hiver périlleux : prévenir ou guérir les blessures de la saison
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Santé

Hiver périlleux : prévenir ou guérir les blessures de la saison

20.12.2023
par Maévane Mas

L’hiver est souvent synonyme de froid, de neige et de glace. En conséquence, les accidents sont plus courants. Les urgences médicales observent effectivement une augmentation significative des blessures liées aux activités hivernales et aux conditions climatiques. Fractures, entorses, traumatismes crâniens ou du rachis figurent parmi les blessures les plus fréquentes dès l’arrivée de la saison hivernale.

Franck Devos, médecin chef aux Urgences orthopédiques Hirslanden Clinique Bois-Cerf à Lausanne, est expert dans le diagnostic en traumatologie et la prise en charge initiale. Dans cette interview, il éclaire sur la manière de différencier, traiter et surtout anticiper les blessures pendant cette période de l’année.

Franck Devos,Médecin chef aux Urgences orthopédiques Hirslanden Clinique Bois-Cerf

Franck Devos
Médecin chef aux Urgences orthopédiques Hirslanden Clinique Bois-Cerf

Dr Franck Devos, quelles sont les blessures que vous observez le plus lors de la période hivernale ?

Les types de traumatisme sont essentiellement liés aux sports d’hiver et aux chutes sur le verglas. Ils touchent notamment les membres inférieurs et les extrémités: chevilles, poignets, mains, genou, etc. On peut aussi observer quelques traumatismes de la tête et du rachis avec des tassements vertébraux. Chez les personnes âgées, les traumatismes du bassin et de la hanche avec des fractures du col de fémur sont des cas plus spécifiques.

Ces blessures sont-elles principalement dues à des facteurs externes tels que la glace et la neige, ou résultent-elles également d’une fragilisation de l’organisme due aux conditions hivernales?

Il y a forcément des facteurs extérieurs tels que le verglas ou le fait qu’il fasse nuit tôt. Mais il y a aussi des facteurs internes. À cause du froid, les gens vont moins sortir de chez eux et vont donc faire moins d’exercice. Cela impacte la proprioception (sensibilité profonde). Faire des mobilisations et des exercices récurrents entretient la mémoire du muscle à réagir à des contraintes.

Il y a aussi des problèmes de fragilisation osseuse et du système immunitaire à cause d’un déficit en vitamine D. Cette dernière est essentiellement produite par l’exposition au soleil et permet d’utiliser le calcium que l’on absorbe. Dans l’idéal, il faudrait sortir au moins une demie heure par jour pour s’exposer au soleil. On peut compenser cela par l’alimentation (œufs, poissons gras, etc.) ou les médicaments (traitement oral par vitamine D), mais cela est moins efficace que la production cutanée.

Comment différencier foulure, entorse et fracture ? Comment réagir dans les premiers temps ?

La différence entre les foulures et les entorses est une question de degrés. Il n’y aura pas de dégâts visibles au niveau des articulations, des muscles ou des ligaments lors d’une foulure. Dans ce cas-là, il suffit de se reposer, de mettre un peu de glace et de voir au bout de deux-trois jours si cela passe.
Pour les entorses, il y a une déchirure au niveau des ligaments et parfois des atteintes articulaires. On va avoir un œdème, le membre va gonfler et faire assez mal. Mais comme les foulures, il n’est pas nécessaire de consulter dans l’heure. L’essentiel est du repos, mettre de la glace et venir aux urgence à une heure confortable, généralement le matin, pour la consultation.

Lors d’une fracture, l’os est cassé. Cela peut aller du petit arrachement osseux proche de l’entorse à une fracture qui peut être alignée, déplacée ou, dans les cas les plus graves, ouverte. Cette dernière est une urgence, il faut être opéré le soir même. Quand il y a une déformation, les signes de gravité sont une perte de sensibilité ou un problème vasculaire où les doigts ont tendance à bleuir, par exemple. Mieux vaut alors appeler une ambulance ou s’expliquer clairement aux urgences pour être pris en charge rapidement.

Finalement, un cas particulier est la fracture du rachis. Lorsqu’il y a un traumatisme au niveau de la colonne, mieux vaut rester au sol en attendant les secours. S’il a une fracture déplacée, un mauvais mouvement pourrait entraîner des atteintes de la moelle épinière. Les symptômes d’un tel accident sont des douleurs dans le dos et dans le cou. Si la personne arrive à se relever d’elle-même mais ressent une douleur au dos par la suite, il est nécessaire de consulter en urgence. Les signes d’alerte sont une perte de sensibilité ou des pertes de force au niveau des jambes ou des bras.

Que faire en cas de suspicion de traumatisme crânien ?

En cas de perte de connaissance, on se rend directement aux urgences. Si la personne n’a pas repris connaissance ou se sent confuse, qu’elle n’a pas un comportement habituel ou n’est pas bien, il faut appeler le 144 pour qu’elle soit orientée dans un centre où il y a des experts en cas de problème cérébral.

Si on s’est cogné la tête mais qu’il n’y a pas de confusion ni de perte de connaissance, on va simplement surveiller de manière rapprochée sur 24 heures. Les signes d’alertes sont des vomissements répétés, des maux de tête qui augmentent, des problèmes de comportement ou de confusion, des problèmes neurologiques tels que des troubles de l’équilibre, une perte de force ou de sensibilité dans les bras ou dans les jambes.

Quels conseils donneriez-vous afin de prévenir les blessures et les chutes fréquentes pendant la saison hivernale?

Avant de reprendre les activités de ski, il est important de se préparer en faisant du renforcement musculaire. Le ski est un sport où l’on est remis assez brutalement dans l’exercice de nos muscles. Le fait de les travailler en avance évite beaucoup de blessures. Il suffit de faire un peu de marche, de course à pied ou des exercices qui travaillent la stabilité comme les squats.

Il est également essentiel d’agir sur la prévention des personnes âgées. Ce qui permet le plus de prévenir les chutes est l’activité physique. Il est primordial que, dès les premier signes, l’entourage réagisse et ne laisse pas venir la première chute. L’idéal est de consulter un gériatre pour faire un bilan de chute ou de faire un peu d’activité physique. Le principe de la médecine anti-chute est de faire des séances de rééducation avec du renforcement musculaire et du travail de la proprioception.

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