profession d'avocat la déesse de la justice
Droit Femmes

La profession d’avocate

25.05.2022
par SMA

Selon les statistiques , les femmes sont de plus en plus nombreuses à exercer la profession d’avocate. Sur le terrain, cela ne signifie pas pour autant que la profession se soit féminisée.

Traditionnellement masculin, le barreau a ouvert ses portes aux femmes sans pour autant modifier ses codes érigés par des hommes pour des hommes. Pendant longtemps, les avocates ont donc assimilé et reproduit les codes masculins de la profession, consacrant leur énergie à se faire une place dans cette sphère nouvellement accessible.

Au fil du temps, les avocates expriment cependant de plus en plus le souhait d’évoluer dans un monde professionnel qui leur ressemble et leur corresponde aussi. Elles tendent par exemple à faire reconnaître les discriminations qu’elles subissent dans leur pratique et qui sont autant d’obstacles à l’évolution de leurs carrières professionnelles.

En 2001, l’association ALBA (Avocates à la barre) était créée par des avocates vaudoises inscrites au barreau  pour promouvoir et faciliter l’exercice par les femmes de la profession d’avocate. 

À ce jour, ALBA reste la première et seule association de défense de l’égalité homme-femme au sein d’un barreau suisse et réunit quelques 204 avocates et avocates-stagiaires de tous les cantons romands.

Les statistiques n’apportent pas de réponse puisque ces anciennes avocates n’ont pas été interrogées sur leurs motivations.

Les sujets dont l’association se saisit sont nécessairement représentatifs des aspirations de ses membres . En octobre 2021, la Présidente de la Fédération suisse des avocats (FSA), Birgit Sambeth Glasner, invitée par ALBA, posait cette question : pourquoi est-ce que les avocates quittent le barreau en moyenne après dix années de pratique ?

Les statistiques n’apportent pas de réponse puisque ces anciennes avocates n’ont pas été interrogées sur leurs motivations. Or, la désertion de ces femmes hautement qualifiées est une perte colossale pour la profession. On serait tenté de voir un lien de causalité entre la maternité et ces départs définitifs mais, à l’heure actuelle, on peut difficilement soutenir, de manière schématisée, que les avocates raccrochent la robe parce qu’elles ne peuvent pas concilier vie privée et professionnelle.

Ce cloisonnement tend en effet à disparaître, les praticiens et les praticiennes cherchant à évoluer avec toujours plus de fluidité entre leurs sphères privées et professionnelles. Les raisons sont à chercher ailleurs et une ébauche de réponse se dessine au travers des initiatives prises par les avocates romandes ces dernières années.

De nombreux projets ont en effet vu le jour à la forte demande des avocates de créer des liens et des lieux d’échanges. Il en est ainsi du développement des réseaux d’avocates ou de la création de programmes de mentorat .

En se tournant les unes vers les autres pour accorder leur pratique, les avocates cherchent une alternative aux codes originellement masculins de la profession. On peut ainsi émettre l’hypothèse que les femmes pourraient être tentées de rester au barreau plus longtemps si la profession leur ressemblait davantage. Des évolutions à tous les niveaux sont possibles.

Par exemple, la linguistique est un outil essentiel, déjà utilisé par le Canton de Neuchâtel qui a adopté les termes d’avocat et avocate dans sa législation sur la profession. La FSA a aussi décidé d’opter pour un langage inclusif. L’utilisation du mot « Consœur » est démocratisé dans le Canton de Vaud et les avocates n’ont – presque – plus à s’entendre appeler « Confrère ».

D’autres exemples résident dans la reconnaissance par les pairs des efforts fournis en faveur de l’égalité, comme la création par la FSA en 2021 du prix Emilie Kempin-Spyri ou la mise en place la même année d’une structure d’aide aux victimes de harcèlement sexuel au sein du barreau vaudois. 

Cependant, de nouveaux chantiers devront nécessairement voir le jour pour que nous parvenions à créer un monde professionnel à l’image de toutes et tous. L’accession des femmes aux places d’associées dans les études est encore trop rare.

L’attrait des avocates pour le barreau (…) passera nécessairement par la féminisation de la profession. 

Aussi, les barreaux sont encore représentés par une majorité d’hommes et les femmes y sont sous-représentées. En 2021, la FSA a élu la deuxième Présidente de son histoire, donnant un exemple bienvenu aux barreaux cantonaux.

La très récente élection de la vice-bâtonnière Sandrine Giroud au barreau genevois cette année poursuit cette avancée vers l’égalité. Cette représentation et cette reconnaissance permettront aux avocates de s’identifier et leur donneront l’élan et l’envie de façonner les règles de la profession aussi à leur image.

Elles auront alors la volonté de rester dans la profession et de mettre leurs excellentes compétences et leurs diplômes pointus au profit des justiciables. En d’autres mots, l’attrait des avocates pour le barreau – et pour qu’elles y restent au-delà d’une décennie – passera nécessairement par la féminisation de la profession. 

Texte Amélie Giroud,
Avocate au barreau vaudois

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