les musiques régionales, ou comment le chant devient vecteur d’une identité
Culture Été

Les musiques régionales, ou comment le chant devient vecteur d’une identité

24.06.2022
par Léa Stocky

Il suffit de partir en vacances dans les régions françaises et de s’éloigner des autoroutes pour se rendre compte de l’importance du patrimoine folklorique régional. Que ce soit lors d’événements connus tels que le festival interceltique de Lorient, ou moins connus tels que les fêtes de villages en Alsace, la douce musique de nos régions continue de résonner lors des chaudes journées d’été.

C’est l’histoire d’une Corse, d’un Basque et d’un Alsacien. Non, il ne s’agit pas du début d’une mauvaise blague. Au contraire, ils sont on ne peut plus sérieux. Ce qu’ils ont en commun ? L’amour d’une langue, la leur, celle qui les a vu grandir, s’épanouir et celle dans laquelle ils chantent. Cette langue, ils l’aiment tellement qu’ils continuent de la faire vivre à travers la musique pour perpétuer leur héritage et transmettre ce que leurs parents leur ont eux-mêmes transmis.

Faire vivre ses racines

À Bastia, celle qui se qualifie de militante culturelle rêve de voyager et de faire voyager sa langue. Doria Ousset en a aujourd’hui la possibilité. Elle a gagné cette année l’Eurovision des langues minoritaires avec sa chanson Roma.

Ce qu’elle retient de cette victoire, c’est avant tout la reconnaissance de la langue corse, en France et à l’international. C’est aussi la reconnaissance d’une identité régionale et d’une Histoire particulière et souvent familiale. Doria Ousset est en effet issue d’une famille de chanteurs traditionnels corses du côté de sa mère.

La chanteuse a gagné l’Eurovision des langues minoritaires. Photo: Patricio Soto

À 1 000 kilomètres de là, Patrick Herzog a lui aussi la musique dans les gènes. Professeur d’accordéon, l’Alsacien tient cette passion de son père qui en jouait à la maison. Aujourd’hui, cela fait 22 ans qu’il dirige l’Ensemble folklorique et musical Haut Koenigsbourg de Sélestat, un groupe de danse et de musique traditionnelles alsaciennes qui anime de nombreux événements dans la région.

Son souhait : transmettre sa passion et promouvoir la région et sa culture à travers des musiques festives qui chantent l’Alsace et la joie de se retrouver.

Se réapproprier son Histoire

Transmettre, c’est aussi le mot d’ordre de Julen Achiary. Le musicien et chanteur basque en a fait son fer de lance. Le basque est sa langue maternelle et il a fréquenté pendant toute sa scolarité une Ikastola, une école basque en immersion.

Il considère sa langue comme fondatrice de l’identite basque, et donc aussi des chants de la région. À travers ses musiques, il fait résonner des mélodies immémoriales et cherche à créer un lien avec lui-même et les autres : « Je suis conscient de la fonction du musicien traditionnel dans une société, qui est celle d’accompagner les événements d’une vie, d’être une sorte de catalyseur des relations humaines ».

Julen Achiary est un musicien et chanteur basque. Photo: DR

Pour ce faire, il n’hésite pas à sortir des sentiers battus : « une culture traditionnelle, pour qu’elle soit vivante, doit se réinventer et être en mouvement, sous peine de disparaître ». Le Basque s’inspire en effet de ses nombreux voyages et des musiques venues d’ailleurs, du Congo aux pays du Caucase.

Doria Ousset l’a aussi bien compris : « Ma musique est un peu l’histoire de ma vie : c’est un mélange entre le chant corse traditionnel et le rock ». Ce mélange atypique qui la fait vibrer est un moyen pour elle de montrer qu’il y a plusieurs façons de faire vivre une langue qui, pour ne pas mourir, doit être parlée ou plutôt, dans ce cas, chantée.

Sauver un héritage en voie de disparition

Si Doria Ousset et Patrick Herzog sont si fiers de promouvoir leur culture, c’est parce qu’elle est en danger. Patrick Herzog souligne par exemple la difficulté à attirer les jeunes : « Une fois qu’ils entrent au collège, porter le gilet rouge du costume traditionnel alsacien leur fait un peu honte ».

L’Alsacien salue toutefois la volonté de certains élus politiques d’introduire le dialecte dans les écoles en développant des classes bilingues, car « sinon, dans 10 ou 20 ans, il n’y aura plus personne ».

Chanter, c’est dénoncer, c’est affirmer, c’est revendiquer une Histoire souvent oubliée.

Doria Ousset ne partage pas une vision plus optimiste. C’est peut-être pourquoi ses chansons transmettent un message si fort : « Je me sers du chant comme d’une tribune ». Sa chanson Roma raconte par exemple le massacre des Corses à Rome au XVIIIème siècle. Chanter, c’est dénoncer, c’est affirmer, c’est revendiquer une Histoire souvent oubliée.

Patrick Herzog rappelle en effet le passé particulier de l’Alsace, région devenue plusieurs fois allemande au cours des 150 dernières années : « Mon grand-père n’avait jamais appris le français et à la maison on avait le journal en allemand ».

Patrick Herzog avec son accordéon lors d’un concert. Photo: màd

Finalement, la musique a ce pouvoir d’être à la fois personnelle et universelle. Elle raconte des histoires familiales tout en transmettant des émotions communes qui marquent l’attachement à une terre et à des traditions qui rappellent à tout un chacun d’où il vient.

Ainsi, Patrick Herzog entonne avec joie la chanson Que notre Alsace est belle, (Das Elsass unser Landel). Julen Achiary sort en juin le premier volet d’un album qu’il a composé avec le groupe Haratago.

Ce quatuor fait revivre les Basa Ahaide, ces chants qui révèlent les émotions humaines face à la nature et à l’invisible. Doria Ousset souhaite quant à elle continuer à se battre pour la reconnaissance de son héritage, et cela toujours grâce à la force de sa voix.

Texte Léa Stocky

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