Interview par Rüdiger Schmidt-Sodingen

Egalité des chances au travail: du chemin à parcourir

En 2020, en Suisse, les femmes gagnaient encore en moyenne 18% de moins que les hommes, selon l'Office fédéral des statistiques. A quoi cela est-il dû? Que peuvent faire les femmes pour obtenir un meilleur salaire et une égalité des chances? Interview avec Gabriele Strodl-Sollak, conseillère en communication, coach d'affaires et auteure du livre Boost your career, Sister!

En 2020, en Suisse, les femmes gagnaient encore en moyenne 18% de moins que les hommes, selon l’Office fédéral des statistiques. A quoi cela est-il dû? Que peuvent faire les femmes pour obtenir un meilleur salaire et une égalité des chances? Interview avec Gabriele Strodl-Sollak, conseillère en communication, coach d’affaires et auteure du livre Boost your career, Sister!

Gabriele Strodl-Sollak, parlons d’égalité des chances au travail: les revenus des femmes et des hommes restent très différents. Quelles en sont les raisons?

Les raisons sont multiples: système d’imposition de la famille, temps partiel, secteur d’activité, rémunération dans la fourchette basse des salaires, mais aussi l’état d’esprit. Dans les pays germanophones, à la naissance des enfants, nous assistons souvent à un backslash en matière d’égalité des chances: le père devient le soutien de famille, la mère prend en charge la gestion à la maison et cherche un emploi à temps partiel à proximité de son domicile afin d’éviter les longs déplacements. Il est certain que dans les pays germanophones, il faut se détacher un peu du culte de la mère des années d’après-guerre et regarder un peu plus loin que le bout de son nez. Dans les pays scandinaves, il n’y a en principe plus de réunions après 17 heures et le temps de travail maximal est de 35 heures. La situation est similaire en France par exemple. 

Avant même d’avoir nos enfants, mon mari et moi avons discuté de l’égalité des chances et de son congé parental. Il était alors clair pour moi que le fait qu’il prenne un congé devait être lié à une augmentation de mon salaire.

Le désir d’avoir un «job qui a du sens», c’est-à-dire une activité qui nous passionne, empêche-t-il souvent une négociation salariale en bonne et due forme?

J’observe souvent le phénomène suivant: si les femmes se voient proposer en plus un projet intéressant ou si elles se voient attribuer leurs premiers collaborateurs.rices, elles se sentent valorisées et récompensées. Avant d’accepter de plus grandes responsabilités, elles devraient négocier – pour une promotion, une augmentation de salaire, du temps, d’autres goodies. Beaucoup d’entre elles négligent ce moment et traînent éternellement le déficit monétaire, car elles ont reçu quelque chose sur le plan émotionnel, à savoir de la reconnaissance.

De plus, pour beaucoup, un entretien salarial ressemble plus à une visite chez le dentiste qu’à un «jeu» où il y a quelque chose à gagner. Mais cette attitude peut s’entraîner en apprenant quelque chose que je considère comme fondamental: parler simplement et quotidiennement des résultats de son entreprise. Storytelling et marketing personnel intègre sont les mots clés. Cela permet de relativiser l’idée très stressante que l’on a souvent de l’entretien salarial. 

Avant même d’avoir nos enfants, mon mari et moi avons discuté de l’égalité des chances et de son congé parental. Il était alors clair pour moi que le fait qu’il prenne un congé devait être lié à une augmentation de mon salaire. Mais je ne savais pas comment m’y prendre. C’est pourquoi un coach m’a aidée et j’ai ensuite obtenu une augmentation de salaire de 20%.

Vous déplorez une trop faible égalité des chances mais également le fait que les femmes soient trop travailleuses car elles pensent que fournir un bon travail signifie être remarquée et donc être mieux payée. Pour quelles raisons? 

Lors de mon premier rendez-vous de coaching, une responsable de service m’a dit: «J’ai maintenant 40 ans, je dirige un service de dix personnes et j’ai toujours travaillé avec zèle et de manière stressée. Maintenant, je me suis réveillée et je veux défendre mes intérêts personnels». Au bout de quatre semaines, je la voyais déjà différente. 

Pour qu’on atteigne l’égalité des chances, les femmes doivent être plus visibles. Et cela passe par de nombreux petits pas plutôt que par de grands discours.

Désormais, cette responsable de service informe aussi son chef lorsqu’elle a exécuté toutes les tâches alors qu’auparavant elle ne passait le voir que lorsqu’elle n’arrivait pas à résoudre un problème. Ainsi, en montrant une image positive d’elle-même et de son travail, elle a naturellement de meilleures cartes en main dans chaque entretien de négociation.

Les femmes ont-elles besoin de plus de courage pour faire leur propre marketing et prétendre à l’égalité des chances? 

Elles ont surtout besoin de plus de savoir-faire. Il ne s’agit pas d’imiter les fanfaronnades de certains mâles alpha. Il s’agit plutôt de transmettre des résultats et de bien réfléchir: quel message doit être transmis à qui? Pour qu’on atteigne l’égalité des chances, les femmes doivent être plus visibles. Et cela passe par de nombreux petits pas plutôt que par de grands discours. Dans mon atelier «Get what you want, Sister!», je remarque que les femmes apprennent rapidement ce qu’elles peuvent changer et comment. Elles obtiennent alors en très peu de temps la reconnaissance qu’elles souhaitent pour leurs réalisations.

Un exemple: une femme que j’ai coachée était toujours confrontée, lors des réunions, au fait qu’elle ait moins de place lorsqu’elle était entourée d’hommes à la table. Ses collègues exhibaient leurs documents à gauche et à droite et s’étalaient – et sur sa chaise, au milieu d’eux, elle se faisait toute petite. Mais elle a appris à reprendre sa place en leur disant tout simplement: «Ces documents t’appartiennent, garde-les donc devant toi!».

Est-ce qu’un échange avec d’autres femmes et l’idée de «We are Sisters» peuvent aider?

Tout à fait. Cela soulage de savoir que d’autres femmes ont des problèmes similaires. De plus, le regard extérieur est si précieux et un groupe donne de superbes suggestions et des idées qui boostent le moral. Les employées considèrent les frais de formation continue ou de coaching comme une obligation de l’employeur. C’est une vision à court terme, car investir dans sa propre personnalité et dans son développement personnel sont toujours payants et apportent du respect et une reconnaissance – également monétaire. Cela change énormément la manière de se voir et de se présenter – et apporte plus de confiance en soi et donc de succès.   

L’introduction du télétravail à cause de la pandémie a-t-elle plutôt amélioré ou détérioré les possibilités de travail des femmes?

Elles ont clairement été détériorées. Je pense qu’en home office nous sommes toutes devenues un peu plus invisibles – malgré les visioconférences. 

Texte Rüdiger Schmidt-Sodingen Photo Miriam Mehlman

 

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26.04.2022
par Rüdiger Schmidt-Sodingen
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