
Cristina Gaggini
Directrice romande d’economiesuisse
Pour de nombreuses PME suisses, exporter est devenu sensiblement plus complexe, plus coûteux et plus imprévisible. Les routes commerciales et énergétiques sont fragilisées par les conflits armés. Les mesures protectionnistes se multiplient. Le monde s’est fragmenté et l’incertitude est devenue la nouvelle norme.
Pour une économie comme la nôtre, fortement tournée vers l’exportation, ce changement est brutal. Les tensions géopolitiques freinent la croissance, renchérissent l’énergie et affectent l’ensemble de la chaîne de valeur. Concrètement, pour les PME, cela signifie des coûts plus élevés et des arbitrages parfois difficiles. Certaines doivent, une fois de plus, rassurer leurs clients, revoir leurs fournisseurs et diversifier leurs marchés, entre autres. Et alors même que la concurrence internationale s’intensifie, elles doivent aussi composer avec le franc fort.
Et pourtant, c’est précisément dans ce monde instable que le modèle suisse révèle sa force. Nous le devons à la capacité d’adaptation de nos entreprises et de leurs équipes. Elles redoublent d’efforts pour se réorienter, identifier de nouveaux débouchés et monter en gamme. Car lorsque les volumes deviennent incertains, la valeur ajoutée devient décisive. La Suisse n’exporte pas seulement des produits et des services : elle exporte de la précision, de la qualité et de la fiabilité.
Mais cette capacité d’adaptation ne pourra pas compenser indéfiniment des conditions-cadres qui se détériorent ici en Suisse. Dans un monde qui se referme, garantir l’accès aux marchés étrangers est plus que jamais un impératif stratégique. Mettre un terme à l’érosion de la voie bilatérale avec l’UE est indispensable. C’est ce que permettent les Bilatérales III. Il en va de la prévisibilité des règles, de la reconnaissance mutuelle des normes et de la fluidité des échanges, mais aussi de la participation à des projets d’innovation européens de grande envergure.
La Suisse doit également poursuivre l’ouverture de nouveaux débouchés commerciaux à travers des accords de libre-échange, notamment avec des régions à forte croissance comme le Mercosur.
Enfin, nos autorités fédérales et cantonales doivent faire de l’allègement réglementaire une priorité. Toute charge administrative supplémentaire mobilise du temps, des ressources et de l’énergie qui pourraient être investis ailleurs : dans l’innovation, les collaborateurs et le développement commercial.
Toute période difficile présente aussi des opportunités. La recomposition du commerce mondial ouvre de nouveaux corridors économiques. Les transitions énergétique, industrielle et technologique redessinent les chaînes de valeur. Nous avons une carte à jouer. La Suisse conserve des atouts rares : la stabilité, la crédibilité et le pragmatisme entrepreneurial. Ces qualités prennent encore plus de valeur. L’histoire économique suisse ne s’est pas écrite dans le confort. Elle s’est construite dans la capacité à s’adapter au changement et même à le provoquer. C’est aujourd’hui encore notre meilleure chance.
Texte Cristina Gaggini, Directrice romande d’economiesuisse
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