crise de l’énergie : quelles opportunités financières ?
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Finance

Crise de l’énergie : quelles opportunités financières ?

23.09.2022
par SMA

La crise de l’énergie est un choc abyssal pour l’Europe mais aussi une source d’opportunités. Le secteur de l’énergie continue d’être attractif grâce à un prix du pétrole dont le potentiel de baisse est limité. Le secteur de la transition énergétique sortira vainqueur de la crise actuelle.

Ygal Sebban

L’année 2022 est marquée par une crise inédite de l’énergie en Europe à la suite de la conjonction cauchemardesque de facteurs négatifs : embargo sur le pétrole russe et coupure désormais totale du gaz russe provenant de Nord Stream1, capacité réduite à 32 centrales nucléaires françaises sur un total de 58 (mais qui devrait s’améliorer dans les semaines/mois à venir) et sécheresse importante entraînant une baisse de la puissance hydraulique et du transport fluvial d’énergie. Cette crise de l’énergie a entraîné une hausse des prix de l’énergie à des niveaux inédits (malgré un recul récent). La résolution de la crise est toujours en cours avec une proposition de l’Union Européenne qui vise à modifier la fixation des prix de l’électricité et à mettre en place un cap du prix de l’électricité (pour les sociétés qui produisent de l’électricité à bas coût), à taxer les profits extraordinaires (à hauteur de 33 %), tout en incitant à limiter la demande d’énergie (de 5 % durant les heures de forte demande).

Un choc abyssal

Les répercussions sont évidemment très négatives pour les ménages européens et pour l’industrie européenne. Si les prix devaient se stabiliser au niveau des cours actuels, selon Goldman Sachs, la hausse des coûts énergétiques s’approcherait en Europe des 2 trillions de USD, soit un impact négatif équivalent à 15 % du PIB européen (avec comme hypothèse un prix du gaz à EUR 200/MWh et Power à EUR 450/MWh vs respectivement EUR 75/MWH et EUR 27/MWh en 2021). Dans la plupart des pays européens, les États assureront une bonne partie du fardeau et limiteront les hausses de prix. Même si les niveaux des stocks de gaz actuels sont élevés (à près de 90 % en Allemagne et en France), ils demeurent faibles relativement à la consommation annuelle pour certains pays et vont inévitablement se détériorer avec l’hiver. Les stocks ne permettront pas de répondre à une demande normale et des disruptions d’électricité sont à attendre cet hiver en fonction du climat. Les prix du pétrole pourraient résister au ralentissement mondial Le secteur de l’énergie fossile se trouve renforcé. Les perspectives sur l’évolution des prix du pétrole devraient être encore favorables malgré le ralentissement de l’économie mondiale. L’offre de pétrole a bénéficié ces derniers mois de la baisse des stocks de réserve souverains des États-Unis, mais ce déstockage devrait bientôt se transformer en restockage si les prix devaient chuter en dessous de USD 80. L’embargo européen sur le pétrole russe devrait être total à partir du 5 décembre. Le prix élevé des énergies aura un effet seulement mitigé sur le ralentissement de la demande en raison des subventions gouvernementales dans de nombreux pays européens. L’impact des mesures récentes du G7 qui cherche à instaurer un price cap sur le prix du pétrole russe est incertain car la Russie pourrait décider de mesures de représailles. Enfin, en cas de dégonflement des cours du pétrole, l’OPEC devrait décider de nouvelles baisses de production. Tous ces facteurs réduisent le risque d’une chute sévère du pétrole à la suite du ralentissement économique mondial.

Le secteur de l’énergie reste encore attractif

Le secteur de l’énergie est le seul à présenter des performances positives en 2022 (+14.7 % pour le Stoxx 600 Oil&Gas au 16 septembre et +41.0 % pour le S&P 500 Energy Index). Malgré une génération de cash attendue pour le secteur en 2022 de 1,100 milliards de USD selon RystadEnergy (+56 % par rapport à 2021), les investissements devraient rester limités à 286 milliards, soit 26 % du cash généré (contre en moyenne 72 % pendant la dernière décennie). Le faible taux d’investissement du secteur pétrolier est une aubaine pour les actionnaires car il permet d’éviter au niveau macro une augmentation de l’offre de pétrole et autorise aussi un retour de cash massif pour les actionnaires (sous forme de dividendes et de rachats d’actions).

Nous aimons particulièrement le trade relatif du secteur énergétique versus le reste du marché action. Les marchés actions demeurent vulnérables face au resserrement monétaire avec des entreprises aux marges records et des niveaux de valorisation encore élevés historiquement. À l’opposé, le niveau de valorisation du secteur de l’énergie continue d’être attractif (PE de 4.5x en Europe et de 7.5x aux États-Unis).

Transition énergétique : le grand vainqueur de la crise énergétique

Le secteur de l’énergie renouvelable devrait à terme profiter de la crise de l’énergie qui s’avère être un accélérateur supplémentaire de la transition énergétique. L’envolée des prix du gaz et de l’électricité ont rendu les énergies renouvelables désormais bien pluscompétitives que les énergies thermiques. Les évolutions technologiques avaient déjà permis aux énergies renouvelables de bénéficier d’une baisse de leur coût de génération (-60 % pour l’éolien depuis 2010 et -80 % pour le solaire, Source Goldman Sachs).

Le programme RePowerEU, le vote du paquet fiscal américain Inflation Reduction Act (IRA) de 386 milliards de dollars sur dix ans en faveur du climat et de la transition énergétique et les autres efforts mondiaux (notamment en Chine) sont favorables à l’économie verte. Ils profiteront à de nombreux sous-secteurs (résidentiel, batteries, solaire, voitures électriques, hydrogène, nucléaire…) qui sont autant de viviers de croissance dans un monde en ralentissement. Les investissements mondiaux dans la transition énergétique (énergies propres, véhicules électriques, hydrogène et carbon capture) se sont élevés en 2021 à 755 milliards de USD en hausse annuelle de 27 % (source BloombergNEF) et doivent encore tripler de volume avant la fin de la décennie afin d’atteindre l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050.

Le dégonflement actuel du niveau de valorisation de certains titres offre des points d’entrée intéressants en particulier pour les producteurs de technologie. Le secteur des utilities est pour le moment encore dans l’incertitude face aux pertes potentielles de trading et face au risque de régulation européenne.

Texte Ygal Sebban
Amadeus Capital

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