inspirée.
Votre amour pour la culture française et votre jeunesse en Californie vous ont amenée à travailler pour Business France. Que retenez-vous de cette période ?
J’ai été confronté à de nombreux clichés qui faisaient peur aux entrepreneurs américains : 35h, grèves, manifestations… Cependant, quand je suis arrivée en France en 2009, j’ai découvert tout un écosystème dont on ne parlait pas encore beaucoup, mais qui valait le coup d’être mis en avant. Cela me tenait donc à cœur de devenir la voix de cette communauté mal connue à l’étranger.
Vous avez été remarquée par Xavier Niel, fondateur de Station F, qui vous a placée à la tête du plus grand incubateur de start-up au monde. Comment avez-vous appréhendé ce challenge ?
Quand j’ai obtenu le poste, Station F n’était pas encore ouvert. Je n’en mesurais pas l’ampleur ; je cherchais plutôt à adopter une approche pragmatique. Mon objectif était d’avancer et de construire quelque chose qui réponde concrètement aux besoins des entrepreneurs. Je n’ai pas hésité à me lancer ! L’année dernière a été historique : les start-up de Station F ont levé 1,5 milliard d’euros. Ce moment marquant est un bon indicateur de tout le chemin parcouru et de l’évolution de l’écosystème dans son ensemble.
Comment fonctionne Station F et quelles sont les start-up les plus prometteuses depuis son lancement ?
Station F fonctionne comme une université, avec 30 programmes d’accompagnement pour les start-up. Les entrepreneurs peuvent ainsi choisir le cursus qui leur convient le mieux en fonction de leur secteur et de leurs besoins. Les programmes durent généralement de trois à six mois, mais une start-up peut y rester jusqu’à deux ans. L’objectif est de simplifier les premières années de vie d’une start-up et de son fondateur, grâce notamment à des services publics sur place, des ateliers, voire des appartements.
Concernant les start-up prometteuses, nous venons d’accompagner la licorne Hugging Face, une plateforme collaborative pour développeurs. Elle a été nommée parmi les dix entreprises qui comptent le plus dans le secteur de l’IA dans le monde.
Comment expliquez-vous le succès et la notoriété internationale dont bénéficie Station F ?
Station F a toujours été pensée pour être un campus international avec une grande diversité. Par exemple, nous avons changé le nom du bâtiment, la Halle Freyssinet, en quelque chose de plus facilement prononçable pour des non-francophones. Toutes nos communications se font aussi toujours en anglais. Par conséquent, nous avons aujourd’hui plus de 70 nationalités présentes sur le campus.
Quel est votre constat sur la place des femmes dans le secteur de la tech, historiquement très masculin ?
Bien que les femmes y soient encore minoritaires, j’ai toujours été optimiste. Je pense en effet qu’il n’y a jamais eu de meilleur moment pour être une femme dans la tech. De plus en plus de fondatrices créent leur start-up, et de nombreuses entreprises recherchent des femmes à des postes de direction ou en tant qu’investisseuses. Il existe également davantage de structures pour les accompagner, ce qui n’existait pas il y a cinq ou dix ans. Les fondatrices ont une place à prendre, il ne faut pas qu’elles hésitent !
Quelle est votre vision globale de l’environnement économique actuel et, en particulier, de la tech avec l’omniprésence de l’IA ?
L’entrepreneuriat est un moteur de l’économie, et ce même quand les choses vont mal. Les périodes de crise sont aussi toujours des périodes de création. C’est d’ailleurs pour cet optimisme que j’adore ce milieu : les entrepreneurs sont toujours en train de chercher des solutions aux problèmes.
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