Avec sa célèbre chemise rouge et son ingénieux dispositif de caméras embarquées, Antoine de Maximy a créé un concept devenu une émission culte : J’irai dormir chez vous. Depuis plus de vingt ans, le globe-trotter parcourt le monde seul, à la rencontre d’inconnus qu’il tente de convaincre de l’héberger pour la nuit. Un pari audacieux qui l’a mené dans plus de 75 pays et qui a conquis des millions de téléspectateurs. Entre situations improbables, moments de tension et rencontres inoubliables, le voyageur poursuit une quête simple : découvrir les autres. Rencontre avec l’homme à la chemise rouge.
Comment est née votre passion pour le voyage et la rencontre avec l’autre ?
Elle remonte à mon adolescence. Vers 17 ans, je lisais beaucoup de récits d’aventuriers, de navigateurs ou d’explorateurs qui racontaient leurs expéditions. Ces histoires me transportaient complètement. Je me disais que j’aimerais, moi aussi, vivre ce genre d’aventure.
Mon premier grand voyage date de 1983, au Pérou, dans la cordillère des Andes, puis en Amazonie. J’avais 24 ans et je participais à une expédition avec le Club alpin de Megève. Nous étions en totale autonomie dans des zones isolées. C’était une immersion incroyable et une vraie aventure. Je crois que c’est là que tout a commencé…
Pourquoi avoir choisi de réaliser votre émission seul ?
Avant J’irai dormir chez vous, j’ai participé pendant longtemps à des tournages d’expéditions très spectaculaires : descente à plus de 5000 mètres sous l’océan dans un sous-marin, exploration d’un volcan africain en activité dans lequel nous avons même dormi… Mais à un moment, j’ai ressenti le besoin de retrouver une vraie liberté. Lorsque j’ai créé l’émission, j’avais 44 ans et je voulais partir seul, avec très peu de moyens, à la rencontre des gens. J’ai alors fait fabriquer mon propre système de caméras embarquées pour pouvoir filmer à la fois mon interlocuteur et moi. Ce dispositif est devenu la signature de l’émission. Quant à la chemise rouge, elle devait simplement faciliter le montage en portant toujours la même tenue. Finalement, elle est devenue ma marque de fabrique.

Les situations sont parfois imprévisibles. Avez-vous vécu des moments vraiment délicats ?
Oui, cela arrive régulièrement. Dans environ un épisode sur trois, il y a un moment un peu tendu, et dans un épisode sur six, la situation devient vraiment très délicate. Je me souviens notamment d’une fausse policière en Bolivie qui avait simulé mon arrestation pour tenter de me dépouiller. Dans ces moments-là, l’essentiel est de rester calme et de faire preuve de diplomatie. Il faut aussi savoir que le rapport à la caméra varie énormément selon les cultures. Dans certains pays, cela peut susciter de la méfiance voire de la peur.
Avez-vous développé une méthode pour convaincre des inconnus de vous accueillir chez eux ?
Je ne parlerais pas vraiment de méthode mais plutôt d’expérience et d’adaptation. Au début, je rencontrais beaucoup plus d’échecs. Aujourd’hui, j’observe davantage et j’adapte mon approche en fonction des personnes que je rencontre. Je change de stratégie, j’ajuste mon attitude. J’aime dire que j’ai développé un côté caméléon. C’est aussi ce qui rend l’émission captivante : tout peut arriver à n’importe quel moment, et même moi, je ne sais jamais ce qui va se passer ! (rires)
Votre rencontre avec Daoud Baraka en Kabylie a marqué les esprits. Que retenez-vous de cet épisode ?
C’est un souvenir très fort. Lorsque je tournais en Algérie, j’étais souvent escorté par la police pour des raisons de sécurité, ce qui compliquait parfois les rencontres. Mais en Kabylie, j’étais totalement seul. C’est alors que j’ai rencontré par hasard Daoud Baraka, sur la place de son village. C’était un homme extrêmement chaleureux qui m’a invité chez lui. La séquence est devenue culte, notamment grâce à sa fameuse phrase : « Un peu de gazouz, un peu de limonade ? » Cette rencontre a beaucoup touché les téléspectateurs et a même transformé « Tonton Daoud » en véritable célébrité en Algérie et en France.
Au fil de vos voyages, quels peuples vous ont le plus marqué par leur hospitalité ?
Il y en a beaucoup. Les pays du Maghreb sont incroyablement accueillants. Le Vietnam aussi m’a marqué par la gentillesse et le sourire permanent de ses habitants…Leur facilité à inviter des étrangers à leur table et de leur offrir une parenthèse de leur vie, est vraiment incroyable. J’en garde de très bons souvenirs. Cette facilité d’accueil est souvent naturelle et profondément ancrée dans la culture de nombreux peuples et communautés.
Comment voyez-vous évoluer le concept de l’émission ?
Il évolue déjà. J’ai récemment lancé une déclinaison intitulée J’irai dormir chez les Gaulois, dans laquelle je parcours les routes de France au volant de ma première voiture, une Peugeot 504 décapotable, pour rencontrer des personnes originales et des lieux singuliers. J’aime aussi imaginer des concepts un peu fous et explorer d’autres formats. J’ai par exemple réalisé deux films : J’irai dormir à Hollywood en 2008 et J’irai mourir dans les Carpates en 2020.
Quels sont vos prochains projets ?
J’ai tourné deux épisodes récemment : Alaska et Maurice (75ème épisode). L’Alaska était un tournage incroyable avec des personnages très atypiques. Dans une ambiance totalement différente, le dernier épisode à avoir été diffusé est celui à l’île Maurice. Ces deux voyages sont disponibles sur RMC Découverte et RMC BFM Play (Une production Bonne Pioche Télévision). En parallèle, je joue aussi un spectacle dans lequel je raconte mes aventures et les coulisses de mes tournages à travers des images et des anecdotes, je jouerai d’ailleurs le vendredi 19 juin à 19h au théâtre Le Grand Point Virgule à Paris. C’est une autre manière de partager mes voyages. Au fond, je ne me fixe pas vraiment de limites. Je me laisse simplement guider par ma passion pour les rencontres et les histoires que j’aime raconter.
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