le monde rétrécit : combien de surface nous reste-t-il pour bien (sur)vivre ?
Développement durable Immobilier

Le monde rétrécit : combien de surface nous reste-t-il pour bien (sur)vivre ?

24.06.2022
par SMA

La pression sur nos écosystèmes ne cesse d’augmenter et nous sommes de plus en plus souvent exposés aux conséquences directes du changement climatique qui affectent notre vie quotidienne. Qu’il s’agisse de journées de chaleur insupportables en ville, du manque de précipitations entraînant des pertes de récoltes ou de goulots d’étranglement dans les livraisons en raison de la pénurie croissante de matières premières. Chaque domaine de notre vie quotidienne est mis à l’épreuve et plus vite nous nous adapterons au changement, mieux nous pourrons le gérer à long terme.

L’industrie de la construction, en particulier, est devenue un problème écologique, car elle consomme plus de ressources que n’importe quel autre secteur économique. Ainsi, l’énergie nécessaire au secteur de la construction et de l’immobilier est responsable de 38 % des gaz à effet de serre dans le monde. La tendance est à la hausse.

De plus, nous gaspillons les ressources dont nous disposons. La part des déchets produits chaque année en Suisse par les projets de construction s’élève à 84%.

Dans les deux cas, le potentiel est grand pour contribuer à la réduction des émissions et à la préservation de nos ressources, en intégrant le principe de l’économie circulaire dans le processus de construction et de rénovation et en laissant suffisamment de place aux solutions naturelles dans les projets de construction, comme le renforcement de la biodiversité et une bonne gestion de l’eau afin d’améliorer le confort dans les aménagements extérieurs.

Décarboner notre immobilier et utiliser nos ressources à bon escient est donc un enjeu crucial pour adapter nos modes de vie au changement climatique et il
est nécessaire de réagir rapidement afin de réduire l’impact possible sur notre bien-être dans un futur proche et lointain.

Mais qu’est-ce qui fait une construction durable?

Au cours des 20 dernières années, l’accent a été mis sur l’enveloppe du bâtiment, qui devait être suffisamment isolée pour que l’énergie nécessaire pour le chauffage et le refroidissement soit la plus faible possible. Dans ce but, les exigences en matière d’isolation et de performance des systèmes de chauffage n’ont cessé de croître.

Les nouveaux bâtiments ont été conçus en fonction d’exigences énergétiques très élevées et certains bâtiments anciens ont été dotés d’une isolation supplémentaire afin de réduire les besoins en énergie. Ces interventions se sont également traduites par une baisse des frais de chauffage.

Aujourd’hui, encore invisible sur la note des frais, l’énergie grise est au centre des préoccupations. Il s’agit de l’énergie cachée nécessaire à la fabrication, au transport, à l’installation, à l’entretien et au démantèlement d’un bâtiment ou recyclage d’un élément de construction.

Ainsi, ce n’est plus seulement le besoin en énergie d’un bâtiment en fonction qui est pris en compte, mais l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment, de sa construction à sa démolition. Il s’avère ici que la réutilisation de structures de bâtiments et d’éléments de construction existants permet d’économiser de l’énergie grise. Une nouvelle construction génère donc des émissions bien plus élevées, notamment si d’autres bâtiments doivent être démolis à cet effet.

Étant donné que la majeure partie de l’énergie grise est induite lors de la construction et démolition, la durée de vie d’un bien immobilier est donc déterminante. Plus un bâtiment dure longtemps, mieux c’est.

Nos bâtiments existants jouent donc un rôle important dans la réduction des émissions et les nouveaux bâtiments doivent être construits de manière la plus durable possible, non seulement en termes d’énergie, mais aussi en termes de ressources utilisées, devenues également rares. La question se pose donc de savoir quel est le rôle des biens immobiliers existants et celui des constructions neuves.

Dans la plupart des cas, il est préférable de rénover et de transformer une structure existante, surtout si l’on utilise des matériaux écologiques et respectueux des ressources, plutôt que de construire un nouveau bâtiment ou de le remplacer.

En cas de densification de structures existantes, la nouvelle construction doit être particulièrement performante et les installations de production énergétique doivent, dans le meilleur des cas, également alimenter les bâtiments existants environnants en énergie renouvelable.

La surface devient une ressource rare si l’on doit atteindre les objectifs climatiques.

Mais non seulement la manière dont nous construisons et rénovons importe, la manière dont nous utilisons les surfaces construites permet aussi de réduire les émissions et la consommation de ressources précieuses.

Chaque construction produit des émissions, donc même si l’on construit des bâtiments de plus en plus performants, toute nouvelle surface construite produit davantage des émissions. La surface devient alors une ressource rare si l’on doit atteindre les objectifs climatiques.

Pour réduire la consommation d’espace, nous devons reconquérir les espaces déjà construits, les adapter à nos besoins, optimiser la mutualisation des fonctions et préserver les écosystèmes qui contribuent à notre bien-être à une échelle pertinente.

Habiter de manière durable et mener un style de vie résilient permettant de réduire l’empreinte écologique nécessite l’accès à des modes de transports doux et des services de proximité afin de limiter les déplacements quotidiens.

Un bâtiment seul ne sera pas capable d’offrir tous ces services, mais l’échelle du quartier doit permettre d’offrir des fonctions variées aux usagers pour répondre aux effets du changement climatique sur notre bien-être et réserver une vie désirable pour les générations futures.

Une société résiliente est une société préparée au changement. Résister au changement entraînerait des conséquences plus graves sur le style de vie que nous menons actuellement.

Texte Sarah Kristin Schalles
Directrice opérationnelle auprès de l’Association suisse pour des quartiers durables

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