du désir de changer au changement de désirs
Développement durable Énergie

Du désir de changer au changement de désirs

24.06.2022
par SMA

Le climat se dérègle et se réchauffe, la biodiversité s’effondre, les tensions et conflits entre territoires grandissent au fur et à mesure que les ressources s’amenuisent. On nous le martèle à coups de discours et de rapports. On le sait, et pourtant on ne change pas, ou si peu. Pourquoi ?

Eric Nanchen
Directeur de la Fondation pour le développement durable des régions de montagne (FDDM)

La jeune génération est bien sûr sensible aux enjeux environnementaux, climatiques et sociétaux qui en découlent, mais elle reste, comme nous, pétrie de paradoxes. Certes, les consciences s’éveillent, mais la frilosité et une léthargie rampante enveloppent les actions de tout poil émanant de nos territoires.

L’ambition, quand il y en a, se limite souvent au verbe. Le désir de changer est déclamé avec conviction et les promesses fusent. D’ailleurs, les villes brandissent leurs plans climat, les campagnes promeuvent la biodiversité… mais les montagnes accouchent de souris.

Plutôt que nous autoflageller avec un énième pamphlet moralisateur, essayons de comprendre. Que nous disent nos sens et comment percevons-nous la situation ? Sous nos latitudes, le sentiment de danger imminent est encore peu tangible et le passé nous renvoie des succès économiques et sociaux sans précédents. Il est difficile de motiver un changement quand on ne sent pas la nécessité de le faire.

Nous avons produit, consommé et profité à satiété du miracle technologique et économique. Nous ne comprenons malheureusement pas que nos systèmes sont arrivés dans des culs-de-sac. La persévérance nous a permis un développement inégalé, elle s’est transformée aujourd’hui en un entêtement. Nous sommes d’accord de changer, mais voulons continuer à faire les mêmes choses, juste un peu autrement.

Bien sûr, la technique peut nous apporter un soutien inestimable, mais elle n’est que le bras du projet de société que nous rêvons. Elle pourra réellement nous aider seulement si nous changeons d’imaginaire.

Les fraises en janvier, le dernier modèle de téléphone portable et le week-end en avion à l’autre bout de l’Europe nous manquent ?

Tant que nous trouverons notre accomplissement dans ce qui a fait le succès et le bonheur de ces dernières décennies, nous percevrons le changement imposé
par les limites intrinsèques de notre système terrestre comme une contrainte et une privation. Nous subirons les changements dictés par des crises, des pénuries ou de nouvelles normes législatives.

Les fraises en janvier, le dernier modèle de téléphone portable et le weekend en avion à l’autre bout de l’Europe nous manquent ? Uniquement si nous en avons envie ! Or, d’autres modes de vie sont possibles et s’offrent à nous.

Des pans entiers d’une économie circulaire et positive sont à explorer. Le nombre d’entrepreneurs qui s’y intéressent est en constante augmentation. Les circuits courts, le marché de l’occasion font de plus en plus d’adeptes.

La volonté d’offrir une alimentation locale, saine et de qualité est grandissante. De grandes marques font le pari de la réparation et les destinations plus proches cherchent à nous séduire.

Ce mouvement de fond vers de nouveaux possibles, moins gourmands en ressources, plus respectueux de l’autre, est le vecteur de changements profonds consentis et souhaités. Les acteurs de cette économie accompagnent l’émergence de nouveaux modèles sociétaux plus justes.

Une relation apaisée à la nature nous permet de vivre en plus grande harmonie avec elle. Nous nous adapterons ainsi plus facilement au changement climatique et le réduirons. De grandes crises pourront être évitées ou atténuées. Il ne s’agit plus d’être les meilleurs du monde, mais meilleurs pour le monde.

Osons un monde où l’objet gadget devient ringard. Arrêtons de nous entêter et de perpétrer des comportements ne nous offrant aucun lendemain. Arrêtons de clamer dans la douleur que nous désirons changer. Changeons de désirs, le reste suivra.

Texte Eric Nanchen
Directeur de la Fondation pour le développement durable des régions de montagne (FDDM)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

ARTICLE PRÉCÉDENT
ARTICLE SUIVANT