Culture Société

«Les gens devraient prendre conscience de leur part d’ombre»

04.10.2021
par Lisa Allemann

Les avis divergent sur ce qui relève ou non de l’art. Pour la jeune artiste suisse Anda Obscura, l’art est une expression individualiste de soi. Dans l’interview qui suit, elle nous parle de son travail créatif et de l’origine de sa fascination pour l’obscurité.

Autoportrait « Selbstportrait », Anda Obscura

Anda Obscura, votre nom d’artiste suggère que vos œuvres sont sombres. D’où vient cette fascination?

L’obscurité m’a toujours attirée. Enfant, j’ai fait de nombreux cauchemars qui étaient inexplicables à l’époque et qui m’effrayaient beaucoup. À un moment donné, ces rêves m’ont poussée à donner un visage à ces sentiments de malaise et à commencer à dessiner. Aujourd’hui, je m’inspire toujours de mes rêves et de mes sentiments, mais j’essaie aussi de jouer avec la couleur pour contraster l’oppressant et ainsi intensifier l’image. Même dans l’obscurité, il y a une certaine beauté et une mélancolie qui peut toucher les gens. Là où il y a de l’ombre, il y a aussi de la lumière.

Que voulez-vous exprimer avec votre art? 

Mon art est principalement le résultat de mon échange avec mon monde intérieur. J’essaie simplement d’écouter et d’exprimer ce que je ressens. Certes, d’une certaine manière, c’est aussi une façon de me focaliser sur ce qui se passe en moi chaque jour. Mais j’espère pouvoir toucher les personnes qui se retrouvent dans mon travail et qui prennent conscience de leur propre part d’ombre.

Chaque personne comprend l’art à sa façon. Qu’en est-il de vous? 

Il s’agit à mon avis d’une forme d’expression qui permet de toucher les gens à un niveau différent de celui de la communication – c’est une langue supplémentaire, en quelque sorte. Pour moi, l’art c’est emmener le spectateur dans un voyage sans qu’il connaisse le nom de l’œuvre. Grâce à l’art, on donne un visage et une âme à tout ce qui semble inconnu et invisible.

Shy Guy, Anda Obscura

Comment êtes-vous entré en contact avec l’art, et plus particulièrement avec le cinéma?

La créativité a toujours fait partie de moi. C’est pourquoi je savais que je voulais poursuivre un travail créatif. J’ai ensuite trouvé ma voie lors de ma formation de polygraphe. Cependant, j’ai toujours eu le sentiment qu’il me manquait encore quelque chose et que je voulais élargir mes connaissances.

Mon père était proche du cinéma et du dessin, et c’est ce qui m’a menée à m’en rapprocher aussi. C’est lui qui m’a offert mon premier appareil photo. Cette passion s’est accentuée lorsque j’ai découvert divers courts métrages bizarres. Les films de réalisateurs comme Rosto, Robert Morgan, Cyriak et les frères Quay m’ont enthousiasmée. J’étais notamment fascinée par l’ambiance qui pouvait être créée par l’animation. Cela a éveillé en moi le désir d’apprendre à faire la même chose. C’est pour cette raison que j’ai commencé mes études de cinéma d’animation à Lucerne.

Est-il difficile de s’imposer sur la scène artistique et cinématographique suisse? 

Bien sûr, il faut se démarquer. C’est probablement le plus grand défi de nos jours. En même temps, il existe de nombreux endroits et de nombreuses façons d’obtenir de l’aide pour le financement de l’art et du cinéma.

Comment réussissez-vous à ajouter une touche personnelle à toutes vos oeuvres? 

Je pense toujours aux sentiments que mes idées doivent déclencher chez autrui et à la manière dont je peux rendre cela possible. L’expression voulue et ressentie doit être reproduite aussi authentiquement que possible. En ce moment, plus que tout autre art, c’est la peinture qui me permet de créer en toute liberté. Les idées passent directement de ma tête au papier ou à l’écran et je m’abandonne à ce qui m’attire le plus à un moment donné. Certains projets sont toutefois mieux présentés sous forme de dessins. D’autres correspondent plutôt à une sculpture, une vidéo ou une photo.

Witchcraft, Anda Obscura

Comment gérez-vous les jours où la créativité semble faire une pause?

Ces jours-là, j’essaie de me stimuler avec de la musique ou d’autres formes d’art, de méditer ou de faire une promenade en forêt. Parfois, ça aide. Mais il y a aussi des jours où il faut simplement accepter que rien ne se passe. Quand on commence à forcer les choses, souvent rien d’intelligent n’en sort. Une petite pause peut alors nous permettre d’ouvrir de nouvelles portes. 

Une partie de votre inspiration vient donc de la musique. Pouvez-vous nous en dire plus?

J’ai souvent de la musique dans les oreilles, surtout lorsque je crée. Il y a quelque temps, j’avais l’habitude de m’allonger le soir après le travail avec mes écouteurs et de laisser la musique me guider. D’une certaine manière, c’était un bien-être pour l’esprit et une pause bienvenue dans la vie quotidienne. Quand j’écoutais de la musique et que je me concentrais, mon cerveau assemblait des images et me catapultait vers d’autres mondes. La musique stimule mes sens et m’aide à visualiser.

Quels sont vos projets et vos espoirs pour l’avenir? 

L’art occupe une place très importante dans ma vie en ce moment. J’ai encore beaucoup de projets que je veux réaliser. Cela va certainement me tenir occupée pendant un certain temps. Je souhaite éclairer les coins les plus sombres et les plus curieux, traquer les trésors cachés en moi et autour de moi et les visualiser. Et bien sûr, j’espère pouvoir toucher et émouvoir beaucoup plus de gens avec mes créations.

Interview Lisa Allemann

 

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