matthias kyburz
Interview Été

À la recherche de nouveaux défis : le parcours inspirant de Matthias Kyburz

21.06.2024
par Léa Stocky

Huit fois champion du monde en course d’orientation, Matthias Kyburz n’a pas dit son dernier mot et compte bien tout donner lors de l’épreuve du marathon des Jeux olympiques de Paris. Élevé dans une famille de sportifs, le jeune Argovien passe une grande partie de son enfance à pratiquer des activités en plein air. Plus jeune frère d’une fratrie de trois garçons, il a toujours su se challenger pour marcher dans les pas de ses aînés. C’est à treize ans qu’il découvre sa passion, la course d’orientation. Il nous en parle dans cette interview.

Matthias Kyburz, comment avez-vous commencé la course d’orientation ?

Enfant, j’ai d’abord testé plusieurs autres sports tels que le football. Au contraire des sports d’équipe, la course d’orientation se pratique seul dans la forêt, ce qui peut paraître à première vue ennuyant. Cependant, un de mes grands frères commençait à s’y intéresser sérieusement et, quand on est à deux, c’est toujours mieux ! Nous avons donc participé ensemble à plusieurs camps et compétitions. J’aimais tout particulièrement lire une carte, courir, être dans la nature, ainsi que toute l’ambiance qui règne dans ce milieu : je me suis très vite fait de bons amis.

Selon vous, quels sont les aspects les plus difficiles de la course d’orientation ?

Le plus grand défi est de trouver le bon équilibre entre le rythme et la technique. Si on accélère trop vite, on fait plus facilement des erreurs. En effet, plus l’activité physique est intense, moins nos capacités de réflexion sont bonnes.

Matthias Kyburz

Comment se préparer physiquement et mentalement à une compétition ?

Concernant l’exercice physique, il s’agit surtout d’améliorer son endurance. En course d’orientation, il y a beaucoup de montées et de descentes et le sol est meuble, il faut donc des jambes solides. C’est pourquoi il est aussi important de faire du renforcement musculaire. Enfin, il ne faut pas oublier l’apprentissage par la pratique en manipulant des cartes et en apprenant à s’orienter dans la nature.

Concernant le mental, je travaille avec des psychologues qui m’aident à faire face à la pression et à rester positif même quand je fais des erreurs dans la course.

Quelles sont les compétences ou les qualités les plus importantes pour exceller dans ce sport ?

On doit disposer d’une bonne condition physique qui constitue la base de toute activité sportive. Connaître la technique et se poser les bonnes questions tactiques est aussi très important lors des courses : Quelle est ma limite ? Quel temps dois-je encore investir dans la lecture de la carte ? Il faut être capable de comprendre les cartes topographiques et de prendre des décisions rapidement.

Pouvez-vous nous faire part d’une expérience mémorable ou d’une course particulièrement difficile que vous avez vécue ?

Ce qui peut être difficile, c’est de rester positif et de continuer à essayer de délivrer la meilleure performance possible même après une erreur. Se tromper en début de course peut facilement faire perdre une à deux minutes, ce qui peut être très décourageant surtout lorsque les attentes sont grandes. Il faut se concentrer sur la suite et se dire qu’il est possible de repartir de zéro : chaque point de contrôle est une nouvelle chance d’y arriver et d’affronter la suite de l’épreuve. Même avec beaucoup d’expérience, ce n’est jamais facile car, plus les compétitions sont importantes, moins il est facile de rester positif.

Vous avez été huit fois champion du monde de course d’orientation. Comment gardez-vous la passion et la motivation ?

Il s’agit toujours d’une nouvelle course, d’un nouveau terrain, d’un nouveau défi, ce qui est très stimulant. J’aime aussi la compétition, pas seulement avec les autres mais aussi avec moi-même. Ce que j’apprécie en effet dans le sport de haut niveau, c’est la fierté que procure une bonne performance lors d’une compétition.

Chaque victoire vous procure-t-elle le même sentiment ?

Non (rires). Cela dépend de comment la course se passe, de son importance et des émotions ressenties. L’année dernière par exemple, ma médaille d’or aux Championnats du monde de course d’orientation qui se sont déroulés en Suisse a été très spéciale car je n’ai pas pu l’anticiper. J’étais le dernier à commencer, c’est pourquoi je n’ai pris connaissance de ma victoire qu’au moment de franchir la ligne d’arrivée. Le lendemain, j’ai aussi remporté la course en relais. Cependant, je savais que j’avais 35 minutes d’avance et qu’il y avait des chances que je gagne.

Recommanderiez-vous ce sport à toute personne souhaitant profiter des beaux jours de l’été ?

Pour passer du temps en extérieur, la course d’orientation est idéale. Il s’agit d’un sport qui se pratique à tout âge, en famille, entre amis ou seul. Lors des compétitions, on côtoie sur la ligne de départ aussi bien des sportifs de haut niveau que de jeunes enfants accompagnés de leurs grands-parents. En été, pratiquer du sport en forêt est aussi un bon moyen de profiter d’ombre et de fraîcheur.

Aujourd’hui, vous excellez aussi dans la course à pied. Pourquoi ce changement ?

Je cherchais un nouveau défi à relever et mon médecin du sport m’a toujours dit que j’avais le physique idéal pour courir des marathons. Aussi, je suis devenu papa en janvier et j’ai eu envie de passer plus de temps à la maison avec ma famille. La course d’orientation, avec les camps d’entraînement, est un sport qui nécessite du temps. La course à pied me paraissait moins contraignante ; je peux aller courir à toute heure de la journée et n’importe où.

Se tromper en début de course peut facilement faire perdre une à deux minutes, ce qui peut être très décourageant surtout lorsque les attentes sont grandes. Matthias Kyburz, orienteur suisse

Quelles sont les principales différences entre la course d’orientation et la course à pied (préparation, pratique, etc.) ?

Dans les deux sports, je m’entraîne à peu près le même nombre d’heures. Ce qui change, c’est le nombre de kilomètres parcourus. En course à pied, je cours principalement à plat sur un sol dur. En course d’orientation en revanche, mon allure est moins rapide en raison du terrain plus mou et des nombreuses montées.

Vous avez terminé 7ème au Marathon de Paris, et 1er Européen. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

Après coup, c’était une expérience parfaite pour moi ! J’ai choisi le marathon de Paris car je me réjouissais de courir dans les rues de la capitale française. De nombreuses personnes étaient là pour nous encourager et j’ai apprécié cette atmosphère ! Les premiers 30 kilomètres se sont bien déroulés, même si je craignais un peu que mon allure légèrement plus rapide que ce que j’avais prévu me poserait un problème sur la fin. Comme je l’avais imaginé, plus je m’approchais des 42km, plus cela devenait dur. Mes mollets me piquaient. Même si je souffrais, ma petite avance sur les temps olympiques standards m’a permis de ne pas trop stresser. Finir la course avec ce temps ambitieux, 2h07, était vraiment un rêve pour moi.

En dehors des Jeux olympiques, quels sont vos projets futurs ?

Je vis essentiellement dans l’instant présent. L’année prochaine, les Championnats du monde de course d’orientation auront lieu en Finlande. Participer à une telle compétition est toujours spécial, et je suis prêt à aller chercher la médaille d’or.

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