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La Bretagne, terre de légendes

24.06.2022
par Léa Stocky

« Entre l’histoire et la légende, je choisirai toujours la légende » disait le réalisateur américain John Ford. La légende a en effet cette capacité de s’adapter à son époque tout en transmettant la culture, l’Histoire et les traditions des terres qui l’abritent, et cela se vérifie particulièrement en Bretagne.

En pleine nuit, un phare éclaire la côte bretonne. L’océan déchaîné projette ses vagues contre les falaises du Cap Fréhel, accompagné du cri strident des vents violents. Au petit matin, la lande immobile des Monts d’Arrée se pare d’une brume épaisse que le soleil encore timide ne parvient pas à dissiper. On croirait presque apercevoir des korrigans se réfugier dans les bruyères ou entendre les roues de la charrette de l’Ankou, cet ouvrier de la mort qui cherche sa prochaine victime…

Le Cap Fréhel est une langue de terre située sur la Côte d’Émeraude, au nord-est de la Bretagne. Photo: istock

S’il est aussi facile de s’imaginer ces paysages fantastiques, c’est parce que la Bretagne est une terre sacrée habitée par des légendes venues du fond des âges. Les histoires les plus mystérieuses expliquent le passé mais aussi le présent des terres celtes aux paysages époustouflants.

Une Histoire celte puis chrétienne

Il est difficile voire impossible de dater la plupart des légendes bretonnes. Les premières versions ont sans doute été transmises oralement au travers de mythes remontant à l’Antiquité celte et ramenées par des Bretons insulaires en Bretagne continentale, appelée Armorique, lors des grandes migrations celtiques du Vème au VIIème siècle. Les moines du Haut Moyen Âge ont ensuite commencé à les mettre par écrit.

C’est d’ailleurs Chrétien de Troyes qui, au XIIème siècle, contribue à diffuser la légende arthurienne dans toute l’Europe jusqu’à la transformer en l’une des plus grandes matières littéraires du Moyen Âge. À la question de savoir pour- quoi cette légende est devenue si populaire, Bruno Sotty, directeur du Centre de l’Imaginaire Arthurien, répond : « Il existait sûrement le besoin de créer un grand cycle mythologique en Europe après l’arrivée du christianisme ».

Les évolutions des aventures d’Arthur et des chevaliers de la Table ronde éclairent en effet l’Histoire de la Bretagne. Bruno Sotty indique ainsi que plus le Moyen Âge avance, plus les symboles chrétiens infusent la légende, que ce soit dans l’interprétation du Graal comme le calice de la Cène ou de l’ajout du thème de l’adultère qui finit par précipiter le royaume.

Ancrer les légendes dans une terre

Aux XIXème et XXème siècles, des folkloristes tels qu’Anatole le Braz décident de consigner les légendes transmises oralement. Ce besoin de mémoire est renforcé par l’apparition du romantisme au XIXème siècle et la volonté de légendariser le territoire.

Des lieux au départ sans rapport avec les histoires sont choisis et rattachés à un récit. Par exemple, si la fon- taine de Barenton est sourcée car décrite par Chrétien de Troyes, le tombeau de Merlin ou le Val sans retour, fief de la fée Morgane, associent définitivement la forêt de Paimpont à la mythique forêt de Brocéliande.

Le tombeau de Merlin est le reste de deux allées couvertes dans la forêt de Paimpont, en Bretagne, France. Photo: istock

Cette légendarisation du territoire est renforcée en Bretagne par une réelle architecture du merveilleux. Les dolmens, les menhirs ou encore les chapelles perdues dans les landes invitent à la rêverie et confèrent une atmosphère magique et propice aux histoires les plus fantastiques.

Erwan Chartier, historien, universitaire et journaliste, ajoute : « Les légendes font partie de l’imaginaire breton et de la construction d’une identité ». L’historien souligne également le rôle de la langue bretonne dans le développement des légendes. Seule langue celte parlée sur le continent, elle possède cette capacité à créer des images.

Ainsi, face à l’océan qui s’étend à perte de vue, il est tentant de s’imaginer la cité engloutie d’Ys qui dort au fond de l’eau ou encore d’essayer d’apercevoir les Morgans, ces créatures qui peuplent les profondeurs de l’île d’Ouessant.

Le récit de quêtes universelles et intemporelles

Ce qui distingue une légende de toute autre histoire est la part de réel qui lui est inhérente. Le récit a tout ce qu’il faut pour être authentique jusqu’à ce que des éléments magiques viennent s’y ajouter. Cette part de surnaturel a pour but d’expliquer l’inexplicable en apposant une signification à des phénomènes naturels.

Xavier Husson, auteur et illustrateur de livres sur les légendes bretonnes, explique : « Les gens avaient besoin de donner un sens à leurs craintes et superstitions ». Il tient à souligner l’universalité des légendes. Selon lui, elles font écho à ce que nous sommes et ce vers quoi nous devrions tendre car chaque personne possède les mêmes quêtes initiatiques.

Si la science permet aujourd’hui de répondre à de nombreuses questions, les légendes de Bretagne continuent de passionner les Bretons comme les non-Bretons qui, face à des temps désenchantés, ont toujours besoin d’une dose de magie. Aujourd’hui, les livres, les bandes dessinées, les jeux vidéo, les divers événements ou encore de nombreuses organisations continuent de perpétuer cet héritage et de défendre ce patrimoine régional.

Chacun peut en effet s’approprier les légendes et créer sa propre version. Ainsi, le roi Arthur de Chrétien de Troyes n’est pas le même que celui joué par Sean Connery dans le film Lancelot, le premier chevalier (1995), lesquels sont encore très différents du jeune Arthur de la série Netflix Cursed (2020).

Texte Léa Stocky

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