le bâtiment suisse à l’heure des façades solaires
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Le bâtiment suisse à l’heure des façades solaires

21.06.2026
par SMA

CEO de Volta Swiss Sàrl, Alexandre Rottet défend une approche du bâtiment où la toiture seule ne suffit plus à répondre aux besoins énergétiques. Pour lui, l’avenir passe par une équation simple : mieux isoler, produire de l’énergie photovoltaïque sur toutes les surfaces disponibles, stocker, puis consommer l’électricité au plus près du lieu de production.

Alexandre Rottet
Directeur

Fondée en 2022 par Alexandre Rottet et Norbert Nemes, Volta Swiss Sàrl prolonge l’expertise de Rottet Menuiserie-Charpente Sàrl, active depuis plus de 60 ans. D’abord spécialisée dans les installations de panneaux photovoltaïques de toiture, l’entreprise a depuis élargi son offre aux tuiles solaires puis aux panneaux solaires de façade.

Alexandre Rottet, faut-il regarder le bâtiment autrement ?

Oui. Aujourd’hui, la production solaire se concentre principalement sur les toitures. Elle reste essentielle, mais ne suffit pas toujours. Dans un immeuble, l’emprise au sol définit la surface de toit, alors que chaque étage supplémentaire augmente les besoins. À partir de quatre niveaux, utiliser les façades devient intéressant. Le bâtiment de demain devra produire sur toutes les surfaces qui peuvent l’être : la toiture, bien sûr, mais aussi les façades et les garde-corps de balcons, via des modules photovoltaïques décoratifs.

Pourquoi les façades sont-elles pour l’instant peu exploitées ?

Le produit est encore peu connu. On pense généralement à des panneaux sombres, difficiles à intégrer dans l’architecture. Or les solutions ont beaucoup évolué. Il existe aujourd’hui des panneaux de différentes couleurs, de différentes formes, et même des panneaux transparents capables de produire de l’électricité. Bien sûr, certaines contraintes demeurent, notamment sur les bâtiments classés. Mais dans beaucoup de cas, les possibilités sont bien plus grandes qu’on ne l’imagine.

Une façade solaire peut-elle être aussi pertinente qu’une installation en toiture ?

Oui, surtout en saison froide. En automne et en hiver, le soleil est plus bas. Il arrive donc avec un angle plus favorable sur une façade que sur une toiture. C’est aussi la période où les besoins énergétiques sont les plus importants. La façade présente un autre avantage : elle est moins exposée aux problèmes liés à la neige. Il ne s’agit pas d’opposer toiture et façade, mais de les utiliser ensemble.

Pourquoi l’isolation doit-elle être associée à cette production solaire ?

Il n’y a aucun sens à produire de l’électricité sur un bâtiment qui est mauvais sur le plan thermique. En Suisse, l’achat d’énergies fossiles représente environ 10 milliards de francs par an (source : fondationenergie.ch). Sur ce montant, près de 40 % sont liés au chauffage et à l’énergie des bâtiments, soit environ 4 milliards de francs. Mettre les bâtiments construits avant 1980 au niveau des standards actuels d’isolation permettrait, selon les estimations, de réduire la consommation énergétique d’environ 25 térawattheures par an, ce qui représenterait près d’un milliard de francs d’économies chaque année. Il faut retenir qu’une fois un bâtiment isolé, les économies se répètent chaque année.

Comment agir concrètement sur un bâtiment existant ?

Il faut traiter le sujet de manière globale. Si l’on intervient sur une façade ou sur une toiture, pour une rénovation par exemple, il est logique de réfléchir en même temps à l’isolation et à la production solaire. Cela évite de multiplier certaines dépenses comme les échafaudages, tout en permettant d’améliorer réellement l’efficacité énergétique du bâtiment.

Quel rôle joue le stockage dans cette évolution ?

C’est aujourd’hui le nerf de la guerre. Il y a quelques années, les propriétaires qui installaient des panneaux solaires se posaient moins cette question, car les gestionnaires de réseau de distribution (GRD) rachetaient l’énergie produite en surplus. Aujourd’hui, ces GRD doivent pouvoir lisser les pics de production et éviter d’ajouter de la tension sur un réseau déjà très sollicité. Cela implique une diminution des quantités et du prix de rachat. La question du stockage devient donc essentielle pour les propriétaires.

Que permettent les Communautés d’électricité locales (CEL) ?

Créer une CEL, c’est proposer de consommer l’énergie au plus près de son lieu de production. Un bâtiment équipé de panneaux solaires utilise d’abord son électricité pour ses propres besoins. S’il dispose d’une batterie, il peut stocker une partie de cette production pendant la journée pour la réutiliser le soir ou la nuit. Mais lorsque la batterie est pleine et que le bâtiment produit encore, le surplus peut être partagé avec des voisins ou des bâtiments communaux.

Quel est l’intérêt de ce modèle de CEL ?

Actuellement, un producteur peut réinjecter son surplus sur le réseau à un prix peu intéressant, et les voisins sans installation achètent leur électricité à un prix élevé auprès des GRD. Avec une communauté locale, les parties intéressées sont mises en relation. Le producteur valorise mieux son électricité, le consommateur paie moins cher que sur le réseau traditionnel, et celui-ci est moins sollicité. Tout l’enjeu est là : produire et consommer localement permet de limiter les coûts liés au transport de l’électricité.

À quoi pourrait ressembler le bâtiment idéal dans dix ans ?

Je l’imagine avec des panneaux photovoltaïques sur son toit, sur ses garde-corps de balcons et ses façades Sud, Est et Ouest. Il devra aussi intégrer des solutions de stockage par batteries lithium et/ou hydrogène, ainsi que des bornes de recharge pour les véhicules électriques. Le bâtiment ne sera donc plus seulement un lieu de consommation ; il sera un producteur d’énergie capable de stocker l’électricité produite, de subvenir à ses propres besoins et, lorsque c’est possible, de contribuer aux besoins de son quartier.

Nous avons toutes les cartes en main pour agir.

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