adultère les accusations d’adultères, révélatrices de la place de la femme dans les familles royales
Culture

Les accusations d’adultères, révélatrices de la place de la femme dans les familles royales

31.01.2022
par Léa Stocky

Autrefois, les mariages au sein des familles royales n’étaient pas nécessairement des mariages d’amour. En effet, il s’agissait la plupart du temps de mariages arrangés entre plusieurs parties. Souvent, les raisons d’un tel arrangement étaient soit la volonté de perpétuer la lignée, soit le souhait de nouer de nouvelles alliances avec des royaumes étrangers afin d’agrandir son territoire ou de bénéficier de puissants soutiens. Si sur le papier, ces mariages ont tout pour réussir, dans les faits, cela s’avère plus compliqué.

Les relations maritales dans les hautes familles, du moins en Occident, étaient envisagées de la manière suivante: l’homme épouse une femme qui lui donne des enfants pour perpétuer la lignée. En d’autres termes, une reine n’est pas considérée comme une personne à part entière mais comme une femme qui a une fonction, celle d’enfanter un jeune hériter. Cela pose évidemment la question du rôle de la femme dans le couple mais aussi dans la société. Encore aujourd’hui, l’image de la mère reste associée à celle de la femme, ce qui explique qu’à partir d’un certain âge, les femmes se voient parfois demander quand est-ce qu’elles comptent avoir un enfant.

La question des enfants, et particulièrement des garçons, est très importante pour comprendre le rôle du couple souverain aux siècles précédents. La femme était en effet tenue pour responsable si elle n’arrivait pas à accoucher d’un garçon. Ainsi, Napoléon divorça de l’impératrice Joséphine en 1809 car celle-ci n’était pas tombée enceinte. Le divorce est qualifié par l’empereur de sacrifice «utile au bien de la France». Ce qui compte avant tout, c’est donc d’abord le rang, le devoir et le pays, plutôt que l’amour.

L’impératrice Joséphine

 

L’adultère de la femme, un crime qui doit être puni

Cette conception du mariage indépendant de tout amour ne veut pas dire que les souverains ont abandonné l’idée de trouver leur âme sœur, ou du moins, une personne avec qui passer une agréable nuit. De nombreux rois et reines ont eu des amantes ou des amants, qui sont souvent encore connus aujourd’hui. Ces histoires ont parfois eu des conséquences sur leur règne et leur façon de gérer le pays.

Une des histoires d’adultère qui a particulièrement fait scandale concerne le roi de France Philippe IV le Bel qui régna sur le pays de 1285 à 1314. Philippe IV avait une fille et trois fils. Afin de préserver la dynastie des Capétiens, il maria ses fils avec trois filles issues de la même famille. Ainsi, son fils aîné Louis, futur Louis X, épousa Marguerite de Bourgogne, Philippe se maria avec Jeanne II de Bourgogne et Charles épousa la sœur de Jeanne, Blanche de Bourgogne. Seulement, les trois épouses pleines de vie détonnent dans une cour de France austère. Pas très satisfaites de leurs mariages, Marguerite et Blanche prennent chacune un amant, les frères d’Aulnay, et Jeanne couvre leurs rencontres pendant près de trois ans dans la tour de Nesle à Paris. Des rumeurs sur leur relation extra-conjugale commencent à circuler, mais tout éclate lorsque Isabelle, sœur des frères trompés et épouse du roi d’Angleterre Edouard II, découvre la trahison. Elle décide ensuite d’en parler à son père Philippe le Bel qui mène son enquête. Les deux amants finissent pas avouer leur relation sous la torture. Rapidement, tout Paris est au courant et le roi craint que la légitimité de sa descendance soit remise en question. Les trois femmes sont alors emprisonnées et les cheveux de Marguerite et Blanche sont tondus pour les humilier. Jeanne, complice plutôt que coupable, est rapidement acquittée tandis que Marguerite meurt un an plus tard, toujours emprisonnée. Quant à Blanche, elle reste en prison quelques années avant de se retirer dans un couvent.

Tour de Nesle, Paris

Dans les cours européennes, du Moyen Âge à l’époque contemporaine, il était courant pour les souverains de posséder des maîtresses. En Angleterre, une des histoires d’adultère les plus célèbres est celle d’Anne Boleyn, la deuxième femme du roi d’Angleterre Henri VIII qui régna de 1509 à 1547. Henri VIII est particulièrement connu pour ses actes de cruauté envers ses femmes. Sur ses six épouses, il en fait tuer deux, dont Anne Boleyn, la mère de la reine Elisabeth Ière. Celle-ci fut officiellement accusée d’adultère, d’inceste et de complot et mourut décapitée. Officieusement, les avis divergent sur les réelles raisons de son exécution. Certains historiens pensent ainsi qu’elle n’aurait jamais commis d’adultère, mais que, n’ayant pas donné de fils à son mari, celui-ci aurait voulu l’écarter.

Anne Boleyn

 

L’adultère comme arme politique

Geneviève Bührer-Thierry dans Cahiers de Civilisation Médiévale (1992) propose une autre interprétation aux accusations d’adultères qui visaient les reines françaises à la fin du premier millénaire. L’historienne associe en effet ces condamnations au rôle de plus en plus politique des reines et à leur montée en puissance. Elle indique que la reine devient «coresponsable du royaume» et qu’elle peut par exemple «assumer la régence au nom de ses enfants mineurs». Ainsi, «l’accusation d’adultère est une arme politique» utilisée pour écarter les reines du pouvoir, notamment en faisant planer le doute sur la légitimité de leurs enfants.

Notre vision contemporaine des relations nous amène parfois à vouloir relire l’Histoire avec nos propres valeurs et notre propre vision des choses. Les contes influencent aussi notre manière d’envisager le passé en le romançant. Les princes qui se marient avec la princesse consentante pour laquelle ils se sont battus sont en effet peu nombreux. Se questionner sur l’adultère et sa vision à travers le temps et l’Histoire via les vies des rois et des reines est particulièrement intéressant car leurs histoires sont connues et documentées. Armes à la fois morales et politiques, les accusations d’adultères, qu’elles soient vérifiées ou non, avaient le pouvoir de déstabiliser le royaume, comme le craignait Philippe le Bel avec ses belles-filles, et de finalement changer le cours de l’Histoire.

 

Texte Léa Stocky

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