« Dans un contexte anxiogène, l’immobilier reste une alternative rassurante »
À la tête de Cronos Finance, Pascal Roux analyse les évolutions qui ont profondément transformé son métier ces dernières années. Il expose ici sa lecture du marché, défend l’allocation d’actifs et revient sur les atouts d’un modèle adossé à l’immobilier suisse.

Pascal Roux
CEO, Cronos Finance SA
Pascal Roux, le métier de gestionnaire de fortune traverse une phase de recomposition. Quand vous regardez le marché aujourd’hui, qu’est-ce qui a le plus profondément changé dans votre métier ?
L’abandon du secret bancaire a profondément transformé la profession. Dans le même temps, l’accès aux nouvelles technologies a changé le rapport des clients à l’information : ils sont mieux informés, plus vite, et comparent davantage. À cela s’ajoute un cadre réglementaire et légal qui s’est considérablement complexifié au fil des années, ainsi qu’une forte réduction du nombre d’acteurs bancaires. Rien que dans le canton de Vaud, on comptait encore huit banques principales il y a 30 ans ; il n’en reste aujourd’hui plus que deux. Avec la fin du secret bancaire, les établissements et les gestionnaires de fortune se sont largement recentrés sur le marché domestique, plus simple à appréhender, ce qui a renforcé la concurrence sur un marché déjà très mature. Si le nombre de banques a diminué, celui des gérants indépendants reste élevé. Malgré des exigences accrues en matière de fonds propres et de compliance, la consolidation attendue de ce segment n’a pas vraiment eu lieu. Enfin, des clients mieux informés sont aussi plus enclins à changer d’établissement.
Dans ce contexte plus concurrentiel, comment Cronos Finance parvient-elle à rester compétitive en tant qu’acteur indépendant ?
Notre approche repose sur une relation de proximité avec nos clients, qui nous permet de proposer des solutions réellement adaptées à leurs besoins, avec une grande flexibilité tant dans l’accompagnement que dans la tarification. Notre taille humaine est un atout : elle nous permet de prendre des décisions rapidement et de nous adapter à un marché en constante évolution, là où les grandes structures restent plus standardisées. Cette agilité s’accompagne d’une offre diversifiée de services et de solutions d’investissement, nous permettant de répondre à des objectifs variés, tout en conservant une approche cohérente et disciplinée.
Vous défendez une approche centrée sur l’allocation d’actifs. Pourquoi cette lecture vous paraît-elle plus que jamais pertinente aujourd’hui ?
Les marchés sont désormais très réactifs, fortement influencés par des facteurs macroéconomiques et géopolitiques, et parfois à court terme déconnectés des fondamentaux. Dans ce contexte, une approche trop centrée sur la sélection peut conduire à des décisions opportunistes, voire à des paris ponctuels, avec une forte dépendance au timing. Elle expose aussi davantage aux biais comportementaux et émotionnels. L’allocation d’actifs permet précisément de prendre du recul et impose une forme de discipline. Elle consiste à construire des portefeuilles diversifiés et structurés, dans une logique de moyen et long terme, capables de s’adapter à différents scénarios économiques. C’est, selon nous, l’approche la plus robuste et la plus maîtrisable pour piloter un portefeuille dans la durée.
Les attentes des investisseurs évoluent, avec une recherche plus marquée de stabilité et de solutions moins exposées aux à-coups de marché. Comment y répondez-vous concrètement ?
Dans un contexte anxiogène, marqué par les conflits internationaux et la volatilité des marchés boursiers, l’immobilier représente une alternative rassurante. Son fonctionnement est relativement simple à appréhender et, dans un contexte de taux d’intérêt très bas, nos fonds immobiliers permettent de distribuer des rendements stables. Nous estimons par ailleurs que les perspectives de plus-value restent intactes pour les prochaines années. Parallèlement, nous proposons des solutions d’investissement fondées sur notre approche d’allocation d’actifs, notamment à travers deux fonds dédiés. Ces stratégies visent à construire des portefeuilles diversifiés et équilibrés, avec pour objectif de s’adapter aux différentes phases de marché.
Cronos Finance a la particularité d’articuler gestion de fortune et immobilier suisse. En quoi cette double expertise constitue-t-elle un avantage aujourd’hui ?
Les fonds immobiliers reposent sur des actifs tangibles, stables et diversifiés. Tout le monde comprend l’immobilier, et l’immobilier de rendement reste une classe d’actifs particulièrement lisible pour de nombreux investisseurs. Le positionnement de Cronos Finance est unique, car nous réunissons en interne deux cœurs de métier : la gestion de fortune et l’immobilier. Cette double expertise crée de nombreuses synergies, parmi lesquelles les swaps immobiliers. Ce type d’opération consiste à apporter un ou plusieurs immeubles à un fonds immobilier en échange de parts, permettant ainsi à l’investisseur de transformer une détention directe en une participation dans un portefeuille diversifié et géré de manière professionnelle. Cette approche permet notamment de diversifier les risques, de déléguer la gestion, de bénéficier d’un cadre fiscal avantageux et de faciliter les enjeux de transmission et de succession.
Pour rester performant dans un marché plus exigeant, quels ajustements avez-vous engagé ces dernières années ?
Cronos Finance a renforcé sa communication, sa transparence et sa présence à travers des publications, des interviews, des événements, des présentations ciblées et du sponsoring. En parallèle, nous avons également élargi et diversifié notre gamme de produits, avec notamment le lancement d’un fonds immobilier non coté.
À moyen terme, quelle ambition portez-vous pour Cronos Finance, et sur quels axes entendez-vous continuer à faire la différence ?
Si les taux d’intérêt restent bas, nos deux fonds immobiliers devraient poursuivre leur croissance. Alors que nous partions de zéro il y a dix ans, au lancement du Cronos Immo Fund (CIF) en septembre 2016, la taille du parc immobilier atteint aujourd’hui 1,5 milliard de francs suisses. Le lancement du CIF2, en septembre dernier, va largement y contribuer, notamment via les apports en nature (swap). Dans ce type de transaction, l’absence d’agio (différence entre le cours boursier et la valeur nette d’inventaire) est un élément déterminant. Au-delà de cette dynamique de croissance, nous voulons continuer à structurer notre stratégie autour des besoins de nos clients, tout en restant fidèles à nos valeurs fondatrices : l’humanité et l’humilité.

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