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Célébrer la poésie lors de sa Journée mondiale

21.03.2022
par Vanessa Bulliard

La poésie est connue de tous. Mais que signifie exactement ce mot et pourquoi existe-t-il même une Journée mondiale de la poésie?

La Journée de la poésie, créée à l’origine par Matthyas Jenny dans les années 1970, a été proclamée Journée mondiale le 21 mars 2000. Elle rappelle la place de la poésie dans la littérature et le monde, la diversité du bien culturel qu’est la langue et l’importance de l’échange interculturel et des traditions orales, afin de  les faire connaître à tous. La journée commémorative contribue également à lutter contre la perte de notoriété de la poésie.

Qu’est-ce que la poésie?

Le terme  vient du grec et signifie «création». Il se réfère à des œuvres poétiques, qu’il s’agisse de pièces de théâtre ou de textes. Alisha Stöcklin, spécialiste en littérature et doctorante au Centre pour la théorie et l’histoire de l’image de Bâle, estime que «le langage du poème est en évolution permanente». Les formes plus rigides de la poésie des époques précédentes sont aujourd’hui éclatées. Jusqu’au XVIIIème siècle et la littérature baroque, la poésie était le plus strict des genres, exigeant une grande maîtrise des règles linguistiques. Alors que ces règles se sont assouplies au cours des 300 dernières années au profit d’une expression littéraire plus libre, peut-être même la plus libre qui soit, la maîtrise de la langue est toujours centrale. L’époque de la modernité littéraire se caractérise par le fait que les poèmes remettent de plus en plus en question la langue et son intelligibilité présumée.

L’évolution 

La poésie, tout comme la langue elle-même, est toujours en mutation. Le poème est une réflexion sur la force, la fonction et la possibilité du langage. Une transformation très importante a eu lieu après la Seconde Guerre mondiale. D’une part, l’appropriation idéologique de la langue par le national-socialisme a laissé des traces. Un scepticisme plus fondamental a également fait son apparition, axé sur le retour et le rattachement sans réserve à la tradition poétique et à l’histoire de la philosophie. La mélodie du poème et la beauté non feinte de son expression ont fait place à des sons plus dissonants. Le caractère énigmatique du poème s’est ainsi accentué à notre époque: parce qu’ils ne révèlent pas directement leur contenu, les poètes exigent que l’interlocuteur s’y confronte et s’engage dans un dialogue avec eux.

Source de réflexion

La poésie est un instrument de perception: une conception précise du monde est traduite par le langage. C’est pourquoi elle incite le lecteur à réfléchir à la manière dont on existe dans le monde. La poésie crée une conscience plus claire de ce qui est quotidien et qui, dans un poème, est libéré de l’évidence. «Réfléchir à la poésie, c’est toujours réfléchir au rapport entre ce qui est donné, comme la nature, et ce qui est créé, comme la culture», explique Elias Zimmermann, maître de conférences en littérature allemande moderne à l’Université de Lausanne. Les poèmes peuvent devenir l’expression des sentiments intérieurs des poètes.

La Journée mondiale de la poésie

La Journée mondiale de la poésie de l’UNESCO s’inspire de la Journée initiée par Matthyas Jenny en 1979. Partout, des poèmes sont mis en circulation à cette occasion. L’objectif des Journées de la poésie était et est toujours d’amener la poésie dans les rues et parmi les gens car tout le monde devrait y avoir accès. En 2000, l’UNESCO a créé la Journée mondiale avec des objectifs similaires. Elle vise à souligner et à mettre en évidence l’importance de la poésie et à la célébrer et la diffuser en tant que bien culturel immatériel et vecteur de paix. L’inventeur de cette Journée l’a toujours fixée au dernier samedi de mars. L’UNESCO a finalement choisi cette période et a acté la Journée au 21 mars.

L’écriture en général est un moyen de se comprendre soi-même – Alisha Stöcklin

La fonction unificatrice

La poésie relie ses lecteurs de multiples façons. Ainsi, le contexte culturel n’a pas d’importance, car c’est une manière de communiquer avec le monde qui est faite pour tous. Elle ne connaît pas de nationalités ou de frontières. Elle constitue également un riche réseau de connexions dans le monde entier, car les expériences sont échangées. Grâce à l’état actuel de la technologie, ces échanges sont plus simples et plus étendus. L’anthologie publiée en 2019 sous le titre Grand Tour – Reisen durch die junge Lyrik Europas, dans laquelle des œuvres lyriques de toute l’Europe ont été rassemblées et pour lesquelles différents auteurs se sont traduits mutuellement, en est un exemple. Un recueil récent de plus de 500 poèmes intitulé Frauen | Lyrik, édité par Anna Bers, présente de la poésie écrite par et sur des femmes et tente ainsi de créer un contre-canon littéraire.

L’utilité de la poésie

Alisha Stöcklin estime que «l’écriture en général est un moyen de se comprendre soi-même». En écrivant et en lisant des poèmes, on encourage l’adoption de perspectives différentes. En ce sens, l’objectif n’est pas de toujours chercher des réponses, mais de trouver de nouvelles questions. Ainsi, les poèmes exigent et soutiennent une curiosité continue vis-à-vis du monde et nous étonnent par leur pouvoir de fascination, même pour les plus petites choses de ce monde.

En appelant la ligne téléphonique Poésie au 061 721 02 05, on peut entendre à n’importe quel moment un poème enregistré.

 

“De l’obscur à dire” de Ingeborg Bachmann

 

Comme Orphée je joue

sur les cordes de la vie la mort

et face à la beauté de la terre

et de tes yeux qui administrent le ciel

je ne sais dire que de l’obscur.

 

N’oublie pas que toi aussi, soudain,

ce matin-là, alors que ta couche

était encore humide de rosée et que l’œillet

dormait près de ton cœur,

tu vis le fleuve obscur

qui passait près de toi.

 

La corde du silence

tendue sur la vague de sang,

je saisis ton cœur résonnant.

Ta boucle fut métamorphosée

en cheveux d’ombre de la nuit,

les noirs flocons des ténèbres

enneigèrent ton visage.

 

Et je ne t’appartiens pas.

Tous deux désormais nous lamentons.

 

Mais comme Orphée je sais

du côté de la mort la vie

et pour moi bleuit

ton œil à jamais fermé.

 

Texte Vanessa Bulliard

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