Interview par SMA

Florence Schmidt : Transition énergétique : accélérer sans renoncer à l’accessibilité

Florence Schmidt, responsable de la durabilité chez Romande Energie, revient sur les enjeux concrets de la transition énergétique en Suisse romande, entre développement des énergies renouvelables, évolution des usages et transformation des infrastructures. Un éclairage sur les défis et les leviers d’action pour concilier durabilité, compétitivité et qualité de vie.

Madame Florence Schmidt, comment définir la transition énergétique aujourd’hui ?

Un monde plus vert, une énergie plus propre et accessible à tous : cet idéal est aujourd’hui bien plus qu’un enjeu de société. Dans l’histoire, nous n’avons pas réellement « remplacé » les énergies les unes par les autres : nous les avons surtout cumulées, et notre consommation globale n’a cessé d’augmenter.

Dans ce contexte, parler de transition énergétique signifie concrètement accélérer le développement des nouvelles énergies renouvelables (NER) sur notre territoire, améliorer l’efficacité et la sobriété des usages, et adapter les réseaux pour intégrer une production plus locale et plus variable.

Les enjeux sont à la fois sociétaux, économiques et environnementaux : pouvoir d’achat, compétitivité, sécurité d’approvisionnement, qualité de vie et santé, tout en relevant le défi de la neutralité carbone. Cette transition s’inscrit dans la durabilité et la résilience de notre territoire.

Romande Energie œuvre en faveur de cet avenir grâce à des solutions concrètes telles que l’énergie solaire, hydraulique et éolienne, les compteurs intelligents, la rénovation énergétique des bâtiments, le chauffage à distance et les bornes de recharge pour véhicules électriques.

Pourquoi les énergies propres sont-elles devenues incontournables ?

Parce qu’elles répondent simultanément à trois impératifs : réduire les émissions de gaz à effet de serre, renforcer notre indépendance énergétique et stabiliser les coûts à long terme. Avec l’électrification des usages (mobilité, chaleur et froid), la production renouvelable locale : hydraulique, solaire et éolienne, devient un pilier du système, à compléter par l’efficacité énergétique, la flexibilité du réseau et la sobriété des usages : consommer moins et mieux, sans perdre en confort.

Au-delà du climat, c’est aussi un choix de durabilité : une énergie plus propre contribue à une meilleure qualité de l’air, et donc à une meilleure santé, tout en renforçant la résilience et la pérennité des entreprises et des territoires.

Quels sont les enjeux réels de cette transition en cours ?

L’enjeu n’est pas uniquement de remplacer une source d’énergie par une autre : il s’agit de transformer l’ensemble du modèle pour relever le défi de la neutralité carbone au niveau de notre pays, de notre région, mais aussi des entreprises et de leurs clients. Concrètement, cela signifie intégrer davantage de production décentralisée, adapter et digitaliser les réseaux, et développer le stockage et la flexibilité, tout en garantissant la sécurité d’approvisionnement.

La transition doit aussi rester socialement acceptable : accessible financièrement, simple à comprendre et bénéfique au quotidien. Enfin, elle repose sur une responsabilité partagée : individus, entreprises, pouvoirs publics et acteurs financiers (notamment les banques) ont un rôle clé pour orienter les investissements, accélérer la rénovation et soutenir des solutions bas carbone.

Comment les particuliers accueillent-ils ces nouveaux modes de production d’énergie ?

Cela dépend des énergies considérées. La réceptivité est forte, surtout lorsque les bénéfices sont tangibles, comme avec l’énergie solaire et la rénovation des bâtiments : baisse de la facture, autonomie partielle, valorisation du bâtiment et contribution à un projet local.

Les principales attentes portent sur l’accompagnement (conseil, démarches, financement) et la clarté des solutions. Lorsqu’on simplifie le parcours et que l’on explique le fonctionnement, l’adoption s’accélère nettement.

La sobriété fait aussi partie de l’équation : des gestes simples et une meilleure lecture de sa consommation permettent souvent des gains immédiats, sans investissement lourd.

En revanche, lorsqu’il s’agit de développer des infrastructures de production renouvelable, en particulier hydraulique ou éolienne, le processus démocratique de validation peut être très long, parfois plus de 20 ans.

Quel rôle les entreprises peuvent-elles jouer pour accélérer la transition énergétique en Suisse ?

Un rôle d’intégrateur et d’accélérateur : investir dans les renouvelables, moderniser les réseaux de distribution, déployer des solutions de flexibilité et accompagner clients et communes dans leurs projets. Nous jouons aussi un rôle de partenaire de long terme, en aidant les organisations à bâtir des trajectoires crédibles de réduction des émissions, avec des résultats mesurables, et en renforçant la résilience des territoires (infrastructures robustes, production locale, capacité à absorber les aléas).

Enfin, la transition se fait avec et pour les personnes : garantir la sécurité, la fiabilité et de bonnes conditions de travail contribue à la santé et à l’engagement des collaboratrices et collaborateurs, et donc à la pérennité de l’entreprise.

Quels conseils donneriez-vous aux entreprises souhaitant s’engager dans une démarche énergétique plus durable ?

Commencer par mesurer : établir un bilan énergétique et un bilan d’impacts, au-delà du seul carbone, afin d’objectiver les priorités (CO2, eau, sols, matières premières et, selon l’activité, biodiversité). Ensuite, réduire la demande via l’efficacité et la sobriété (bâtiments, processus, pilotage), puis produire ou s’approvisionner en énergies renouvelables (photovoltaïque, garanties d’origine, PPA, CEL selon les cas).

Intégrer la flexibilité (gestion des pointes, recharge intelligente, stockage si pertinent) et définir une trajectoire alignée avec la neutralité carbone, avec des objectifs, des indicateurs et une gouvernance claire.

Enfin, travailler avec l’écosystème : pouvoirs publics, fournisseurs et partenaires financiers pour sécuriser les investissements et accélérer les projets. Sans oublier la dimension humaine : sensibilisation, sécurité et confort des équipes, car la performance et la résilience de l’entreprise reposent sur l’engagement des collaboratrices et collaborateurs.

Interview SMA

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29.04.2026
par SMA
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