Interview Lifestyle

Dean Schneider: «Nous devons apprendre à comprendre les animaux»

22.10.2021
par Akvile Arlauskaite

D’abord directeur financier, Dean Schneider est aujourd’hui l’homme qui murmure à l’oreille des lions. Dans l’interview qui suit, il nous éclaire sur son parcours professionnel atypique, sa mission et sa manière de communiquer avec les grands félins.

Dean Schneider, vous vous êtes donné pour mission d’éduquer les gens du monde entier au sujet des animaux. Comment est né votre projet?

C’est le légendaire «chasseur de crocodiles» Steve Irwin qui m’a inspiré. Lorsque j’avais six ans, il a fait entrer la vie sauvage dans mon salon avec ses spectacles d’animaux qui ont allumé en moi un feu qui ne s’est jamais éteint.

Au départ, pourquoi avez-vous décidé de faire carrière dans le secteur financier?

J’ai compris très tôt que je n’aurai jamais vraiment eu accès à la vie sauvage en Suisse. Je me suis dit: «Si je ne peux pas vivre ma passion ici, c’est que je dois prendre une autre voie». Je me suis donc retrouvé dans le secteur financier et j’ai créé ma propre entreprise. L’argent m’a aussi beaucoup motivé. Cependant, à un moment donné, j’ai réalisé que ma passion importait plus que l’argent.

À quel moment avez-vous décidé de changer de carrière?

L’élément déclencheur a été un voyage d’entreprise en Afrique du Sud au cours duquel, pour la première fois, j’ai approché des animaux sauvages. Deux mois plus tard, j’y suis retourné et ma passion s’est confirmée encore plus. Deux ans après, j’ai décidé de tout vendre et de commencer une nouvelle vie en Afrique du Sud où les animaux sauvages sont chez eux.

Quel a été l’impact de ce changement dans votre vie?

Depuis mon changement de carrière, je peux travailler ou étudier jusqu’à trois heures du matin, me lever à six heures le lendemain matin et ne ressentir aucune fatigue parce que je suis mentalement et physiquement dans mon élément. Je le fais par conviction personnelle – de mon cœur, pour mon cœur – alors qu’avant, je travaillais pour ma tête et pour l’argent. Je préfère aussi profiter de la nature plutôt que de travailler dans un espace clos. Enfin, je me sens également en meilleure santé depuis que je travaille davantage à l’extérieur.

En Afrique du Sud, vous avez fondé la réserve Hakuna Mipaka pour offrir un habitat protégé aux animaux que vous avez sauvés. Comment cela s’est-il passé?

Ce n’était pas aussi facile que certains le pensent! Les Européens n’ont pas le droit de posséder une entreprise avec un terrain et d’y garder des animaux sauvages. En Afrique du Sud, tout se fait par l’intermédiaire du gouvernement et il y a beaucoup de corruption. C’est pourquoi j’ai dû m’y rendre plusieurs fois pour me faire une idée des lois, de la situation politique et de la façon de procéder. Avant de fonder Hakuna Mipaka, j’ai dû faire approuver mon plan de gestion par le gouvernement et les vétérinaires et je me suis fait aider par un cabinet d’avocats.

Vivre avec des lions, interagir avec des hyènes – n’avez-vous pas peur? 

Pas du tout. C’est comme avoir des chiens – on n’en a pas peur non plus. La compréhension mutuelle est cruciale. Nous comprenons les chiens parce qu’ils se sont adaptés à nous et à notre langage. Avec mes lions, au contraire, c’est moi qui ai dû m’adapter. J’ai appris leur langage et je peux interpréter leur comportement dans n’importe quelle situation. Je les considère comme des membres de ma famille.

Comment avez-vous appris à communiquer avec les lions?

C’était un long processus. J’ai d’abord construit une relation homme-animal avec Dexter, mon premier et plus grand lion. Cependant, je n’ai pu élargir mes connaissances sur les animaux que lorsque les cinq autres lions m’ont rejoint. À partir de ce moment-là, j’ai pu observer leur interaction les uns avec les autres – la relation animal-animal. À un moment donné, j’ai commencé à les imiter pour communiquer avec eux. Je ne me comporte pas comme un humain en leur présence, mais comme un des leurs.

Comment les lions se saluent-ils?

Ils se mettent à genoux et appuient leur tête de tout leur poids sur la tête des autres lions. C’est comme ça que je fais aussi.

Y a-t-il des moments plus dangereux que d’autres?

Bien sûr! C’est par exemple le cas quand Dexter veut prouver à nouveau son statut de roi de la meute. Dans ces moments, je m’en vais car je n’aime pas les frictions. Se retrouver soudainement au milieu d’un combat de lions n’est pas non plus très agréable. Après tout, on ne peut pas repousser un gros chat de 200 kilos comme ça. Parfois, mes lions veulent aussi tester ce que je peux supporter. J’ai plusieurs cicatrices de leurs griffes tranchantes. Pour eux, c’est normal. Dans ces situations, je dois me défendre physiquement en faisant du bruit ou en les repoussant par exemple. De cette façon, je leur montre qu’ils ont franchi une limite et, l’instant d’après, tout va bien à nouveau.

N’avez-vous jamais été dans une situation de danger de mort avec vos animaux sauvages? Après tout, votre idole Steve Irwin est morte lors d’une interaction avec un animal sauvage.

Steve Irwin a dû mal interpréter certains comportements des raies, ce qui a causé sa mort. Mes lions ne m’attaqueraient jamais sans raison avec l’intention de me tuer, car je fais partie de leur clan. Je communique, je mange et je dors avec eux. S’ils ont un problème, ils me le communiquent clairement. Ils peuvent être méfiants si j’essaie de saper leur autorité, de leur prendre quelque chose ou de les défier – tout comme ils le seraient avec un autre lion de la meute. Cependant, j’évite de telles confrontations donc je n’ai jamais mis ma vie en danger.

Comment en êtes-vous venu à accueillir les singes capucins Jayjay et Momo?

À l’origine, ils ont été achetés comme animaux de compagnie mais ont été séparés de leur mère trop tôt. Sans son lait, ils ne pouvaient pas développer un bon système immunitaire. Comme ils étaient constamment malades, leurs propriétaires voulaient s’en débarrasser. J’ai donc sauvé Jayjay en premier, puis Momo six mois plus tard.

C’est difficile d’être un papa-singe?

Au début, c’était très difficile jusqu’à ce qu’ils deviennent des singes en bonne santé: je changeais leurs couches, je préparais le lait, je découvrais leurs réactions allergiques et j’allais fréquemment chez le vétérinaire. Je dirais même que les bébés singes sont plus difficiles à élever que les bébés humains. En effet, nous connaissons mieux l’anatomie et les éventuels problèmes de santé des humains et pouvons reconnaître plus rapidement quand quelque chose ne va pas.

Parlez-nous plus précisément de votre mission.

Au départ, j’ai sauvé des animaux sauvages qui étaient détenus dans de mauvaises conditions afin de leur offrir une vie adaptée à leurs besoins à Hakuna Mipaka. Mais, au fil du temps, ma mission a changé. Je me suis rendu compte que la souffrance des animaux a toujours été causée par les humains. Peu importe le nombre d’animaux que je sauve, les humains n’arrêteront pas d’élever d’autres animaux sauvages et de les faire souffrir. Je m’attaque donc maintenant à ce problème de fond en essayant de changer le comportement des Hommes. Je veux les inspirer, les émerveiller et les éduquer, tant sur les beaux côtés que sur les abus du monde animal. C’est pourquoi j’ai décidé de donner une meilleure vie à tous les animaux que j’ai déjà recueillis et de documenter tout cela sur les réseaux sociaux.

En quoi votre présence sur les réseaux sociaux contribue-t-elle à améliorer le bien-être des animaux?

Le problème est que nous avons complètement perdu le lien avec les animaux. Nous devons d’abord apprendre à les comprendre. Cependant, la plupart des gens vivent dans une grande ville où se trouvent des entreprises et des personnalités politiques puissantes qui dirigent le monde entier. Pour la plupart, ils ne rencontreront jamais d’animaux sauvages de leur vie. Dans le même temps, de nombreuses organisations de protection des animaux manquent d’attention et d’argent et c’est là que j’interviens avec mes messages sur les réseaux sociaux. Dans l’un de mes posts, je joue avec un lion et, dans l’autre, j’informe sur les hyènes avec l’effet waouh. De cette façon, j’essaie de rapprocher mes followers du monde animal et les encourage à le protéger, en faisant un don par exemple. C’est le principal but de ma présence sur les réseaux sociaux.

Quelle est votre stratégie sur les réseaux sociaux?

J’apporte toujours une valeur ajoutée à mes followers. Mes vidéos les plus virales ont toutes quelque chose de choquant. Il peut s’agir d’une vidéo dans laquelle un lion me saute dessus ou dans laquelle je dors à côté de ma hyène – on ne voit pas ça tous les jours. J’utilise la visibilité que m’offrent ces vidéos pour diffuser des connaissances par le biais de contenus éducatifs. Je ne me soucie pas des vues pour ces vidéos éducatives. Il est important que ma présence sur les réseaux sociaux exprime clairement ma mission, mais aussi que l’équilibre entre ces deux types de contenu soit respecté.

Comment entretenez-vous la relation avec vos fans?

Bien que je fasse tout moi-même, de la réponse aux commentaires à la publication d’articles, c’est l’entretien de la relation avec mes fans qui me prend le plus de temps. Cependant, il y a aussi des jours où j’ai besoin de temps pour moi ou pour mes animaux. Dans ces moments-là, toute mon attention se porte sur les animaux et les caméras restent éteintes.

La célébrité a-t-elle aussi ses inconvénients?

Bien sûr. À partir du moment où l’on affiche une partie de soi sur les réseaux, il y a toujours des détracteurs pour qui, quoi qu’on dise, ce ne sera jamais assez bien. C’est pourquoi je ne perds plus mon temps à répondre aux commentaires négatifs. De plus, la plupart de mes adeptes comprennent mon message. J’essaie de toujours rester fidèle à mes valeurs et à ma mission et aucun commentaire haineux ne pourra changer cela.

Que préférez-vous dans votre métier? 

J’aime en apprendre davantage chaque jour et j’aime aussi voir que mes vidéos ont un impact positif pour les personnes qui les regardent. Par exemple, quelques-unes de mes vidéos ont été diffusées dans une école au Kenya. Les enfants étaient fascinés, certains d’entre eux veulent même devenir des défenseurs des droits des animaux! C’est agréable de voir que ce que je crée apporte tant de lumière et d’amour dans la vie des gens.

Faites un don pour le projet de Dean et d’autres projets de protection des animaux à: http://www.deanschneider.com/%20donation/donate-now

Interview Akvile Arlauskaite   Images zVg

Une réponse à “Dean Schneider: «Nous devons apprendre à comprendre les animaux»”

  1. Toulemonde dit :

    Bonjour,
    Bravo pour tout ce que vous faites avec ces magnifiques animaux.
    Peut-on vous rendre visite lors d’un voyage en Afrique du Sud ?
    Catherine

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