les plantes à parfum, savoir-faire séculaire du pays de grasse
Culture Été

Les plantes à parfum, savoir-faire séculaire du Pays de Grasse

24.06.2022
par Léa Stocky

Si dans les années 1960, 850 hectares étaient consacrés à la culture des plantes à parfum dans le Pays de Grasse, il n’en reste qu’un peu plus de 37 aujourd’hui. La survie du secteur est permise grâce à une nouvelle génération d’exploitants qui ne sont pas près de laisser les parfums emblématiques de la Provence quitter leurs terres.

Marin Pisani & Anne Caluzio
Agriculteurs Le Domaine de la Colle Blanche

Carole Biancalana
Agricultrice Le Domaine de Manon

 

«L’odeur du jasmin est plus organique que florale. J’ai l’impression que tout mon organisme y réagit, comme s’il s’agissait d’une odeur animale », explique Maurin Pisani qui, depuis 2018, cultive le jasmin dans le Pays de Grasse avec sa compagne Anne Caluzio.

Il se réjouit d’apporter sa pierre à l’édifice dans la production des grands parfums qui, selon ses mots, resteront dans l’imaginaire collectif pour de nombreuses années encore. Si aujourd’hui il ne s’inquiète pas de l’avenir de la culture des fleurs à Grasse, celle-ci a pourtant bien failli disparaître.

Une filière sauvée

Pendant de nombreux siècles, la fleur à parfum a régné sur ces terres de Provence situées entre mer et montagnes. Le climat et le terroir unique de cette région donnent aux fleurs de Grasse cette odeur pénétrante, puissante, primale et surtout incomparable.

Les dernières décennies du XXème siècle ont toutefois donné un coup d’arrêt à cette tradition. L’urbanisme et la volonté politique ont signé le début de la fin des fleurs à parfum : les industriels achetaient les fleurs à un prix de moins en moins cher et les terrains sont devenus constructibles. Face à cette pression, de nombreux agriculteurs ont vendu leur terrain.

Le jasmin se distingue par ses fleurs blanches et parfumées. Photo: màd

Mais les fleurs à parfum n’ont pas dit leur dernier mot et, depuis une quinzaine d’années, le Pays de Grasse se vêt à nouveau de ses champs parfumés, doucement mais sûrement.

Si la tendance s’est inversée, c’est grâce à plusieurs acteurs du secteur qui se sont battus pour préserver leur savoir-faire. En 2006, Carole Biancalana, productrice de fleurs à parfum dans le Pays de Grasse, cofonde l’association Fleurs d’exception du pays de Grasse qui regroupe aujourd’hui une trentaine de producteurs.

Son but est de renouer des partenariats avec les grandes marques et de motiver une nouvelle génération à venir s’installer pour reprendre le flambeau. La cultivatrice a elle-même repris la plantation familiale à la retraite de son père, dans laquelle elle cultive des roses, du jasmin et des tubéreuses.

« Dior achète nos productions mais nous soutient aussi en cas de mauvaises récoltes.»

Les membres de l’association sont directement allés à la rencontre des grandes marques pour leur expliquer que, si leurs fleurs sont plus chères, c’est parce qu’elles sont de meilleure qualité et que les agriculteurs, mieux payés, peuvent davantage en prendre soin. Maurin Pisani explique en effet que le produit final est exceptionnel grâce à « une somme de petites attentions tout au long du cycle ».

La Maison Dior a été convaincue et est aujourd’hui une grande actrice de la filière dans la région. Maurin Pisani et Carole Biancalana vendent par exemple l’exclusivité de leur production à la marque. L’agricultrice précise : « Il s’agit d’un réel partenariat.

Dior achète nos productions mais nous soutient aussi en cas de mauvaises récoltes ». Cette aide financière assurée permet aux cultivateurs de travailler dans de bonnes conditions.

Un savoir-faire et une excellence uniques

La renaissance de la filière a également été possible grâce à l’action des pouvoirs publics. En juin 2016, lors de la révision du Plan Local d’Urbanisme, le maire de Grasse Jérôme Viaud décide de sanctuariser 70 hectares de terres afin de les consacrer à la culture des plantes à parfum.

En 2018, les savoir-faire liés au parfum que sont la culture de la plante à parfum, la transformation des matières premières et l’art de composer le parfum sont reconnus comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. En effet, au-delà de la production, le savoir-faire des industriels dans l’ex- traction des matières premières fait rayonner Grasse dans le monde entier.

La rose est considérée comme la « reine des fleurs ». Photo: màd

En 2020, l’« absolue Pays de Grasse » devient une indication géographique qui signifie qu’un strict cahier des charges doit être respecté. Ces décisions sont une réelle reconnaissance pour le travail effectué et garantissent son avenir.

Transmettre un savoir-faire, c’est en effet reconnaître le travail des anciennes générations tout en le confiant aux nouvelles. C’est partager une identité et se donner les moyens pour continuer de la faire vivre. La filière est tournée à la fois vers le passé et le futur comme l’indique Carole Biancalana :

« Mes grands-parents m’ont transmis un socle de connaissances que j’ai modernisé ». Les valeurs d’aujourd’hui, qui sont notamment défendues par l’association, sont les mêmes que celles d’hier. Les agriculteurs promeuvent une agriculture paysanne et biologique avec des exploitations de taille familiale sur lesquelles ils vivent.

Ce cadre de vie, les deux agriculteurs ne l’abandonneraient pour rien au monde. « Ma femme et moi aimons le fait de n’avoir pour seul patron la nature » indique Maurin Pisani. Cultiver des fleurs à parfum, c’est apporter aux gens de l’émotion au travers des odeurs provençales.

Pour l’agriculteur, « ce n’est pas parce qu’on travaille au milieu des fleurs qu’on n’y est plus sensible, on est toujours aussi émerveillé ». Carole Biancalana partage cet émerveillement, toujours avec cette volonté de transmettre : « L’histoire ne pouvait pas s’arrêter. J’avais envie de la faire continuer ».

Texte Léa Stocky

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