« Notre ambition est qu’à terme, jeter un mégot dans la rue devienne un geste socialement inacceptable »
Chaque année, des milliards de mégots finissent encore sur les trottoirs, dans les caniveaux ou dans la nature. Pour répondre à ce défi environnemental et urbain, Alcome déploie une approche mêlant financement des collectivités, équipements et sensibilisation des fumeurs. Pour Vincent Zappia, président de l’éco-organisme Alcome, la clé se trouve avant tout dans l’évolution des comportements.

Vincent Zappia
Président, Alcome
Vincent Zappia, quel est le rôle d’Alcome dans l’écosystème environnemental français ?
Depuis sa création en 2021, l’éco-organisme Alcome a construit les fondations d’une filière unique en France : celle dédiée à la réduction voire à l’élimination des mégots mal jetés dans l’espace public. Les premières années ont été consacrées à la structuration de la filière, au développement du réseau de collectivités partenaires et à la mise en place d’outils de sensibilisation. Nous avons prévu d’investir plus massivement dans la sensibilisation des fumeurs dans les mois à venir, car notre conviction, confirmée par nos études, est que le changement durable passe d’abord par l’évolution des comportements. C’est là que nous pouvons avoir l’impact le plus fort : aider chacun à comprendre que le mégot n’est pas un petit déchet anodin, mais un déchet qui doit être correctement jeté.
Comment la REP change-t-elle la gestion des mégots ?
Ce qui me frappe le plus, c’est le renversement de logique que cette REP opère. Avant, les collectivités portaient seules les coûts de sensibilisation des fumeurs et du nettoyage des mégots. Désormais, et c’est le principe même de la REP, les fabricants de tabac et de filtres, grands et petits, financent la filière, et cet argent revient directement aux territoires sous forme de soutiens concrets : équipements de collecte, campagnes de sensibilisation, aide au nettoyage, accompagnement opérationnel.
À qui vous adressez-vous en priorité ?
Notre modèle repose sur plusieurs acteurs complémentaires. Les collectivités sont nos principaux interlocuteurs opérationnels, car elles gèrent l’espace public et déploient les solutions sur le terrain. Les fabricants financent la filière dans le cadre de la REP. Mais notre priorité reste les fumeurs : sans évolution des comportements individuels, il est impossible de réduire durablement les mégots jetés au sol.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées ?
J’en vois principalement trois. D’abord, le coût : le ramassage des mégots mobilise du temps, des agents et des moyens logistiques importants. Ensuite, la nature même du déchet : le mégot est petit, diffus et jeté partout, ce qui rend sa collecte particulièrement complexe. Enfin, il y a la dimension comportementale : beaucoup de fumeurs ne perçoivent pas encore le mégot comme un véritable déchet, ce qui entretient des réflexes ancrés depuis des décennies.
Quelles actions menez-vous pour changer les habitudes des fumeurs ?
Les cendriers et éteignoirs sont indispensables, car il faut proposer une alternative concrète aux fumeurs. Mais nous travaillons aussi sur d’autres leviers : campagnes de sensibilisation, signalétique pédagogique dans l’espace public, distribution de cendriers de poche ou encore actions menées avec des collectivités, des associations et des entreprises. L’objectif est d’installer progressivement une nouvelle norme sociale autour du bon geste.
Quels types de campagnes ou de dispositifs fonctionnent le mieux ?
Les actions les plus efficaces sont celles qui combinent présence terrain et participation citoyenne. Les opérations de ramassage participatif, comme le Mégothon, ont un fort impact car elles rendent visible l’ampleur du problème. Les partenariats avec des festivals, événements sportifs ou culturels fonctionnent très bien, car ils permettent de sensibiliser les fumeurs dans des contextes concrets et avec un discours non culpabilisant.
Observez-vous une prise de conscience plus forte de la part des élus locaux ?
Oui, clairement. Il y a quelques années encore, le sujet était considéré comme secondaire. Aujourd’hui, de plus en plus d’élus voient la propreté de l’espace public comme un véritable enjeu d’image et d’attractivité. Cette prise de conscience progresse, même si elle ne se traduit pas encore partout par des actions concrètes.
Quelle est votre vision à long terme ?
Oui, et je le dis sans naïveté. Le mégot au sol reste avant tout un comportement que l’on peut faire évoluer avec les bons leviers : sensibilisation, équipements et mobilisation collective. Jeter son mégot dans la rue est un geste culturel et quasi inconscient qui prend du temps à faire disparaître, mais nous y arriverons. Notre ambition est qu’à terme, jeter un mégot dans la rue devienne un geste socialement inacceptable, comme d’autres formes de déchets abandonnés aujourd’hui.
Pourquoi le problème des mégots reste-t-il massif malgré des années de sensibilisation ?
Parce que le geste reste très banalisé et souvent inconscient chez de nombreux fumeurs. Il y a aussi un manque d’alternatives visibles dans certains espaces publics, ainsi qu’un faible niveau de sanction dans les faits. Pour faire évoluer durablement les comportements, il faut agir simultanément sur la sensibilisation, les équipements et la responsabilisation, et c’est précisément ce que nous cherchons à faire.
Plus d’informations sur :
alcome.eco

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