
Martin Hess
économiste en chef et membre de la direction de l’Association Suisse des Banquiers (ASB)
Les banques marquent le quotidien de la population et l’économie helvétique bien plus qu’il n’y paraît au premier abord. Qu’il s’agisse du paiement sans contact par smartphone en magasin ou du partage instantané d’une addition après un dîner entre amis, rares sont ceux qui pensent aux banques dans ces moments-là. Pourtant, sans leur infrastructure financière, tout cela serait impossible. De même, des décisions majeures, telles que le financement d’un logement en propriété, le lancement de nouvelles idées entrepreneuriales ou la promotion de la croissance au sein d’une entreprise existante, seraient impensables sans les banques. En outre, épargner sans le conseil compétent et la sécurité qu’offrent des banques soumises à la surveillance comporterait des risques élevés.
Les banques sont ainsi des piliers d’une économie fonctionnelle et constituent l’épine dorsale invisible de la prospérité de notre société. Afin que cela reste ainsi à l’avenir, les banques investissent des sommes importantes dans des technologies innovantes comme l’IA ou de nouvelles solutions de paiement. Une grande partie de ces processus se déroule en arrière-plan car, pour les clients, ce n’est pas la technologie en soi qui importe, mais la qualité de service et la sécurité.
Du franc épargné à l’investissement : la performance des banques en coulisses
La mission centrale des banques consiste à canaliser le capital vers ceux qui souhaitent investir. Elles conseillent tant les ménages que les entreprises et mettent à disposition les fonds permettant de concrétiser des idées et de financer des projets. Les banques comblent les écarts temporels entre l’épargne et l’investissement, et répartissent les risques de manière à rendre possibles des solutions de financement viables. Dans ce cadre, l’octroi de crédits génère de la monnaie supplémentaire, car les banques ne doivent conserver qu’une partie des dépôts sous forme de réserves, un mécanisme de création monétaire discret mais central. Cette fonction des banques dans l’architecture financière est étroitement liée au pilotage de la politique monétaire de la Banque nationale suisse et soutient de manière déterminante l’activité économique.
Au-delà de l’intermédiation de capitaux, les banques accompagnent leurs clientes et clients dans la planification, le placement et le suivi de leur patrimoine financier. Elles mettent à profit leur expertise, leur expérience et un large éventail de possibilités d’investissement. Parallèlement, elles garantissent le traitement fluide des transactions quotidiennes, telles que les virements, les paiements par carte, les prélèvements automatiques ou les transactions internationales. Actuellement, le trafic des paiements se modernise avec les paiements instantanés (Instant Payments) ou les monnaies numériques. Le lien étroit des grandes banques suisses avec les marchés de capitaux internationaux garantit en outre que notre économie orientée vers l’exportation soit parfaitement intégrée au système financier mondial.
Un pilier de la force économique suisse
Grâce aux services indispensables rendus à leur clientèle, le secteur bancaire devient lui-même un élément central de l’économie suisse. Environ 5 % de la valeur ajoutée nationale provient du secteur bancaire, et ses contributions fiscales jouent un rôle important dans le financement des tâches publiques. Les prestations fiscales directes d’environ 6,9 milliards de francs en 2024 correspondent à près de 80 % des dépenses totales de la Confédération pour la formation et la recherche (9 milliards de francs). De plus, environ 330 000 emplois sont liés directement ou indirectement au secteur des services bancaires. Les banques sollicitent des prestataires externes ou des produits spécialisés, créant ainsi des emplois dans ces secteurs. Par ailleurs, les banques investissent continuellement dans la formation de main-d’œuvre qualifiée, contribuant ainsi à la stabilité de l’emploi à long terme.
Géopolitique, incertitude, taux d’intérêt : un environnement exigeant
Face à la fluidité des services bancaires en Suisse, on oublie souvent que le travail quotidien des banques est loin d’être trivial. Les conditions-cadres mondiales ont fondamentalement changé ces dernières années. Les tensions géopolitiques, la fragmentation des flux commerciaux, les nouvelles priorités en matière de politique de sécurité et les enseignements tirés des crises passées marquent de plus en plus la réalité économique et entraînent une volatilité des marchés financiers. Les entreprises réévaluent leurs chaînes d’approvisionnement, réduisent leurs dépendances et structurent leurs investissements avec plus de prudence. De plus, l’environnement actuel des taux a réduit de moitié la marge d’intérêt par rapport à la période précédant la crise financière.
Les banques sont ainsi des piliers d’une économie fonctionnelle et constituent l’épine dorsale invisible de la prospérité de notre société.
C’est pourquoi une gestion des risques précise et prospective devient une priorité centrale pour les banques. Les analyses de scénarios et les tests de résistance font depuis longtemps partie du quotidien. Ils sont essentiels pour identifier précocement les impacts potentiels des développements mondiaux, une tâche qu’un client individuel pourrait difficilement accomplir seul. Plus l’environnement est exigeant, plus la valeur ajoutée que les banques peuvent apporter à leur clientèle est grande. Puisqu’une banque ne serait pas nécessaire dans un monde sans risques, un environnement de marché volatile peut devenir un avantage stratégique.
Assurer la stabilité et façonner activement l’avenir
En tant que valeur refuge dotée d’une grande stabilité politique, la Suisse offre des conditions particulièrement favorables aux investissements à long terme de l’économie réelle. Des institutions fiables et une infrastructure robuste créent un environnement dans lequel les intermédiaires financiers peuvent remplir leur mission en toute confiance. Quiconque a effectué des opérations bancaires à travers le monde sait apprécier la qualité des services bancaires d’ici. En conséquence, la Suisse gère plus de fortunes transfrontalières que n’importe quelle autre place financière. Dans le même temps, la mutation technologique ouvre de nouvelles perspectives. Les services numériques, les technologies modernes et l’automatisation croissante améliorent l’expérience client et répondent aux besoins de la clientèle grâce à des modèles d’affaires numériques innovants.
En résumé, il apparaît qu’un secteur bancaire stable, performant et compétitif reste une condition fondamentale pour garantir à long terme la prospérité, la stabilité et le développement économique de la Suisse, aujourd’hui comme demain.
Texte Martin Hess, économiste en chef et membre de la direction de l’Association Suisse des Banquiers (ASB)
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