40 ans à accompagner les addictions sans jugement
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40 ans à accompagner les addictions sans jugement

19.08.2026
par SMA

Fondation pionnière du traitement ambulatoire des addictions à Genève, Phénix accompagne chaque année plus de 1300 patient·e·s – adultes, adolescent·e·s et jeunes adultes – au sein de ses quatre pôles de soins répartis sur trois sites (Cornavin/Pâquis, Chêne-Bourg, Champel).

Dre Khadija AmmarDirectrice médicale, Fondation Phénix

Dre Khadija Ammar
Directrice médicale, Fondation Phénix

Psychiatre et psychothérapeute, la directrice médicale de la Fondation Phénix travaille au sein de l’institution depuis 2012. Elle en a pris la direction médicale après plusieurs années à la tête d’un pôle de la Fondation.

Khadija Ammar, comment êtes-vous arrivée à la direction médicale de la Fondation Phénix ?

Je suis psychiatre et psychothérapeute. Je travaille à la Fondation depuis 2012 et je suis responsable d’un pôle depuis 2013. Quand l’ancienne directrice médicale est partie à la retraite, j’ai postulé. J’étais l’une des plus anciennes dans l’équipe et je connaissais bien le fonctionnement de la Fondation.

La Fondation fête ses 40 ans cette année. Qu’est-ce qui a changé depuis ses débuts ?

Les addictions ont beaucoup évolué. À l’origine, dans les années 1980, la Fondation était très centrée sur la réduction des risques et les traitements de substitution aux opiacés. À l’époque, ces pratiques étaient encore très controversées, on parlait même de « dealers en blouse blanche ». Pourtant, cela a permis de réduire fortement les risques liés aux consommations et d’améliorer la prise en charge globale des patient·e·s. Depuis, la Fondation a grandi, passant d’un seul site à plusieurs pôles. Et surtout, les problématiques ont changé : aujourd’hui, nous suivons toujours des addictions aux substances, mais aussi des addictions comportementales comme les écrans.

Quelles sont aujourd’hui les addictions les plus fréquentes ?

Le cannabis arrive en premier, suivi de l’alcool, puis de la cocaïne et des opiacés. Chez les jeunes, on observe une égalité entre le cannabis et les écrans comme motif de consultation.

Les écrans peuvent donc être une addiction ?

Oui. Il s’agit des réseaux sociaux, des jeux vidéo, de tout l’univers numérique. Les problématiques médiatisées comme l’addiction sexuelle ou les jeux d’argent existent, mais elles restent minoritaires dans notre pratique. Par exemple, chez les jeunes que nous suivons au sein de notre Pôle Adolescents et Jeunes adultes, elles représentent très peu de cas.

Ce qui est important, c’est que la porte d’entrée n’est pas toujours la substance la plus problématique. Chez les jeunes, il est souvent plus facile de parler de cannabis que d’autres difficultés.

Que constatez-vous chez les jeunes patient·e·s ?

Les addictions aux écrans peuvent entraîner de nombreuses conséquences : anxiété, troubles du sommeil, dépression, conflits familiaux, difficultés scolaires, désinsertion sociale. Il peut aussi y avoir des effets sur la santé physique, comme la sédentarité ou la prise de poids.

Mais ce que nous voyons surtout, c’est un isolement progressif et une vie qui se déplace dans le virtuel.

Les personnes de plus de 50 ans sont-elles aussi concernées ?

Oui, bien sûr. Nous retrouvons chez elles les mêmes substances : alcool, cannabis, cocaïne. Mais il y a aussi une population importante suivie depuis longtemps, parfois 20, 30 ou 40 ans. Avec le vieillissement, apparaissent d’autres enjeux : problèmes somatiques, troubles cognitifs, fragilité physique. Certain·e·s patient·e·s ne sont plus suivi·e·s ailleurs et nous assurons parfois une forme de médecine générale en complément.

Quels sont les signaux d’alerte ?

Quand une substance ou un comportement prend le dessus sur tout le reste : la santé, la famille, le travail, les finances. Par exemple, une personne qui consomme au point de ne plus payer son loyer ou de se désorganiser complètement dans sa vie quotidienne.

C’est souvent là que l’addiction devient visible, mais elle est déjà installée depuis un certain temps.

Beaucoup de personnes n’osent pas consulter…

Oui, par peur du regard des autres ou parce qu’elles pensent qu’il faudra arrêter immédiatement de consommer. Ce n’est pas le cas.

Nous avons mis en place une permanence addictologique, anonyme et gratuite, où les personnes peuvent simplement appeler, sans engagement. Il faut parfois deux ou trois entretiens avant même de débuter un suivi.

L’objectif est de déstigmatiser et de montrer que venir chez nous, c’est comme consulter n’importe quel autre service médical.

Comment se déroule la prise en charge ?

Nous travaillons avec une approche bio-psycho-sociale : la santé physique, la santé psychique et la situation sociale. Tout est pris en compte au même endroit.

Nous ne demandons pas l’abstinence immédiate. Nous travaillons d’abord sur la motivation, la réduction des peurs et la compréhension globale de la situation. Chaque patient·e·s peut bénéficier d’un suivi médical, psychothérapeutique et social, avec une équipe pluridisciplinaire.

Pouvez-vous donner un exemple de parcours ?

Nous avons suivi une patiente arrivée à 49 ans, avec une longue histoire psychiatrique et des consommations de cocaïne, alcool et cannabis.

Derrière, nous avons découvert un trouble de l’attention, des problèmes de sommeil et une grande souffrance psychique. Elle a été accompagnée pendant plusieurs années, avec des thérapies individuelles et groupales, un suivi social et des ajustements professionnels. Aujourd’hui, elle a retrouvé une stabilité, travaille à un rythme adapté et a réduit sa consommation. Cela a pris environ quatre à cinq ans.

Quel est le plus grand malentendu autour des addictions ?

Penser que cela n’arrive qu’aux autres. En réalité, l’addiction peut toucher tout le monde. C’est une maladie complexe, souvent liée à des souffrances invisibles, mais qui peut être prise en charge efficacement.

Que diriez-vous à une personne qui hésite à consulter ?

L’addiction ne définit pas qui vous êtes. Demander de l’aide est un acte de courage. Un premier échange, sans engagement, peut être le début d’un changement positif et d’un retour à une vie plus sereine et en accord avec vos valeurs.

Permanence addictologique Phénix

Consultation anonyme, gratuite et sans rendez-vous

Chaque dernier lundi du mois, de 12h à 14h

Par téléphone ou en présentiel

Pour toute demande d’information ou de prise en charge :
www.phenix.ch

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