Interview par Léa Stocky

Julien Dubois: Placer l’humain au cœur du projet architectural

Fondateur de Julien Dubois Architectes SA, il partage sa vision où l’espace et la couleur s’unissent pour concevoir des architectures durables, entièrement dédiées à l’humain.

« Je considère l’architecture comme un acte profondément social. L’architecte ne travaille pas uniquement sur des objets construits ; il participe à façonner les espaces dans lesquels une société évolue. » Telle est la vision que partage Julien Dubois, architecte à La Chaux-de-Fonds. Dans cette interview, il se confie sur les principes qui guident ses créations et sur la mission de l’architecte dans la société. 

Julien Dubois, qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir architecte ?

Ce qui m’a donné envie de devenir architecte, c’est la possibilité de créer tout en étant d’une grande précision. J’ai toujours été attiré par cet équilibre entre la créativité et la rigueur. Cette alliance entre sens artistique et exigence du détail est ce qui continue de me motiver aujourd’hui.

Y a-t-il un projet ou une rencontre qui a profondément influencé votre manière de concevoir l’architecture ?

La rencontre qui a le plus profondément influencé ma manière de concevoir l’architecture est celle avec le peintre Jean-François Reymond, durant mon expérience chez Luscher Architectes à Lausanne. Il m’a appris que la couleur ne se résume pas à une palette ou à un choix esthétique : elle possède une température, une profondeur et une capacité à transformer la perception d’un espace. Depuis cette rencontre, je considère la couleur comme un matériau de projet à part entière. 

Comment définiriez-vous votre vision de l’architecture aujourd’hui ? 

Aujourd’hui, je considère qu’un projet d’architecture doit naître d’une idée forte qui guide toutes les décisions, de l’esquisse jusqu’au moindre détail, et qui donne de la cohérence au projet. Cette idée se construit autour de trois éléments fondamentaux : la lumière, l’espace et la couleur. La lumière est le premier matériau de l’architecture ; elle révèle les volumes, façonne les ambiances et rythme la perception des lieux. L’espace est le support de l’expérience humaine : il doit être lisible, fluide et offrir des usages naturels. Quant à la couleur, elle est un véritable outil de composition. 

Selon vous, quel rôle l’architecte doit-il jouer face aux enjeux environnementaux et sociaux ?

À mes yeux, l’architecte a aujourd’hui une responsabilité qui dépasse largement la conception d’un bâtiment. Sur le plan social, il crée des lieux qui favorisent le bien-être, les échanges et l’inclusion. Un bâtiment influence les comportements, les relations humaines et la manière dont les personnes vivent et s’approprient un espace. Concevoir une architecture de qualité, c’est donc placer l’humain au cœur du projet.

Sur le plan environnemental, cela implique de valoriser les ressources existantes et de privilégier des solutions pérennes plutôt que des réponses dictées par les effets de mode. Une architecture durable n’est pas seulement performante sur le plan énergétique ; c’est une architecture que l’on aura envie de faire évoluer et de transmettre, parce qu’elle reste pertinente, agréable à vivre et profondément ancrée dans son contexte.

Comment trouvez-vous l’équilibre entre les attentes des clients, les contraintes techniques et votre propre sensibilité architecturale ?

Pour moi, cette question est au cœur du métier d’architecte. Je ne vois pas ces éléments comme des oppositions, mais comme les composantes d’un même projet. La première étape consiste à écouter le client, saisir ses besoins, ses usages et ses aspirations, afin de définir une intention juste et de construire une relation de confiance. Les contraintes techniques, réglementaires, économiques ou constructives donnent ensuite un cadre dans lequel le projet peut se développer avec cohérence. Enfin, ma sensibilité architecturale s’exprime à travers la manière dont je relie ces différents paramètres. 

Quels matériaux ou formes privilégiez-vous dans vos projets, et pourquoi ?

Je privilégie des matériaux authentiques et durables, qui vieillissent avec justesse et dont les qualités sont exprimées avec sincérité, sans artifice. De la même façon, les formes que je développe sont généralement simples et lisibles. Finalement, je privilégie une architecture sobre et intemporelle, capable de traverser les années sans perdre sa pertinence. 

Quelle est la plus grande idée reçue sur le métier d’architecte que vous aimeriez déconstruire ?

Il existe l’idée que l’architecte serait un intervenant secondaire, voire une dépense inutile dans un projet. Cette vision oublie la véritable responsabilité que l’architecte porte dans la transformation de notre environnement quotidien : il participe à construire les lieux dans lesquels la société évolue. Un projet architectural réussi n’est pas seulement une réponse à un programme donné, c’est une contribution positive au cadre de vie.

Y a-t-il un bâtiment, célèbre ou anonyme, qui vous fascine ? 

Je pense aux Thermes de Vals de Peter Zumthor. Ce qui m’interpelle particulièrement dans cette réalisation est la manière dont l’architecture dépasse la simple fonction pour devenir une expérience sensible. Peter Zumthor utilise la matière, les proportions, les sons, les températures et les variations de lumière pour créer une atmosphère particulière. La couleur joue également un rôle fondamental : elle n’est jamais appliquée comme un élément décoratif, mais comme une composante spatiale qui participe à la perception des lieux.

Si vous aviez carte blanche pour transformer un lieu de votre ville, lequel choisiriez-vous et quelle serait votre première idée ? 

Je choisirais probablement un bâtiment issu de la période des Trente Glorieuses à La Chaux-de-Fonds. Ces constructions, parfois considérées comme peu valorisantes aujourd’hui, représentent pourtant une partie importante de l’histoire récente de la ville. Ma première idée serait donc de ne pas chercher à les remplacer, mais à révéler leur potentiel. Cela pourrait passer par une réorganisation des espaces, une amélioration des performances environnementales et la création de nouveaux usages plus ouverts et plus collectifs. Le rôle de l’architecte est aussi de savoir regarder l’existant avec un œil neuf, de lui redonner une valeur et de créer une continuité entre le passé, le présent et l’avenir.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune étudiant ou à une personne qui souhaite se lancer dans une carrière d’architecte ?

Je conseillerais à l’étudiant de développer avant tout son propre regard, sa capacité d’écoute, sa sensibilité et sa curiosité. Qu’il observe avant de concevoir, qu’il cherche à comprendre avant de transformer, et qu’il garde toujours à l’esprit que l’architecture est avant tout un service rendu à la société. Une architecture de qualité ne naît pas d’une forme spectaculaire ou d’une signature personnelle imposée, mais d’une relation juste entre un projet, son environnement et ceux qui vont le vivre.

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26.08.2026
par Léa Stocky
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