Interview par Andrea Tarantini

« Il existe une opportunité pour la Suisse d’accélérer l’innovation »

« Curieuse, énergique, confiante mais timide. ». C’est ainsi que se décrit Yvonne Bettkober, General Manager Austria & Switzerland chez Amazon Web Services (AWS). Dans l’interview qui suit, elle nous explique quels sont les défis auxquels sont confrontées les entreprises qui souhaitent innover dans leur secteur.

Yvonne Bettkober, qu’est-ce qu’une industrie innovante selon vous ? 

L’innovation permet aux entreprises de rester pertinentes et compétitives, elle joue également un rôle important dans leur croissance économique. La capacité de résoudre des problèmes critiques dépend des nouvelles innovations. L’innovation industrielle ne se limite pas aux avancées technologiques, mais passe par la mise en œuvre de nouveaux systèmes, processus, services ou produits, ou par l’amélioration de ceux qui existent déjà.

Ce faisant, les entreprises sont en mesure d’être des pionnières dans l’innovation industrielle et de démontrer leur capacité face aux entreprises concurrentes. Par exemple, ces dernières années en Suisse, nous avons vu de nombreuses innovations provenant des secteurs des TIC, de la fabrication ou de la santé et des sciences de la vie.  

Où se situe la Suisse en termes d’innovation ? 

La Suisse se classe en tête de l’indice mondial de l’innovation du Forum économique mondial et y figure depuis un certain temps, principalement en raison de sa passion pour la création de produits et de services fantastiques.

Plus d’une douzaine de sociétés figurant au classement Fortune 500 ont leur siège en Suisse, – comme Nestlé, Roche ou Novartis – ce qui contribue au pouvoir d’innovation du pays. En outre, les PME jouent un rôle fondamental dans l’économie suisse car elles créent deux tiers des emplois dans le pays et contribuent largement à la prospérité de la Suisse. Sans oublier que la Suisse a développé un écosystème de start-ups dynamique qui accélère l’innovation dans tout le pays. 

Ce n’est pas une coïncidence, mais le résultat d’une focalisation historique sur la qualité des produits et des services pour pouvoir être compétitif au niveau mondial malgré une structure de coûts relativement élevée.

Sans oublier, bien sûr, l’accent mis sur l’éducation, la recherche et le développement, et la capacité à créer des universités de classe mondiale et à attirer les talents. Le pays est donc bien placé pour être un leader mondial de l’innovation à bien des égards.

Les entreprises doivent agir dès maintenant en mettant en œuvre des programmes qui permettront de remédier à cette pénurie de compétences sur le marché suisse.

Cependant, les clients ont de plus en plus besoin de nouvelles expériences et de nouveaux services, et cela de plus en plus rapidement. La Suisse a la possibilité de répondre à ce besoin en augmentant la fréquence de l’innovation, en réduisant les délais de commercialisation et en se développant rapidement.

En tant qu’entreprise, il devient de plus en plus difficile de maintenir ou d’étendre le positionnement concurrentiel et de rester pertinente pour les clients en Suisse et dans le monde entier, et ce dans tous les secteurs. Les outils numériques (et ceux-ci sont principalement alimentés par la technologie du cloud) ainsi que l’instauration d’une culture de l’innovation peuvent jouer un rôle important pour permettre cette évolution. 

Quels sont les défis que devront relever les industries suisses à l’avenir ?

Cela fait maintenant plus de dix ans que je discute de la transformation basée sur le cloud et de l’innovation numérique avec des entreprises en Suisse et EMEA. J’ai observé de première main les défis auxquels de nombreuses entreprises de ce marché sont confrontées.

Tout comme les entreprises du monde entier, elles sont conscientes des potentiels avantages commerciaux de la transformation du cloud et de l’innovation numérique, mais elles ont du mal à tirer un succès durable des changements technologiques.

L’un des défis récurrents que j’ai observé est une approche cloisonnée de l’innovation et des changements technologiques, qui découle d’un manque de gouvernance et d’alignement au niveau de la direction. Un autre défi est un désalignement des dirigeants fonctionnels qui peut entraîner des projets différents dont les besoins et les priorités se chevauchent.

Cela risque de dédoubler les efforts et de rendre les coûts inefficaces. Nous savons également que la Suisse possède un secteur des TIC en pleine croissance qui, selon les prévisions, sera confronté à une pénurie de 35 800 spécialistes des TIC d’ici 2028.

Yvonne Bettkober
General Manager Austria & Switzerland chez Amazon Web Services (AWS)

Les entreprises doivent agir dès maintenant en mettant en œuvre des programmes qui permettront de remédier à cette pénurie de compétences sur le marché suisse. Une approche importante consiste à améliorer les compétences des employés et à créer une culture qui favorise l’apprentissage tout au long de la vie.

De manière générale, je pense que la création et l’entretien d’une culture de l’expérimentation dans l’ensemble de l’organisation et l’évolution progressive de l’organisation pour soutenir cette culture sont des facteurs de réussite importants. Par conséquent, la technologie n’est qu’une partie de l’équation, des employés qualifiés et une culture qui permet la prise de risques sont des ingrédients essentiels de la réussite.

Qu’en est-il de l’inclusion des femmes dans les fonctions de direction ? 

J’aimerais voir davantage de femmes à des postes de direction. L’économie dans son ensemble bénéficierait d’une diversité de points de vue. Les recherches sont unanimes: les équipes diversifiées obtiennent de meilleurs résultats ; c’est donc un impératif économique pour les entreprises de continuer à travailler sur la diversité des genres et au-delà.

Il faut le faire à tous les niveaux de l’organisation, y compris aux postes de direction. Toutefois, il existe des obstacles structurels qui rendent encore difficile l’accès des femmes à ces postes. Le premier de ces obstacles est le nombre insuffisant de structures d’accueil de qualité pour les enfants.

Aujourd’hui, la technologie permet de travailler depuis n’importe quel endroit et la pandémie a acceléré ce changement culturel. J’espère que cela permettra aux femmes de concilier plus facilement famille et carrière. Les entreprises et leurs dirigeants doivent créer un cadre structurel et culturel dans lequel tous les employés peuvent donner le meilleur d’eux-mêmes. Même si la route est encore longue, je suis optimiste.

La promotion des femmes dans les professions techniques est également un sujet de plus en plus pertinent pour la Suisse. Les talents, en particulier, jouent un rôle important pour que le pays reste à l’avant-garde en tant que site d’innovation numérique de premier plan.

Interview Andrea Tarantini

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29.06.2022
par Andrea Tarantini
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