Interview par Léa Stocky

« Les défis globaux touchent fortement les grandes enseignes de supermarchés »

Les marques de la grande distribution ont un rôle actif à jouer dans la recherche de solutions pour promouvoir le développement durable. Dans cette interview, Corina Milz, Head of Corporate Communications and CSR & Sustainability chez Lidl Suisse, nous explique quelles mesures peuvent être mises en place dans ce cadre.

Corina Milz, quelles sont les valeurs défendues par Lidl Suisse ?

Pour nous, la durabilité est fondamentale. Nous sommes convaincus que la durabilité et notre modèle d’entreprise de smart-discount vont de pair, c’est pourquoi nous la plaçons au cœur de notre système de valeurs d’entreprise. C’est ce que nous poursuivons avec notre vision « Acheter durablement en toute simplicité pour tous ».

Quelle est la responsabilité des grands distributeurs en matière de développement durable ?

Le commerce de denrées alimentaires repose sur un environnement intact, seul moyen de garantir à long terme la qualité et la disponibilité des produits. Il s’agit de la condition pour tenir la promesse de qualité envers les clients – aujourd’hui et à l’avenir.

En même temps, nous le savons : les produits vendus dans les magasins laissent des traces sur notre planète – de l’extraction des matières premières à leur transformation, en passant par le transport, la consommation et l’élimination des marchandises. D’où notre responsabilité : nous voulons faire davantage pour la planète car ce n’est qu’ainsi que nous assurerons notre pérennité.

Quelles sont les mesures prises dans ce contexte depuis des années ?

Nous comprenons notre responsabilité vis-à-vis de l’environnement et de nos clientes et clients. Nous prenons donc des mesures pour protéger le climat, préserver les ressources, respecter la biodiversité, agir de manière équitable, promouvoir la santé et favoriser le dialogue.

Lidl Suisse travaille notamment avec un système de gestion du CO2 qui, entre autres, enregistre chaque année notre empreinte carbone, met en œuvre des mesures de réduction et compense les émissions de gaz à effet de serre restantes de l’entreprise.

Depuis 2014, Lidl Suisse gère son entreprise de manière neutre en termes de CO2 et est ainsi certifiée chaque année par le Swiss Climate Label CO2 neutral.

Comment les grandes entreprises de commerce de détail peuvent-elles promouvoir les courtes distances de transport ?

En étant locales et régionales. En ce qui nous concerne, nous réalisons plus de 50% de notre chiffre d’affaires avec des produits de producteurs suisses. Nous voulons encore augmenter cette part.

Notre objectif est de réduire de 20% l’utilisation de plastique dans les produits de nos marques d’ici 2025.

De plus, nous poursuivons un objectif logistique ambitieux en misant sur des carburants alternatifs et en optimisant constamment nos itinéraires.

Quel est le rôle des grands distributeurs dans la réduction du plastique ?

Un aspect central de la stratégie plastique est l’utilisation de matériaux recyclés afin de réduire toujours plus l’utilisation des ressources. Ainsi, nous utilisons jusqu’à 50 % de PET recyclé pour une grande partie de nos bouteilles. De plus, notre objectif est de réduire de 20 % l’utilisation de plastique dans les produits de nos marques d’ici 2025.

La réduction du plastique et du gaspillage alimentaire sont des thèmes importants. C’est pourquoi, dans le laboratoire Cellulose & Wood Materials de l’Empa, des chercheurs développent à notre demande une couche de protection spéciale en cellulose qui peut être appliquée sur les fruits et légumes qui restent ainsi frais beaucoup plus longtemps. Des tests ont ainsi permis de prolonger la durée de conservation des bananes de plus d’une semaine.

Qu’en est-il du recyclage ?

Tout comme la réduction de la consommation de plastique, la fermeture des circuits aide également à préserver les ressources et le climat. Comme il n’existe actuellement pas encore en Suisse de système de recyclage uniforme pour les matières plastiques à l’échelle nationale, Lidl Suisse s’oriente vers les directives de la Ellen MacArthure Foundation pour l’optimisation des emballages en termes de recyclabilité. Parallèlement, Lidl Suisse s’engage en faveur d’une solution sectorielle commercialisable à l’échelle nationale dans le domaine du recyclage des plastiques.

Comment promouvoir les marques du commerce équitable ?

Des relations fiables, équitables et à long terme ainsi que le paiement de prix raisonnables sont d’une importance capitale. En collaboration avec nos fournisseurs, nous relevons les défis tout au long de la chaîne de création de valeur.

En collaborant avec des parties prenantes telles que les fournisseurs, les organisations non gouvernementales, les labels de durabilité et les initiatives sectorielles, il est possible de contribuer à améliorer le niveau de vie des producteurs et des travailleurs.

Corina Milz Portrait Head chez Lidl Suisse

Corina Milz
Head of Corporate Communications and CSR & Sustainability chez Lidl Suisse

Par exemple, Lidl est l’un des plus gros acheteurs européens de cacao certifiés Fairtrade dans le commerce alimentaire de détail. En 2019 et 2020, nous avons pu augmenter la part de cacao issu du programme de cacao Fairtrade dans nos produits.

De quelle manière peut-on réduire les surstocks et ainsi diminuer le gaspillage alimentaire ?

En tant que distributeur alimentaire, nous sommes conscients de la problématique du gaspillage alimentaire et assumons notre responsabilité dans le cadre de divers projets et processus.

Premièrement, en tant que smart discounter, l’efficacité et la simplicité font partie de nos compétences clés, c’est pourquoi nous mettons en place des processus de commande rationalisés dans les magasins.

Cela signifie que les différents magasins commandent très peu d’articles et de produits frais afin de jeter le moins possible. Nous réduisons aussi de manière ciblée les prix des denrées alimentaires lorsque la date limite de consommation est atteinte.

Nous travaillons également depuis toujours avec diverses organisations telles que Table Suisse, Table couvre-toi ou Caritas. Nous remettons à ces organisations les denrées alimentaires encore en bon état que nous ne pouvons plus vendre et qui ne doivent pas être réfrigérées, soit directement via le magasin, soit via notre centre de distribution.

Les aliments qui ne peuvent plus être consommés ou qui, pour des raisons légales, ne peuvent pas être remis aux organisations de banques alimentaires, ne sont pas jetés à la poubelle mais utilisés dans l’installation de biogaz.

Depuis octobre 2019, les clients peuvent réserver des «paquets surprise» dans la région de Zurich via l’application Too Good To Go et les retirer en magasin. Les paquets contiennent des surplus de nourriture tels que des fruits, des légumes et des produits de boulangerie qui n’ont pas pu être vendus, mais qui peuvent être consommés sans crainte.

Enfin, nous sommes le premier détaillant de Suisse à compléter l’inscription de la date limite de consommation sur certains emballages. Comme la plupart des produits peuvent être consommés au-delà de cette date s’ils sont stockés correctement, nous apposons à l’inscription «À consommer de préférence avant le…» la mention «souvent bon après».

Comment améliorer l’environnement de travail des collaborateurs ?

Conformément à la devise «Les collaborateurs font Lidl», nous nous engageons pour nos employés et considérons que des collaborateurs satisfaits sont la base de notre succès.

C’est pourquoi Lidl Suisse met tout en œuvre pour offrir à ses collaborateurs des conditions optimales afin qu’ils se sentent bien sur leur lieu de travail et qu’ils puissent développer leur potentiel. Nous offrons par exemple le salaire minimum garanti par la CCT le plus élevé de toute la branche.

Nous avons une semaine de 41 heures et nous offrons 5 à 7 semaines de vacances, 18 semaines de congé de maternité et 4 semaines de congé de paternité. Lidl Suisse renonce en outre complètement à la déduction de coordination.

De plus, chaque franc de salaire, y compris les allocations, les heures supplémentaires, etc. est assuré par la LPP, ce qui profite surtout aux collaborateurs à temps partiel. Nous avons déjà été récompensés à de nombreuses reprises pour cet engagement fort.

Nous avons reçu les distinctions « Friendly Workspace », « Great Place to Work» et «Top Employer». De plus, nous avons obtenu pour la deuxième fois le certificat «Good Practice in Fair Compensation» pour l’égalité salariale.

Quels sont les défis à venir pour les grandes chaînes de supermarchés en matière de durabilité ?

Les défis globaux tels que le changement climatique, la perte de biodiversité, la pénurie de ressources, les inégalités sociales et les conditions de travail critiques dans la chaîne d’approvisionnement touchent fortement les grandes enseignes de supermarchés.

Parallèlement, en tant que détaillant jouant un rôle clé entre l’industrie alimentaire et celle des biens de consommation d’une part, et les consommateurs d’autre part, nous avons une influence importante sur ces thèmes.

Quelles sont, selon vous, les solutions possibles ?

Il s’agit d’une question très vaste et il existe bien entendu différentes solutions. Il faut certainement saluer le fait que le thème de la durabilité gagne en importance dans de nombreuses entreprises.

De plus, nous pensons que les regroupements de branches et les initiatives interentreprises sont un pas dans la bonne direction, car certains problèmes ne peuvent pas être résolus par une seule entreprise.

Nous venons par exemple de signer un accord intersectoriel visant à réduire de moitié le gaspillage alimentaire. Nous avons également signé le pacte «Collecte 2025». Nous contribuons ainsi à la mise en place d’un système national de collecte des emballages plastiques.

Interview Léa Stocky

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24.06.2022
par Léa Stocky
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