syndrôme du nid vide syndrôme du nid vide : comprendre et surmonter la transition
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Syndrôme du nid vide : comprendre et surmonter la transition

16.12.2023
par Océane Ilunga

Psychologue de formation, docteur en philosophie, psychotraumatologue et psychothérapeute en formation, Grégory Dessart tient également les commandes de l’association Walk 2 Talk, une équipe de psychologues déterminée à repenser les consultations traditionnelles et à révolutionner le paysage thérapeutique en transportant les séances en plein air.

Des coins sereins de forêts aux parcs urbains animés, Grégory Dessart et son équipe utilisent des cadres naturels comme toile de fond pour des séances psychothérapeutiques dynamiques. Dans cet entretien, il partage son expertise sur le syndrome du nid vide, ce phénomène qui, touche à l’heure actuelle, une personne sur trois.

Grégory Dessart,Psychologue

Grégory Dessart
Psychologue

Grégory Dessart, qu’est-ce que le syndrôme du nid vide ?

Lorsque l’enfant ou les enfants quittent le foyer, alors vide de cette génération, cela peut amener ce que l’on appelle le syndrome du nid vide. Dans la plupart des situations, ce sont le ou les parents qui voient leur rôle parental évoluer au sein du foyer, désormais dépourvu d’enfants. Ce changement suscite un mélange complexe d’émotions, allant de la joie de voir son enfant gagner en autonomie à une manifestation parfois anxieuse et dépressive à l’issue du départ. Parfois, même s’il reste un enfant dans le foyer, cela peut donner lieu à une forme atténuée du syndrome du nid vide.

Quels sont les bouleversements que peut vivre une famille ?

Lorsque le dernier enfant s’envole du nid, les parents se retrouvent face à eux-mêmes, confrontés à leur couple et à leur propre identité après avoir consacré un investissement à leur rôle familial centré sur la parentalité. Un processus de redéfinition identitaire s’amorce alors pour les parents, qui étaient précédemment centrés sur leur rôle parental.

Les femmes sont-elles plus sujettes à expérimenter le syndrôme du nid vide ?

Souvent plus prégnant chez la mère, le syndrome du nid vide soulève des questions psycho-biologiques, notamment liées à l’attachement, surtout lorsque la mère a porté l’enfant. Il est essentiel d’examiner divers scénarios, bien que la plupart du temps, nous nous trouvions dans cette situation. Il y a des parcours particulièrement difficiles et avec un lien mère-enfant très fort, qui est presque de l’ordre de la survie pour la mère, et qui peuvent parfois mener à des conséquences psychologiques assez dramatiques qu’on accompagne dans le cadre des thérapies. Une ambivalence constante émerge chez les deux parents, mais surtout chez la mère, entre le désir d’établir une connexion forte avec son enfant et la volonté simultanée de favoriser son autonomie progressive.

Quels sont les signes courants du syndrôme du nid vide chez les parents ?

Les manifestations comprennent une profonde mélancolie et une sensation de dépression. On évoque parfois une réminiscence du post-partum, une sorte de deuxième baby blues. Il existe potentiellement des aspects relevant d’un trouble de l’adaptation. Il est donc essentiel de s’y préparer mentalement en amorçant le réinvestissement dans d’autres rôles et activités. Parfois, on observe également une rigidité des comportements, traduite par une gestion obsessionnelle soudaine des choses, le maintien de conduites qui ne sont plus appropriées, avec des habitudes qui peinent à être ajustées. On pourrait qualifier cela d’une sorte de crise existentielle mêlée à un post-partum.

Quels sont les moyens de prévention du syndrome du nid vide ?

Il est essentiel de prendre conscience de la possibilité que cela se produise, à des degrés divers, et de s’y préparer mentalement. Il convient d’envisager dès à présent l’attachement à son enfant sous un angle différent, d’amorcer la redéfinition de la relation que l’on entretient avec lui, et de se réinvestir dans des activités porteuses de sens, tout en se réappropriant des rôles qui ont pu être délaissés, notamment celui au sein du couple. C’est peut-être le moment d’anticiper un voyage ou un projet commun.

Pourquoi faire des consultationsen plein air ?

Cela peut-être l’occasion de retrouver une mobilité, de réintégrer le mouvement si celui-ci s’était estompé et de renouer avec tous ses sens. En plein air, on observe fréquemment une posture plus existentielle, largement encouragée par la marche côte à côte, éloignant ainsi l’autre du champ de vision direct. Se tenir face à un environnement naturel réduit le niveau de stress et stimule le sentiment d’émerveillement. Je constate également une gestion émotionnelle qui bénéficie grandement du simple fait d’être en mouvement. L’action, liée à l’activité physique, procure un sentiment d’investissement thérapeutique moins passif.

Quel est votre mantra ?

Il y a une citation du psychanalyste Donald Winnicott qui résonne profondément en moi : « Nous sommes pauvres si nous ne sommes que sains » de l’original « we are poor indeed if we are only sane ». Cette phrase incarne l’idée de dépathologiser tous les phénomènes psychiques, une valeur fondamentale que je défends au sein de Walk 2 Talk. Notre approche vise à dépsychiatriser les soins psychologiques en adoptant un format différent, en évitant de poser systématiquement un diagnostic arrêté, et en privilégiant plutôt la prise en compte des processus qui sont gérés par l’individu et comment il se met en cohérence. Je suis un grand fan des processus de mise en cohérence, reconnaissant que bien que la contradiction puisse exister, l’objectif est de tendre vers davantage de cohérence et de synthèse.

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