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Portrait Récupération Santé

De la dépendance à l’héroïne à la vie

17.01.2020
par Andrea Tarantini

Lorsque les Suisses écoutent parler de la dépendance à l’héroïne, les images peu attrayantes du Platzspitz et les nombreux décès liés à la drogue d’antan leur viennent à l’esprit. Mais il existe aussi d’anciens héroïnomanes qui ont remporté le combat contre les opiacés. Voici une histoire de vie qui commence tristement, s’aggrave et se termine pour le mieux.

«Je travaillais et soudain, j’ai ressenti une douleur extrême aux membres», se souvient Giulia*. C’est ainsi que, à 17 ans, pendant sa formation de technicien de service, elle réalise qu’elle est dépendante de l’héroïne. C’est qui l’amène, pendant sa pause, à sortir et à s’acheter du matériel pour se débarrasser de la douleur. Depuis ce moment jusqu’à son sevrage, Giulia ne passe pas une journée sans la drogue.

Aujourd’hui, personne ne dirait que Giulia, âgée de 29 ans, était accro à la drogue. Dix longues années ont passé depuis sa dernière intoxication à l’héroïne. Aujourd’hui, elle en est visiblement fière et, avec calme, elle regarde son passé, dont elle ne se souvient que vaguement. C’est choquant mais c’est une réussite: à la fin de la vingtaine, elle peut raconter ses dix ans d’abstinence. Ses actions réfutent l’adage «dépendant un jour, dépendant toujours».

Du joint à l’héroïne

Le chemin qui mène Giulia à la dépendance à l’héroïne se présente comme une «carrière» typique dans la drogue. «J’ai commencé à fumer de l’herbe à l’âge de douze ans et, deux ans plus tard, j’y ai ajouté des pilules d’ecstasy et de la cocaïne», raconte Giulia. D’une part, elle était curieuse, d’autre part, elle n’a pas vraiment bénéficié des meilleures conditions. En effet, sa mère était déjà dépendante de diverses drogues avant sa naissance et son addiction à l’alcool et à la cocaïne s’aggrave lorsque Giulia est adolescente. Contrairement à sa fille, elle se bat toujours contre la drogue. D’ailleurs, quand Giulia a sept ans, ses parents se séparent et elle est alors obligée de vivre avec sa mère toxicomane.

Elle se souvient bien des accès de colère et du sentiment de ne jamais savoir à quoi s’attendre à la maison. Petite, elle traîne sa mère ivre au lit et nettoie l’appartement lorsque les services sociaux venaient lui rendre visite. «Sinon ils t’emmèneront», menace continuellement sa mère. Lorsque celle-ci part en vacances, Giulia vit avec son père – un rêve, les meilleurs moments de sa vie. «Tout à coup, je vivais dans une maison propre et il y avait toujours quelque chose à manger», se souvient-elle en souriant.

Giulia reste ensuite avec son père, mais les blessures émotionnelles et les terribles souvenirs ne disparaissent pas de ses pensées. À 17 ans, elle commence une relation avec un jeune homme qui prend beaucoup de drogues, dont l’héroïne. Giulia, qui a déjà essayé toutes les autres drogues, veut prendre de l’héroïne par curiosité, mais son petit ami ne veut pas lui en donner. C’est alors qu’elle la prend en secret et vomit peu après. «Même vomir est agréable après avoir pris de l’héroïne, c’est vraiment libérateur. Je pouvais enfin me déconnecter de tout. J’aimais cette coupure du monde», c’est en ces termes que la jeune femme de 29 ans tente de décrire l’intoxication.

Échec du nouveau départ

Lorsque Giulia vit avec son père, elle prend de l’héroïne et lui vole de l’argent pour financer sa dépendance. Mais quand son père s’en aperçoit, il la met à la porte et elle trouve alors un logement chez un collègue qui était également accro à l’héroïne. Un soir, Giulia rend visite à son père, qui lui demande si elle a fumé. La jeune femme nie car, à ce stade, elle ne veut pas être aidée et son père sait très bien qu’il ne peut rien faire sans sa volonté. Giulia continue donc à consommer et termine son apprentissage avec succès. Cependant, elle se souvient à peine de cette époque. Elle sait qu’elle ne veut pas continuer comme ça et accepte alors une offre d’emploi dans une autre ville en espérant éloigner les problèmes.

Pleine d’espoir, elle déménage mais elle se retrouve au plus bas de sa vie. Giulia augmente en effet sa dose d’un gramme par jour à cinq grammes et commence également à prendre de la cocaïne. En trois mois, elle dépense en drogues près de 12 000 francs qu’elle avait économisés. Puis, quand elle termine son argent, elle commence à trafiquer.

Ce n’est qu’avec le recul qu’elle réalise à quel point la situation qu’elle vivait était dangereuse. A l’époque, elle ne fréquente que des personnes dépendantes qu’elle connaît à peine et elle est généralement la seule femme dans des grands groupes d’hommes. Pour 1m70, elle ne pèse que 50 kilos. Après six mois, son patron comprend ce qui ne va pas chez elle et contacte son père qui la récupère et qui lui dit: «Je suis là pour toi si tu prends le bon chemin». Cette phrase change la vie de Giulia qui comprend en ce moment qu’elle doit changer.

Après six mois, son patron comprend ce qui ne va pas chez elle et contacte son père.

Une autre vie

Arrivée dans sa ville natale, elle va en cure de désintoxication, y sort quelques jours plus tard mais elle achète de l’héroïne et la fume. Après cet épisode, Giulia a immédiatement mauvaise conscience. Heureusement, quelques semaines plus tard seulement, elle obtient une nouvelle place dans le service de réadaptation. Cette fois-ci elle gère la situation et sans rechutes.

Après sa réadaptation, la jeune femme se lance dans une thérapie de un an et demi. Elle vit alors avec dix autres ex-toxicomanes. Ensemble, ils se lèvent tôt tous les jours, font du jardinage et de la cuisine. «C’était un moment très difficile au début car l’héroïne me manquait sans cesse tout comme les puissantes hormones du bonheur qu’elle libère. Ce n’est qu’avec le temps que j’ai réappris à apprécier les choses de tous les jours», explique Giulia. Aujourd’hui, elle se souvient avec gratitude de la réadaptation: «Je regrette le temps que j’ai perdu, mais pas ce que j’ai appris».

Après avoir terminé la thérapie avec succès, elle se construit un nouvel environnement social. Elle devient gérante dans un restaurant et rencontre son partenaire de vie. Elle a peu ou pas de contact avec sa mère, mais la relation avec son père n’en est que meilleure. Giulia commence également une formation de pédagogue sociale. «Je veux travailler avec les gens et les aider», souligne-t-elle avec joie.

*Nom changé par la rédaction

Texte Michelle Christen

Traduit de l’allemand par Andrea Tarantini

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