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Helen Keller a marqué l’histoire malgré son handicap

09.03.2020
par Laetizia Barreto

Née en bonne santé, Helen Keller perd la vue et l’ouïe âgée de 19 mois. Le sort de la petite fille ne laisse pas présager une histoire à succès. Pourtant, elle est devenue une célèbre auteure, connue dans le monde entier même plus de cinquante ans après sa mort. Portrait d’une femme impressionnante qui fêterait son 140ème anniversaire le 27 juin.

Année 1880. Les États-Unis se sont remis de la Guerre de Sécession et se retrouvent à l’apogée de leur économie. La population aborde le futur avec joie. Cette période prospère contraste fortement avec le coup du destin qui allait frapper Helen Keller.

Le 27 juin 1880, la petite-fille d’un homme Suisse naît, en parfaite santé, à Tuscumbia, en Alabama. Elle grandit dans une famille aisée. Très vite, Helen est considérée comme une enfant brillante qui tient souvent son entourage en haleine. Mais le mois de février 1882 allait changer à jamais la vie de cette petite icône. Helen Keller tombe malade et développe une forte fièvre. Le diagnostic: une inflammation aiguë du cerveau et de l’abdomen. Personne ne savait pas si la jeune enfant allait y survivre. Et pourtant, Helen a survécu. Malheureusement à un prix élevé, la jeune Helen Keller ne pourra plus jamais voir, ni entendre.

Résignation et nouveau courage

Être prisonnière d’une chambre obscure et isolée, sans aucun son n’arrivant de l’extérieur, voilà ce que devait ressentir la petite Helene Keller âgée de 19 mois. À cette période, elle s’est renfermée sur elle-même. En effet, cette prison physique devenait de plus en plus psychologique également. Ce qui, pour les adultes, représentait une perte immense devait être encore plus douloureuse chez une enfant pleine de vie. Les années passèrent, jusqu’au jour où Anne Sullivan s’installa chez les Keller. C’était en 1887 et c’est cette femme qui a su tirer la petite de son isolement intérieur.

Anne Sullivan a vu le jour en 1866 dans le Massachusetts, plus précisément à Feeding Hills. La jeune femme avait aussi eu une enfance marquée par des événements tragiques, son père était alcoolique et sa mère était décédée de la tuberculose alors qu’Anne n’avait que huit ans. Son père l’abandonna alors, elle et son frère. Ils ont grandi dans un orphelinat.

Comme celle qui allait être par la suite son élève, Anne Sullivan a éprouvé une maladie difficile lors de la petite enfance. En effet, à l’âge de cinq ans, elle a souffert d’une infection bactérienne qui lui a causé des cicatrices sur la cornée. Et l’intervention chirurgicale qu’elle a reçu n’a fait qu’aggraver sa vision.

Anne Sullivan et Helen Keller

C’est à partir de 1880- la même année de naissance de sa future élève- qu’Anne Sullivan a commencé à fréquenter l’Institut Perkins, à Watertown au Massachusetts. Cette école spécialisée pour les aveugles existe encore à l’heure actuelle. D’ailleurs, elle est considérée comme la plus ancienne institution de ce type aux États-Unis.

Alors âgée de 14 ans, Anne y apprend l’alphabet dans la langue des signes. Sa particularité? Chaque lettre est exprimée par des mouvements de doigts, produits en touchant quelqu’un. Il paraîtrait qu’Anne Sullivan était extrêmement habile avec le langage des signes. D’ailleurs, cette aptitude l’a bien aidée des années plus tard.

En 1887, Anne, qui a alors presque 21 ans, accepte une mission à Tuscumbia, à plus de mille kilomètres de chez elle. Le travail consiste à donner des cours à une fillette de sept ans, sourde et aveugle. C’est ainsi qu’elle a rejoint la famille Keller. Anne a donc appris à Helen à maîtriser la langue des signes. Sa méthode d’enseignement est spéciale puisqu’elle laisse Helen toucher des objets et, en même temps, épelle le mot correspondant à l’item sur la peau de l’enfant. C’est ainsi qu’après des années d’isolement, Helen Keller a retrouvé son courage.

Renaissance

Les années suivantes ont radicalement changé le rapport d’Helen au monde. Non seulement, la jeune fille apprit à communiquer et interagir avec les autres, mais également à lire en braille (qui existait déjà), grâce à l’aide de sa professeure particulière, Anne Sullivan. Ainsi, Helen a commencé à parler et arrivait même à comprendre les gens en touchant leurs lèvres. Mais ce n’est pas tout, la jeune fille est ambitieuse: elle apprend à taper à la machine à écrire et fait ses premiers pas dans l’art oratoire. En 1900, Helen a vingt ans et elle s’inscrit au Radcliffe College de Boston, où elle y étudie plusieurs langues étrangères.

Quatre ans plus tard, la jeune femme obtient son diplôme. À la suite de ses études, Helen Keller s’affirme en tant que femme cultivée et engagée. Au long de sa vie, elle reçoit plusieurs doctorats honorifiques. À titre d’exemple de son engagement, en 1915, Helen devient membre du conseil d’administration de la Commission du Massachusetts pour les aveugles. Suite à quoi, cette femme épanouie voyage beaucoup et donne des conférences à l’étranger.

L’handicap peut revêtir beaucoup de visages. Et Helen Keller en était déjà très consciente à l’époque. Même si l’on ne souffre pas d’un handicap physique ou mental, à proprement dit, nous sommes loin d’être épargnés par les obstacles de la vie.

Auteure, activiste et muse 

Ainsi, notre héroïne a également lutté pour les droits de la population afro-américaine et l’égalité des sexes. Déterminée, Helen Keller a toujours suivi sa propre voie et soutenu ses convictions. Cela ne l’a pas effrayée, en tant que femme des États du Sud, de se battre contre l’esclavage, même au dépens de ses relations familiales.

En plus de ses combats, Helen Keller s’est fait une place dans le monde de l’écriture. Elle a publié plusieurs biographies, essais et nouvelles. D’ailleurs sa vie a fait l’objet de deux films alors même qu’elle était encore vivante, dont le documentaire «Les Inconquis», sorti en 1954, qui a gagné un Oscar. Et en 1962, paraît le premier long-métrage qui la concerne, «The miracle worker».

Ce film a également connu un grand succès. En effet, il s’est vu nominé pour cinq Oscars, dont une fois pour le meilleur rôle principal féminin d’Anne Bancroft qui a interprété Anne Sullivan. Ainsi que celle de la meilleure actrice dans un second rôle pour Patty Dukes, qui a joué Helen Keller derrière la caméra. Les deux ont remporté la statuette en or.

L’héritage d’Helen Keller

Helen Keller est décédée le 1er juin 1968, à presque 88 ans. Elle laisse alors un héritage culturel et symbolique des plus inspirants. Aujourd’hui plus que jamais, le message que transmet la vie de cette femme est important. C’est un véritable modèle de réussite. Elle prouve que le handicap n’est pas synonyme de fatalité. Le combat d’Helen Keller est considéré comme un précurseur du besoin actuel d’inclusion, tout devrait être accessible à tous, sans restriction. Il ne devrait pas exister d’obstacles pour les personnes en situation de handicap. Bien que cela demande beaucoup de courage et de volonté. Comme le dit une célèbre citation d’Helen Keller: «life is either a daring adventure or nothing at all» (la vie est soit une aventure audacieuse ou alors rien du tout). Et ce sont les mots d’une jeune fille sourde et aveugle, qui a changé le monde alors que personne ne pensait que c’était possible.

Texte Lars Gabriel Meier
Traduit de l’allemand par Laetizia Barreto

Image d’en tête Anne Sullivan et Helen Keller. Source: Wikimedia Commons

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