Interview par Léa Stocky

« Il n’y a pas d’architecture sans mouvement dans l’espace »

Né à Lausanne, Bernard Tschumi a suivi les traces de son père architecte et conçoit des bâtiments au design innovant dans le monde entier. Dans l’interview qui suit, il nous parle de son architecture à la fois conceptuelle et contextuelle et nous éclaire sur ses sources d’inspiration.

Bernard Tschumi, qu’aimez-vous le plus dans votre métier ?

J’aime le fait de donner de la clarté à partir d’un millier de contraintes.

Comment choisissez-vous les projets sur lesquels vous voulez travailler ?

Tous les sujets m’intéressent, mais ce sont les « grands projets » culturels (Parc de la Villette Paris, Musée de l’Acropole à Athènes) et universitaires (Columbia, Miami, Paris-Saclay) qui sont parmi les plus marquants à mes yeux.

Suivez-vous un fil rouge lorsque vous imaginez vos bâtiments ?

En général, le fond précède la forme. Le contenu précède le contenant. Il n’y a pas d’architecture sans concept générateur.

Quelles sont vos inspirations ?

Je m’inspire de l’art, du cinéma, de la littérature ou encore du mouvement des idées dans la société contemporaine. Ces champs de connaissance ont justement en commun la notion de mouvement, de séquence, de narration.

Pour vous, le mouvement est très important. Comment faites-vous pour l’insuffler dans vos constructions ?

Il n’y a pas d’architecture sans mouvement dans l’espace. Halls d’entrée, escaliers, rampes, ascenseurs et corridors font toute la dynamique d’un bâtiment. Les rues et les places ont également ce rôle dans les villes.

Qu’est-ce qui vous attire dans les villes ?

J’aime le bruit de la fureur, la densité et l’intensité, l’échange et l’anonymité, la communauté mais aussi les contradictions. Dans les villes, toute la société humaine est matérialisée.

Comment se manifeste la déconstruction en architecture ?

Ce qui s’appelle la déconstruction en philosophie est l’art de remettre en question des idées préconçues. La même chose s’applique à l’architecture.

Que veut dire le titre de votre livre : Architecture Concepts : Red is Not a Color ?

Les couleurs ne génèrent pas seulement des sensations mais peuvent souligner une intention, une idée ou un concept. Dans mes premiers travaux, j’ai utilisé le rouge pour marquer l’importance d’une relation dans l’espace.

Si l’on vous disait que vous pouvez repenser et reconstruire le bâtiment de votre choix, lequel choisiriez-vous ?

L’un de mes propres bâtiments ? Ou bien la Pyramide de Khéops ou Saint-Pierre de Rome ? Finalement, je pense que je n’en remplacerais aucun. Je suis un partisan de la préservation des patrimoines, mais aussi du dialogue entre l’ancien et le nouveau qui peuvent coexister tout en mettant en valeur leurs différences.

Sur quelle(s) construction(s) travaillez-vous en ce moment? Quels sont vos projets futurs ?

Je travaille sur un grand centre de recherche à côté de Paris (inauguration cet automne), un centre des sciences entre Genève et Lausanne (début du chantier cet automne) et sur plusieurs projets en Chine.

Interview Léa Stocky
Photos Martin Mai & Peter Mauss

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30.06.2022
par Léa Stocky
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