« notre rôle est de réaliser le nier kilomètre de l’ia »
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« Notre rôle est de réaliser le dernier kilomètre de l’IA »

28.05.2026
par Marc-Antoine Guet

Pour Bruno Vaffier, directeur général de Cegid, l’intelligence artificielle ouvre une transformation comparable à celle provoquée par l’arrivée du logiciel. Encore faut-il la rendre fiable et suffisamment simple pour qu’elle ne reste pas réservée aux grands groupes.

Bruno VaffierDirecteur général, Cegid

Bruno Vaffier
Directeur général, Cegid

Bruno Vaffier, vous avez pris la direction générale de Cegid à un moment où l’IA rebat les cartes du logiciel d’entreprise. Quelle vision portez-vous ?

Il faut d’abord mesurer ce qui se joue. L’impact attendu de l’intelligence artificielle sera comparable à celui du logiciel. Avant lui, les entreprises fonctionnaient encore largement avec des outils papier et des opérations manuelles. Le chemin parcouru est considérable. Avec l’IA, nous allons connaître une transformation du même ordre, mais en cinq ans plutôt qu’en 70. Le métier de Cegid consiste à donner aux entreprises, de l’auto-entrepreneur au groupe du CAC 40, les moyens de gérer et de développer leur activité. Nous intervenons dans les RH, la finance, la fiscalité ou le retail. Mettre l’IA au service de ces fonctions est clé.

Quels usages voyez-vous déjà apparaître dans le monde de l’entreprise ?

Le premier usage de l’IA a été celui de l’assistant, capable d’interroger une réglementation ou une information présente dans le système. Le deuxième est plus sophistiqué. Il consiste à détecter des erreurs, des schémas de fraude potentielle ou des signaux faibles noyés dans la masse d’informations. Dans la paie, par exemple, nous développons des modules de détection d’erreurs et de conformité, un domaine complexe vis-à-vis de l’administration.

Les agents IA représentent-ils l’étape suivante ?

Oui. Les agents IA sont capables de prendre en charge des tâches et d’exécuter des actions. Aujourd’hui, ces dernières restent simples, mais nous allons progressivement vers la prise en charge de processus entiers. L’assistant qui conseille et donne accès à la connaissance va devenir une forme de coéquipier capable d’agir parce qu’on lui aura donné une direction.

Comment innover vite sans fragiliser la confiance des entreprises ?

Notre rôle n’est pas de développer un LLM. Nous ne sommes ni Mistral ni Anthropic. Nous prenons cette matière première qu’est l’IA générative pour la mettre au service de processus métiers très précis. Prenons la comptabilité. Dans une grande entreprise, il faut rapprocher les factures envoyées aux clients des paiements reçus. Parfois, les montants ne correspondent pas. L’outil détecte l’exception, cherche à l’expliquer, peut envoyer des mails et dialoguer avec les comptables concernés. En fonction des réponses, il prend ensuite des actions dans le système. Mais on ne peut pas faire cela avec ChatGPT tel qu’il existe directement. Il faut une couche logicielle, un cadre métier, des contrôles. L’IA est une technologie probabiliste : elle n’offre jamais 100 % de certitude. Or, dans la comptabilité ou les déclarations fiscales, on n’a pas le droit de se tromper. Quand il y a un doute, le logiciel doit le signaler et demander une vérification humaine. C’est cette ingénierie que nous mettons en œuvre.

Face aux grands acteurs du cloud et de l’IA, quelle place peut prendre un éditeur européen ?

Notre place tient d’abord à notre proximité avec les clients. Depuis 40 ans, Cegid accompagne en France et en Europe des entreprises qui nous confient leurs systèmes critiques. On ne peut pas arrêter les paiements fournisseurs ou la facturation. Nous opérons dans des cadres réglementaires qui varient selon les pays, avec une forte exigence de conformité. Un acteur européen a donc pleinement sa place par sa connaissance fine des besoins. Notre rôle est de relier les avancées technologiques aux besoins pratiques des entreprises. La souveraineté passe aussi par un écosystème vivant, avec des talents et des partenariats technologiques.

Comment éviter que l’innovation ne profite qu’aux grands groupes ?

Les grands groupes sont souvent très matures technologiquement et peuvent monter leurs propres équipes IA ou développer des logiciels en interne. Les entreprises plus modestes n’ont ni le temps ni les moyens de tout faire elles-mêmes. Pour elles, la clé est la confiance. Nous opérons des systèmes critiques depuis 40 ans. Nous apportons donc un capital de confiance sur la sécurité des données, la fiabilité de l’IA et sa conformité. Une PME n’a pas besoin d’une boîte à outils complexe pour construire elle-même ses agents IA. Elle a besoin d’une solution directement utilisable, adaptée à un besoin métier. Notre rôle est de réaliser le dernier kilomètre de la technologie et de l’IA.

L’acquisition de Shine illustre-t-elle cette vision de l’innovation ?

Oui, car l’innovation ne se résume pas à l’IA. Shine est une plateforme destinée aux très petites entreprises. Elle propose un service financier et une suite logicielle adaptée à leurs besoins. Son intérêt est de réunir une offre complète dans une interface simple. Elle s’adresse à des entrepreneurs, des plombiers, des boulangers, pas à des spécialistes de la finance ou des ressources humaines. Faire simple est très compliqué.

Quel regard portez-vous sur l’adoption de l’IA en Europe ?

Nous pouvons parfois être réticents face à une nouvelle technologie. L’IA doit être regardée sans naïveté, mais avec optimisme. C’est l’une des clés de la compétitivité des années à venir. Nous ne pouvons pas passer à côté. Mais pour réussir cette adoption, il faut de la confiance et un écosystème solide.

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