Interview par Océane Ilunga

Emilie Hawlena : Jongler entre la vie de maman et d’entrepreneure

L’entrepreneure et maman de deux enfants partage son parcours, sa vision de la maternité et de la répartition des tâches parentales.

Emilie Hawlena, entrepreneure belge et maman de deux enfants, est arrivée à Genève en 2007 pour une carrière bancaire de dix ans qui ne la comblait pas. Passionnée par divers projets parallèles, elle a fondé Genuine en 2017, un réseau destiné à soutenir les femmes entrepreneures. Jonglant entre ses responsabilités professionnelles et familiales, Emilie a su créer une communauté partageant les mêmes valeurs et approches dans le monde de l’entrepreneuriat, inspirée par son propre parcours et les défis de concilier vie de famille et ambitions professionnelles.

Emilie Hawlena, qu’est-ce qui vous a inspiré à créer Genuine ?

C’est le besoin de fédérer qui m’a inspirée. Quand j’ai compris que je voulais aider les gens à réaliser leurs projets et leur donner des ressources pour développer leur entreprise, j’ai choisi de créer une communauté plutôt que de devenir business coach. Ce qui me porte, c’est le collectif : rassembler, unir et créer un mouvement où l’on s’élève ensemble. Genuine repose sur trois missions principales : réunir, soutenir et offrir. Réunir, c’est construire cette communauté ; soutenir, c’est fournir des ressources et des clés à travers des événements et workshops ; et offrir, c’est créer un environnement propice à la réalisation de projets, ancré dans des valeurs d’authenticité, de partage et de bienveillance. Je voulais un réseau business humain, où l’on peut partager ses doutes et ses défis sans jugement.

Emilie Hawlena et Oscar

Vous êtes maman de deux enfants. Comment réussissez-vous à équilibrer votre vie professionnelle avec votre vie familiale ?

Oui, Oscar qui va avoir quatre ans et Agathe qui a un an et demi. On dit souvent qu’on est dans le dur jusqu’à ce qu’ils aient atteint minimum trois ans et je confirme (rires). J’ai eu mes enfants sur le tard, à 37 et 39 ans, et le père de mes enfants est souvent absent, ce qui complique les choses. C’est possible d’être entrepreneure et maman, mais cela demande de prioriser. Avant, je consacrais beaucoup de temps à des tâches non essentielles.

Aujourd’hui, je me concentre sur le plus important et j’apprends à déléguer, même si c’est difficile. J’ai la chance d’être entourée d’ambassadrices qui gèrent chaque antenne, je me repose plus sur elles qu’avant. Cela demande de lâcher prise, mais je ne peux pas tout gérer.

Avoir des enfants m’a obligé à revoir mes ambitions professionnelles temporairement. Je suis dans les couches et les biberons pour le moment, mais ça changera quand Agathe aura trois ans. En 2022, j’ai dû accepter de renoncer à certaines choses, ce qui a été difficile. Il faut se rappeler que tout est temporaire. Les enfants grandissent vite, et la résilience est essentielle, que ce soit en tant que parent ou entrepreneure. Je vise l’été 2025 pour un meilleur équilibre, car Agathe rentrera à l’école.

Aussi, je pense que ce qui est le plus dur pour une maman, c’est cette tyrannie de la perfection. On nous met la pression d’être au top dans nos vies professionnelles et physiquement. C’est lourd à porter. Tout cela évidemment en maintenant une éducation positive et en préparant des repas bio à tes enfants parce qu’attention, si tu leur donnes une pizza, tu es la pire maman (rires) !

Pensez-vous que cette pression est plus forte sur les femmes que les hommes ?

De loin. C’est incomparable. Nous sommes encore dans une société où l’on accepte que les hommes se concentrent sur leur carrière professionnelle.
Dans un podcast que j’écoute souvent, « Mes enfants et moi » – le psychopédagogue Bruno Humbeeck parle justement de l’image du papa un peu gauche, qui ne gère pas trop, normalisée et complètement acceptée dans notre société. Et pire, elle est véhiculée dans les médias. On y voit des figures comme Homer Simpson ou Papa Pig, ce père un peu empoté à qui on pardonne tout, c’est même rigolo. En revanche, si une mère a le malheur d’amener son enfant à l’école avec les dents pas bien lavées, elle est perçue comme la pire mère du monde. Ce n’est pas juste. Les mamans entrepreneures subissent cette double pression, à la fois dans leur entreprise et à la maison. Depuis que je suis maman, je comprends la pertinence des réseaux mompreneur.

Vous êtes ambassadrice de Joone Mama Club Bruxelles depuis un an, pouvez-vous nous en parler ? Quelles sont vos responsabilités ?

Toujours dans cette idée de fédérer, je suivais Carole Juge, fondatrice de Joone, une marque de couches écoresponsables et un modèle pour les femmes entrepreneures. Joone Mama Club organise tous les deux mois des événements rassemblant 10 à 12 mamans pour briser la solitude du post-partum. Ces rencontres, qui se déroulent sur une matinée autour d’un brunch, permettent d’échanger et de répondre aux nombreuses questions que l’on peut avoir en tant que jeune maman. On peut venir avec les enfants ou pas.

Je les ai contactés parce qu’il n’y avait pas de club en Belgique et je voulais en créer un à Bruxelles. C’est ainsi que je suis devenue ambassadrice. Bien que la mission soit légèrement différente – d’un côté, je réunis des entrepreneurs, de l’autre, des mamans – l’objectif reste le même : combattre la solitude. Lors de la dernière rencontre, par exemple, nous avions une coach qui a parlé de la réinsertion dans le monde du travail après le congé maternité.

Quels sont les outils de productivité que vous aimez utiliser pour gérer votre quotidien ?

J’adore Trello, je trouve cet outil visuel et pratique. Je l’utilise depuis toujours pour mon entreprise et maintenant j’ai aussi un Trello pour ma vie personnelle. Il est également important de se trouver des moments pour soi parce qu’on a trop vite tendance à s’oublier.

Quel est votre prochain projet ?

Après huit années chez Genuine, j’ai identifié un énorme manquement chez les femmes en matière d’éducation financière, et moi-même j’en ai fait les frais. J’ai toujours géré mon entreprise à l’intuition. Quand je suis devenue maman, j’ai commencé à ressentir beaucoup d’anxiété financière parce que, finalement, à l’époque, mes choix ne m’incombaient qu’à moi. Je n’avais pas le sentiment de vivre au-dessus de mes moyens, mais je finissais quand même dans le rouge à la fin de chaque mois. Donc, j’ai commencé à me former sur la gestion financière. J’ai mis en place des stratégies qui fonctionnent, et maintenant, j’ai envie de donner des masterclass, d’offrir de l’accompagnement et de partager cette méthode qui permet aux femmes de reprendre le contrôle de leurs finances.

Comment définissez-vous le succès ?

Aujourd’hui, je pense vraiment que le succès passe avant tout par le bonheur. Pour moi, le succès, c’est mener une vie alignée avec ses valeurs. C’est vivre confortablement de ce que l’on fait, tout en ayant du temps de qualité pour ses passions et ses enfants.

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25.06.2024
par Océane Ilunga
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