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Développement durable Industrie

Changer la mentalité des industries

01.02.2022
par SMA

Sur la base de nouvelles connaissances scientifiques, la Suisse a renforcé ses objectifs climatiques: à partir de 2050, les émissions de gaz à effet de serre ne devront pas dépasser ce que le stockage naturel et technique peut absorber. Cela répond à l’objectif convenu au niveau international de limiter le réchauffement climatique mondial à 1,5 degré Celsius. Quel est le rôle de l’industrie dans ce contexte?

Le changement climatique est un défi mondial auquel la Suisse doit également contribuer. C’est pourquoi elle fait partie, avec beaucoup d’autres, des pays signataires de la convention sur le climat. «Les objectifs climatiques 2050 comportent deux éléments. D’une part, il s’agit d’atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050; d’autre part, de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré Celsius maximum par rapport à l’ère préindustrielle. Cependant, si la Suisse veut y arriver, les émissions nettes devraient être nulles avant 2040. Cela signifie que toutes les entreprises suisses ainsi que tous les ménages privés doivent réduire leurs émissions de plus de 5% chaque année», explique Corina Gyssler, chargée de communication à WWF

L’influence de l’industrie sur le changement climatique

Selon Corina Gyssler, cela dépend en premier lieu de la définition du mot influence. Elle explique: «Si l’on regarde uniquement quelle est la part des entreprises de production suisses dans les émissions de CO2 à l’intérieur du pays, l’influence est relativement faible. Par exemple, en 2019, les émissions totales s’élevaient à environ 46 millions de tonnes par an, dont 11 millions de tonnes provenaient de l’industrie. En revanche, si l’on tient compte du fait que les grandes entreprises suisses sont actives à l’échelle mondiale et intégrées dans des chaînes d’approvisionnement, on peut estimer grossièrement qu’ensemble elles peuvent influencer des émissions de plus de 1000 millions de tonnes de CO2 par an». L’industrie suisse a donc une grande influence sur les émissions globales de gaz à effet de serre et donc aussi une grande responsabilité.

Une responsabilité qu’elle doit et devra assumer si l’on veut réduire au maximum le réchauffement de la planète. Selon Corina Gyssler, il faut regarder à deux fois avant d’utiliser des sources d’énergie fossiles, des produits d’origine animale et du bois issu de la déforestation. Ceux-ci représentent toujours les principaux problèmes liés au changement climatique générés par l’industrie. «La plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre provient de la combustion de différents combustibles et de carburants fossiles. Tous les producteurs de charbon, de pétrole et de gaz naturel font partie de l’industrie. Selon les normes internationales d’établissement des bilans, ces entreprises sont également responsables des émissions produites chez leurs clients, c’est-à-dire par la combustion des sources d’énergie. On peut donc raisonner de manière globale: l’industrie est coresponsable de la grande majorité des émissions mondiales», explique Corina Gyssler.

Six étapes pour devenir une entreprise climatiquement neutre

Mais comment les entreprises peuvent-elles concrètement améliorer leur bilan climatique? Corina Gyssler donne six conseils pour devenir une entreprise climatiquement neutre. Dans un premier temps, elles doivent réfléchir à leurs propres modèles commerciaux. La question centrale est la suivante: «Quels produits et services l’entreprise veut-elle ou peut-elle proposer dans une économie décarbonisée?» Ensuite, un bilan des propres émissions de gaz à effet de serre doit être établi en tenant compte de toutes les chaînes d’approvisionnement. Dans un troisième temps, il s’agit de fixer des objectifs de réduction contraignants et vérifiables, qui englobent à leur tour toutes les chaînes d’approvisionnement. Compte tenu de ces objectifs, la quatrième étape consiste à définir et à mettre en œuvre des mesures de réduction. Mais même après la mise en place de toutes ces étapes, des émissions subsisteront et entraîneront des coûts de dommages pour lesquels il faudra assumer la responsabilité dans une cinquième étape. Cela peut se faire par exemple en investissant dans des technologies d’avenir qui seront nécessaires pour atteindre les objectifs de protection du climat ou dans des projets de protection du climat qui ne seraient pas réalisés actuellement sans financements supplémentaires. Enfin, une protection du climat ambitieuse se caractérise également par un engagement politique, car les entreprises suisses ont une influence importante sur la politique climatique à Berne.

Soutien aux précurseurs

Outre les instruments mentionnés, l’État peut également aider l’industrie à agir de manière plus neutre sur le plan climatique. «Les entreprises qui font maintenant le pas vers l’objectif de zéro émission nette devraient être récompensées financièrement et en termes de communication, et bénéficier d’un soutien technique si nécessaire. Pour que les entreprises puissent non seulement réduire rapidement leurs propres émissions à zéro sur leur site, mais aussi trouver facilement et à moindre coût des fournisseurs respectueux du climat, il faudrait mettre en place une plateforme d’achat commune, où les marchés publics pourraient également s’approvisionner», explique Corina Gyssler. Mais il n’y a pas que le financement qui doit être mis en place, il y a aussi les conditions politiques. «Les réglementations sont un bon moyen d’amorcer le changement à moindre coût», affirme-t-elle.

Malgré les nombreux défis, WWF croit en principe à la faisabilité d’une industrie climatiquement neutre. Corina Gyssler tire toutefois la conclusion suivante: «Nous sommes optimistes quant à la possibilité de développer les solutions techniques dont nous avons besoin pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré Celsius. Mais nous sommes pessimistes quant à la vitesse à laquelle les États se mettent d’accord sur des réglementations contraignantes. Nous ne savons pas non plus si le Nord et le Sud ont pris conscience de la gravité de la situation. La question est de savoir s’il existe une volonté suffisante de mettre en œuvre ce qui est faisable».

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