Insomnies répétées, fatigue dès le réveil ou ronflements excessifs… Passé la cinquantaine, les changements de nos rythmes biologiques redessinent nos nuits. Le Dr Christos Maragkoudakis, médecin pneumologue spécialisé en médecine du sommeil, directeur de Vein Clinic, responsable du Service d’apnées du sommeil et membre de l’European Sleep Research Society (ESRS), nous livre des informations essentielles et holistiques pour identifier les signaux d’alerte de notre corps, éviter le piège de la dépendance aux somnifères et réapprendre à faire de nos nuits le plus puissant des remèdes de longévité.

Dr Christos Maragkoudakis
Médecin pneumologue spécialisé en médecine du sommeil, directeur de Vein Clinic, responsable du Service d’apnées du sommeil et membre de l’European Sleep Research Society (ESRS)
Dr Christos Maragkoudakis, de nombreuses personnes pensent qu’il est normal de moins bien dormir avec l’âge. Est-ce vraiment le cas ?
Cette idée reçue est très fréquente, mais elle mérite d’être nuancée. S’il est vrai que le vieillissement modifie l’architecture du sommeil, mal dormir ne doit pas être considéré comme une fatalité.
Avec l’âge, notre horloge biologique évolue : nous avons tendance à nous endormir et à nous réveiller plus tôt, tandis que le temps passé en sommeil profond, le plus réparateur, diminue progressivement. Toutefois, les besoins en sommeil restent globalement identiques après 50 ans, soit environ sept à huit heures par nuit.
Ce qui change davantage, c’est la qualité du sommeil. Les réveils nocturnes deviennent plus fréquents et le sommeil peut être plus léger. Or, un sommeil insuffisant ou fragmenté peut avoir des conséquences importantes sur la santé. Il favorise notamment l’inflammation chronique, augmente le risque cardiovasculaire et peut accélérer le déclin cognitif. Pour préserver un sommeil de qualité, il est essentiel d’adopter une approche globale : maintenir des horaires réguliers, limiter l’exposition aux écrans avant le coucher, pratiquer une activité physique régulière et instaurer des rituels apaisants en soirée, comme la lecture, la méditation ou des exercices de respiration.
Le sommeil demeure un pilier fondamental de la santé à tout âge et mérite la même attention que l’alimentation ou l’activité physique.
À partir de 50 ans, le corps humain semble être plus vulnérable aux troubles cardiovasculaires. La somnolence et les ronflements peuvent également faire partie des symptômes du syndrome d’apnées du sommeil. Quelles sont les étapes à suivre ?
Le ronflement n’est pas un simple désagrément sonore ; il constitue l’un des principaux symptômes du syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS). Cette pathologie se caractérise par des obstructions répétées des voies aériennes supérieures au niveau du pharynx, entraînant des apnées (arrêts respiratoires d’au moins dix secondes) ou des hypopnées (obstructions partielles des voies aériennes). Ces événements provoquent une diminution du taux d’oxygène dans le sang, suivie de micro-éveils.
Bien que le patient n’en ait pas conscience, ces interruptions respiratoires fragmentent le sommeil et génèrent un stress oxydatif important. Les symptômes associent céphalées matinales, sécheresse buccale (xérostomie), fatigue intense, somnolence diurne excessive, troubles de l’humeur et difficultés de concentration.
Chez les femmes, la prévalence du SAOS augmente nettement après la ménopause, la diminution des œstrogènes et de la progestérone réduisant la tonicité des muscles pharyngés. Non traité, le SAOS devient un facteur de risque majeur d’accident vasculaire cérébral (AVC), d’infarctus du myocarde et de troubles du rythme cardiaque, comme la fibrillation auriculaire.
Le diagnostic repose sur une polygraphie ventilatoire à domicile ou une polysomnographie réalisée dans un laboratoire du sommeil. Les traitements, comme la PPC (pression positive continue) ou l’orthèse d’avancée mandibulaire (OAM), doivent s’accompagner d’une prise en charge globale : maintien d’un poids de forme, activité physique régulière et réduction des toxiques (alcool, tabac).
Rythme de vie intense, exigences professionnelles élevées, angoisses familiales… Comment réagir face à l’insomnie ?
L’insomnie d’endormissement ou les réveils nocturnes traduisent souvent une surcharge mentale ou une difficulté à passer du mode d’éveil au mode de sommeil. Chez les personnes de plus de 50 ans, le recours aux somnifères doit rester limité, car ces médicaments peuvent entraîner des effets secondaires importants, tels qu’une somnolence persistante, un risque accru de chutes ou des troubles de la mémoire.
Aujourd’hui, les recommandations internationales privilégient la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-I), qui permet de retrouver un sommeil naturel et durable.
Quelques règles simples peuvent déjà faire la différence :
- Réserver le lit au sommeil : en cas d’éveil prolongé, il est préférable de quitter temporairement la chambre plutôt que de rester à ruminer.
- Conserver des horaires réguliers : se lever à la même heure chaque jour et s’exposer à la lumière naturelle le matin aide à resynchroniser l’horloge biologique.
- Adopter une bonne hygiène de vie : privilégier un dîner léger, limiter les écrans le soir et réduire les boissons en fin de journée (pour ne pas couper son sommeil pour aller aux toilettes) favorisent un sommeil de meilleure qualité.
L’objectif est de recréer des conditions propices à un endormissement naturel et réparateur.
Avez-vous d’autres conseils à donner ?
Optimiser la qualité du sommeil après 50 ans ne devrait pas être une préoccupation secondaire, mais une composante thérapeutique majeure de la médecine préventive, de l’équilibre émotionnel et du bien-vieillir. L’insomnie chronique et les troubles ventilatoires nocturnes ne doivent plus être acceptés comme des fatalités liées à l’âge, mais être traités avec la même rigueur que n’importe quelle pathologie somatique. Si vos perturbations du sommeil persistent malgré les adaptations mises en place, elles relèvent d’une investigation clinique ciblée. Une prise en charge précoce, associant la rigueur de la médecine du sommeil à une évolution globale et bienveillante des habitudes de vie, permet non seulement de protéger le système cardiovasculaire et la santé mentale, mais aussi de retrouver, chaque jour, la pleine maîtrise de sa vitalité.
Dr Maragkoudakis Christos
Médecin pneumologue spécialisé en médecine du sommeil
Directeur de Vein Clinic
Responsable du Service d’apnées du sommeil
Centre de Pneumologie Champel
Av.de Champel 24, 1206 Genève
Informations et prise de rendez-vous :
centre-pneumologie-champel.org
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