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Formation Femmes

«Je vois l’armée comme un défi»

26.01.2022
par Vanessa Bulliard

On les voit partout: dans les bus, les trains et les gares, des recrues et des soldats en uniforme servent la Suisse. Dans l’interview qui suit, Caroline Weibel parle de marches et d’exercices de lancer de grenade.

Caroline Weibel

La jeune femme de 26 ans, qui vit à Lucerne, a toujours été fascinée par l’armée . Après un apprentissage de commerce, elle décide d’enfiler l’uniforme vert, bien connu en Suisse. Son père était major de milice il y a plus de 15 ans et elle voulait aussi faire partie de ce monde. Elle a donc relevé le défi d’accomplir son service militaire en tant que femme et s’est lancée dans un voyage qui l’a menée jusqu’au grade de lieutenant.

Du lancer de grenades aux exercices de tir

Interrogée sur les difficultés rencontrées par une femme dans l’armée, Caroline Weibel répond: «Je vois plutôt cela comme un défi». Pourtant, elle a parfois remarqué la différence faite entre elle et ses camarades masculins: «Lors des exercices de combat rapproché, on était particulièrement prudent avec moi et on me rappelait toujours activement que j’étais une femme. Pourtant, je voulais simplement être traitée comme les autres, sans traitement de faveur». La jeune femme a parfois été confrontée à certains clichés. On lui disait par exemple: «Que fais-tu ici, pourquoi n’es-tu pas à la maison dans la cuisine?» Mais Caroline Weibel préfère rire de ces remarques. Elle a également été traitée différemment lors du lancer de grenade: «Mon supérieur a exigé que je lance la grenade à 15 mètres de distance au lieu de 20. Dans ce genre de situation, je trouvais qu’un traitement spécial n’avait pas de sens. Pourtant, les militaires ne pensaient qu’à bien faire». Lors des exercices de tir initiaux ou du premier entraînement matinal, Caroline Weibel a d’abord eu droit à une attention particulière, jusqu’à ce que tout le monde se rende compte qu’elle maîtrisait ces exercices. De manière générale, la jeune femme a été très bien acceptée au sein de l’armée, ce qui ne va pas toujours de soi.

L’égalité des droits

Pour Caroline Weibel, la question de savoir s’il faut des femmes dans l’armée ne se pose même pas. De nombreuses études prouvent que le travail dans des groupes mixtes est plus fructueux. «Un supérieur a déclaré avec étonnement qu’il n’avait encore jamais vu une compagnie aussi agréablement calme et que nous, les femmes, avions une influence positive sur les hommes», explique Caroline Weibel avec joie. Selon elle, l’égalité est plus qu’importante: «Si les hommes doivent consacrer au moins quatre mois de leur vie à l’armée et sacrifier une certaine liberté pendant cette période, il est juste que les femmes fassent de même». Caroline Weibel considère en effet le service militaire comme un beau geste au service de son pays. Pour la jeune femme, les raisons pour lesquelles d’autres femmes devraient également revêtir l’uniforme vert sont nombreuses: «En plus de l’expérience unique, on apprend à se connaître sous un tout nouveau jour. On teste ses limites et notre horizon s’élargit». La diversité des différentes cultures, des origines éducatives et financières n’a pas de limite dans l’armée suisse. «Les amitiés que j’ai pu y nouer sont extrêmement précieuses et valent en tout cas la peine», rapporte Caroline Weibel avec enthousiasme.

À l’âge de 17 ans environ, chaque Suissesse reçoit une lettre de préorientation militaire de son canton, qui l’informe de la possibilité de faire son service militaire. Mais pour Caroline Weibel, cela est loin d’être suffisant: «Une seule lettre est vite oubliée et c’est pourquoi il faudrait aussi introduire une obligation de la journée d’orientation pour les femmes car elles ont aussi le droit d’être informées, même si elles décident finalement de ne pas s’engager».

J’ai pu apprendre à dépasser mes limites.

Apprendre à surmonter les moments difficiles

Il y a parfois eu des moments difficiles où la jeune femme s’est demandée pourquoi elle s’imposait un tel effort: «Cela pouvait être lors de marches pénibles ou lorsque le supérieur était de mauvaise humeur et nous faisait tourner en rond», raconte-t-elle en riant. Son appartenance à la compagnie d’infanterie n’a pas forcément facilité les choses. En effet, celle-ci est connue dans toute la Suisse pour son haut niveau d’activité sportive et les charges lourdes qu’il faut porter lors des nombreuses marches. Caroline Weibel peut donc affirmer non sans fierté qu’elle a survécu à l’infanterie et qu’elle en a retiré de précieuses expériences. «J’ai pu apprendre à dépasser mes limites, à penser de manière collective et j’ai pu acquérir des compétences de commandement grâce à ma position de cadre», décrit-elle. Ces aptitudes peuvent être utiles pour la suite de la carrière professionnelle car elles favorisent les qualités organisationnelles et la confiance en soi.

Caroline Weibel a bénéficié d’un très grand soutien, en particulier de la part de son officier de carrière de l’école des recrues: «Un incident dans ma vie privée m’a déstabilisée pendant un certain temps. Lorsque je suis allée voir l’officier en lui parlant de  ce problème, j’ai été surprise par sa serviabilité et son soutien». Même lorsque la jeune femme a changé d’unité, il lui a toujours demandé des nouvelles, ce qui lui a donné énormément de force à cette époque.

Aujourd’hui, Caroline Weibel retire du positif de cette période militaire enrichissante, même si elle n’est pas tout à fait terminée: elle effectue toujours diverses formations au sein du bataillon d’infanterie 20.

Texte Vanessa Bulliard

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