se former
Éditoriaux

« Il n’est jamais trop tard pour se former, il faut oser se lancer »

31.08.2022
par SMA

« Il fait bon vieillir » écrivait Romain Rolland, prix Nobel de Littérature. Cela est certainement vrai, sauf lorsqu’il s’agit de retrouver un emploi. Les chiffres ne souffrent aucune contestation : 52 % des 55 – 64 ans restent au chômage plus d’un an contre 28 % des 25 – 39 ans.

Eric Etienne
Directeur de la Fondation Qualife

Quand on s’intéresse aux raisons, les préjugés s’invitent rapidement dans la discussion. « Trop chers », « peu flexibles », « mal à l’aise avec les outils numériques », « lents ». Pourtant, il existe de nombreuses bonnes raisons d’engager une personne de plus de 50 ans. Dans une réflexion rationnelle entre le pour et le contre, les arguments favorables l’emportent d’ailleurs largement, que ce soit au nom de la richesse de l’expérience ou de la solidité des soft skills.

Alors ces préjugés d’où viennent-ils ? Souvent, ils sont portés par ceux qui en sont victimes. À force d’entendre qu’ils sont « trop vieux », les plus de 50 ans tendent à se considérer comme tels. Ces croyances limitantes les accompagnent dans leur recherche d’emploi et cela finit par se ressentir dans leur attitude et leur discours. Difficile de défendre son dossier auquel on ne croit plus, aussi excellent soit-il.

Ainsi, les 50+ doivent rester attentifs à ne pas véhiculer ces préjugés. Cela part d’un état d’esprit et d’un soin particulier à veiller à son employabilité. Les formations continues sont par exemple essentielles : il n’est jamais trop tard pour se former, il faut oser se lancer. C’est la garantie de tenir à jour ses compétences et de pouvoir en attester. De plus, les entreprises ont tendance à souffrir d’un biais de recrutement : l’âge est discriminatoire. Or, cela est un mauvais calcul. Les données ne montrent pas que le taux d’absence est plus grand chez les 50+ que chez les plus jeunes : avec moins d’accidents de ski, moins de services militaires ou civils, et moins d’enfants malades à garder etc., les 50+ se montrent fidèles au poste.

La question du deuxième pilier est également un prétexte récurrent. Or, pour un salaire de 80 000.- annuel, la différence de LPP à la charge de l’employeur s’élève à 1 200.- entre l’embauche d’une personne de 45 ans et une personne de 58 ans. Rapportée au nombre d’années supplémentaires d’expérience et donc de compétences que s’offre l’entreprise, cette différence est dérisoire. Par ailleurs, des aides étatiques à l’embauche (Allocation d’Initiation au Travail ou Allocations de Retour en Emploi à Genève par exemple) permettent de compenser largement la charge.

Une prise de conscience est fort heureusement en cours. Et c’est une excellente chose ! Comme nous le répétons souvent : « notre économie aurait tort de se passer de ces talents, particulièrement en période de pénurie de main d’oeuvre ! »

Tous les jours, des entreprises qui ont franchi le pas de l’embauche d’un 50+ expriment leur satisfaction : compétences, fiabilité, motivation, disponibilité, savoir-être, désir d’apprendre… leurs nouvelles recrues les enchantent ! Un autre signal très positif est la mise en place du réseau d’employeurs Focus50+ : sous le patronage de l’Union patronale suisse, les membres visent à aider les entreprises à utiliser de manière durable et efficace le potentiel de travail des personnes de plus de 50 ans.

Des acteurs de l’insertion jouent également un rôle essentiel dans cette lutte contre les préjugés. Des structures comme la Fondation Qualife accompagnent des 50+ dans leur recherche d’emploi, sensibilisent les entreprises à cette question et font office de facilitateurs dans la rencontre entre ces deux publics. D’ailleurs, les personnes de plus de 50 ans doivent garder en tête qu’il n’y a pas d’âge pour se faire aider. Il faut oser faire appels aux soutiens existants, nous sommes là pour ça !

La persistance de ces préjugés n’est donc pas une fatalité. C’est l’affaire de tous et toutes de prendre le temps de se questionner sur ses propres représentations et pratiques, et de se laisser surprendre par ces cinquantenaires et soixantenaires qui représentent le tiers de notre population active.

Texte Eric Etienne, Directeur de la Fondation Qualife

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

ARTICLE PRÉCÉDENT
ARTICLE SUIVANT