« je crois encore en la jeunesse pour changer le monde »
Culture Interview

« Je crois encore en la jeunesse pour changer le monde »

24.06.2022
par Andrea Tarantini

« Utopiste pragmatique dont la principale mission est de créer et faire vivre des dynamiques individuelles ou collectives profitables à tous ». C’est ainsi que se décrit Luc Barruet, Directeur Fondateur de Solidarité Sida et du festival Solidays qui, depuis 1999, fait vivre à des milliers de gens des moments extraordinaires au rythme de la musique et de la solidarité.

Luc Barruet
Directeur et fondateur Solidarité Sida/Solidays

Luc Barruet, que représente le festival Solidays pour vous ?

Grand, beau et utile, le festival est un formidable outil contre la détresse humaine et une jolie tribune pour le mieux vivre ensemble. En créant du lien social et du sens collectif, en nourrissant les esprits et en éveillant les consciences, Solidays rapproche les gens et fait naître des milliers de vocations sociales ou solidaires chez les jeunes.

En ce sens, il réenchante le monde avec succès. C’est vraiment un événement d’intérêt public, hors norme et singulier. Pour avoir mené des recherches, il n’a pas d’équivalent dans le monde. 

Comment vous êtes-vous lancé dans l’aventure Solidays et Solidarité Sida ?

Je suis un utopiste pragmatique dont la principale mission est de créer et faire vivre des dynamiques individuelles ou collectives profitables à tous. Ce n’est pas toujours facile mais c’est passionnant. Il faut avoir le goût des autres et être prêt « à payer le prix » pour y arriver.

L’aventure a commencé en 1992 dans une chambre de bonne de 14m2. J’étais alors étudiant à la Sorbonne. Je me suis lancé dans cette aventure avec enthousiasme et détermination. Très vite, Antoine de Caunes et les amis des amis de mes amis ont rejoint l’aventure.

Trente ans plus tard, je suis encore là. Depuis, j’ai gagné quelques mètres carrés…Créer Solidarité Sida et le festival Solidays aura été une aventure humaine exceptionnelle. Elle m’a fait grandir et permis de répondre à ma « quête de sens » avant qu’elle ne s’impose à moi. Voilà pourquoi je me sens privilégié et redevable.

Qu’est-ce qui est rendu possible grâce à Solidarité Sida ? 

Pour faire court, 2500 programmes d’aide aux malades et de prévention ont pu voir le jour dans 42 pays, plus de 24 000 jeunes bénévoles se sont engagés à nos côtés et 8 millions de personnes ont participé à l’une de nos initiatives.

J’aimerais que la solidarité et l’ouverture aux autres soient le socle du monde de demain.

Grâce à l’enthousiasme et la bienveillance de chacun, de Bobigny à Bangkok, en passant par Niamey, Bucarest ou Cayenne, Solidarité Sida a pu réduire la détresse humaine. Je crois que depuis le premier jour, nous n’avons eu d’autres soucis que d’être utiles à ceux qui souffrent.

La musique comme moteur de solidarité : d’où vous est venue cette idée ?

La musique avec son pouvoir fédérateur a toujours été un formidable vecteur d’émotion collective. Encore plus quand elle supporte une cause ou un combat. Nous n’avons donc rien inventé. Notre principal mérite aura été de lui fournir un nouvel écrin avec le festival Solidays. 

 Si vous deviez associer le festival à une seule chanson, laquelle serait-elle ? 

Beautiful day de U2. Un formidable hymne à la vie que je ne me lasse toujours pas d’écouter. Il m’arrive même d’espérer qu’un jour Bono et son groupe viennent célébrer avec nous la solidarité en musique.

Et si vous pouviez inviter au festival un chanteur ou une chanteuse décédés, qui choisiriez-vous ? 

Freddy Mercury, bien sûr. Ne pas l’avoir vu sur scène restera un grand regret. Quel artiste! 

Quel est votre motto ? 

Sans plaisir, il n’y a pas d’engagement qui dure. Et comme le plaisir est par définition évanescent, il faut toujours le renouveler. C’est un sacré défi qui demande bien des efforts.  

Qu’est-ce qui contribue au succès du festival selon vous ? 

Il n’y a pas une raison mais plusieurs. Le prix modéré des billets, l’enthousiasme des bénévoles, la qualité de la programmation et l’ambiance singulière du festival. Nombreux sont les gens qui considèrent ce festival comme un lieu de pèlerinage.

On y vient en famille ou entre amis pour partager le plaisir « d’être utile » ou le plaisir « d’être ensemble ». Et comme chaque année le charme opère, on y revient le cœur léger et le sourire aux lèvres. En interne, on appelle ça la « mécanique du cœur ». 

Le festival a fait du chemin depuis sa création. Quel regard portez-vous sur son passé ?

Un regard ému. Vraiment. C’est assez dingue de se dire que Solidays est aujourd’hui un événement initiatique pour bien des jeunes. Une sorte de passage obligé vers un monde plus juste et solidaire que beaucoup appellent de leurs vœux. On y parle droits humains, environnement, handicap, santé mondiale, citoyenneté, sexualité, pauvreté depuis la première édition. 

Si vous pouviez changer quelque chose des éditions précédentes, le feriez-vous ? Et que changeriez-vous ?

J’essaierais de mieux parler anglais avant de recevoir Bill Gates (rires). Plus sérieusement, je ferais en sorte que tous ces jeunes formidables que je croise dans les allées de Longchamp trouvent plus d’écho dans les médias et sur les réseaux sociaux.

En France, nous avons eu la chance de bénéficier de nombreuses aides d’État.

Leurs convictions et leurs engagements forcent le respect. Ils nous donnent une leçon dont nous devrions nous inspirer. Je suis souvent frappé par leur capacité à se dépasser pour les autres. Sincèrement, à leur âge, je n’en aurais pas fait autant.

Quelle a été l’édition la plus folle à vos yeux ? 

Toutes me paraissent folles. C’est à chaque fois un petit miracle de proposer un tel programme en dépensant aussi peu. Pour y arriver, nous avons besoin de fédérer bien des énergies. Et dans la période actuelle, c’est un peu plus dur. La Covid-19 est passée par là. 

Le monde musical et culturel a pris un coup à cause de la pandémie. Pensez-vous qu’il puisse se relever encore plus fort qu’avant ?

J’en suis convaincu même si beaucoup vont y laisser des plumes. Et encore, en France, nous avons eu la chance de bénéficier de nombreuses aides d’État. Sans elles, même Solidarité Sida n’aurait pas pu organiser cette 24ème édition de Solidays.

Je pense aussi que dans toute crise ou épreuve de la vie, il y a du positif à retirer. Espérons que nous en ferons collectivement un bon usage.

Un meilleur souvenir à partager ? 

Plusieurs me viennent à l’esprit. Le Die-in géant dans la boue en solidarité avec les activistes sida qui manifestent au même moment à Bangkok pour réclamer des traitements (2004), la patrouille de France dans le ciel de Solidays (2019), le concert de Manu Chao en clôture après 10 ans d’attente (2009), 65 000 festivaliers qui quittent le festival en chantant « Ce n’est qu’un au revoir » (2014), Bill Gates au Social Club (2015). Il y en a tellement…

La programmation de cette nouvelle édition est épatante et haute en couleurs. Comment la définiriez-vous ?

Dans l’air du temps et riche de jolies découvertes. Pour moi, la richesse d’une programmation se trouve souvent loin des grandes scènes. C’est pourquoi, il faut savoir se perdre et chiner en festival.

Avec un peu de chance, vous ne passerez pas à côté de pépites live comme Pongo, Ayron Jones, November Ultra ou Mezerg. Ce sont mes coups de cœur de 2022.

Combien de visiteurs attendez-vous cette année ?

Près de 240 000. Un nouveau record. Si je ne me trompe pas, nous devrions dépasser les 3,5 millions de festivaliers déjà accueillis. Je n’en reviens toujours pas…

Comment voyez-vous l’avenir du festival ?

Cela dépend des jours. Le concept est fort mais l’environnement des festivals a beaucoup changé ces dernières années. La concurrence se veut de plus en plus
forte et même nous, nous devons nous y adapter. C’est un gros sujet d’inquiétude. Sans nouveaux partenaires et mécènes, je crois que nous serons en difficulté pour assurer un avenir radieux à « notre » joli festival. 

Quels sont vos rêves ?

J’aimerais que la solidarité et l’ouverture aux autres soient le socle du monde de demain. Nous n’en prenons pas le chemin, c’est dommage. Heureusement, je crois encore en la jeunesse pour changer le monde. 

Interview Andrea Tarantini
Photo Brice de la Marche & Nathadread

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