Interview par Léa Stocky

Saskia Günther : Vers un engagement concret pour le climat et les générations futures

La Head of Sustainability de Swisscom nous parle de l’impact positif des mesures que l’entreprise suisse a mises en place.

« Le réchauffement climatique est un problème global, et non local. » En ce qui concerne le développement durable, il en va de la responsabilité des entreprises de mettre en place des actions crédibles qui montrent à tout un chacun ce qu’il est possible de faire pour le bien de nos générations futures. C’est ce que soutient Saskia Günther, Head of Sustainability chez Swisscom.

Dans cette interview, elle nous parle de l’impact positif des mesures qu’a mises en place l’entreprise suisse afin de montrer qu’agir autrement est possible.

Saskia Günther

Saskia Günther, depuis 1990, Swisscom s’est donné des objectifs ambitieux pour le climat. Comment l’entreprise a-t-elle élaboré sa stratégie de développement durable ?

Notre stratégie est basée sur les 17 objectifs de développement durable établis par l’ONU. Dans les années 1990, nous avions commencé à mettre en place des programmes basés sur l’efficacité énergétique et sur le climat, ce qui nous permet aujourd’hui d’atteindre une réduction de CO2 de 88 %. Ensuite, au début des années 2000, nous avons instauré nos premières mesures sociales en soutenant l’installation de l’internet dans les écoles, engagement qui s’est renforcé aujourd’hui avec notre programme de sensibilisation des enfants et des parents aux chances et aux risques de la digitalisation.

En 2020, les opérations de Swisscom deviennent climatiquement neutres. Que cela signifie-t-il ?

Déjà en 2010, nous avions décidé d’utiliser 100 % d’énergies renouvelables. Nous avions aussi instauré des programmes d’efficacité énergétique tels que le remplacement des systèmes de refroidissement par l’utilisation de l’air extérieur. Cela nous a permis d’atteindre 80 % de réduction de CO2 en 2020, avec comme objectif le palier des 90 % tout en compensant les 10 % restants en soutenant divers projets. Pour les émissions indirectes, nous souhaitons les réduire à 50 % d’ici à 2025.

Ces mesures ont-elles été faciles à mettre en place ?

Les premières mesures des années 1990 ont été faciles à instaurer en raison de leurs gains financiers à court terme. Aujourd’hui, elles sont plus difficiles car elles doivent être appréhendées sur le long terme. Au début de l’année, nous avons par exemple acheté 1200 véhicules électriques, ce qui implique de nombreux changements aussi bien techniques qu’au niveau des collaborateurs et de leur sensibilisation.

De tels changements nécessitent-ils de nouvelles façons d’appréhender la gouvernance au sein de l’entreprise ?

Nous avons augmenté la responsabilité de notre conseil d’administration, mais aussi la responsabilité des unités d’affaires car le développement durable est le travail de toute l’entreprise. Il faut s’assurer que chaque membre de la direction exerce des responsabilités claires dans les différents domaines. Ce qui est essentiel, c’est d’intégrer ces mesures dans le business de l’entreprise et de réfléchir aux changements de business modèle pour avoir un impact positif sur la société.

Swisscom a pour ambition de devenir climatiquement neutre sur toute la chaîne de création de valeur d’ici 2025. Concrètement, quelles mesures cela implique-t-il ?

Notre objectif central pour 2025 est de réduire nos émissions directes de 90 %. Pour cela, nous allons par exemple électrifier tout notre parc de véhicules, à 50 % d’ici 2025 et 100  % d’ici 2030. Nous accélérons aussi le remplacement de tous les chauffages fossiles. Pour le groupe Swisscom (avec l’Italie), l’objectif est d’atteindre le net Zéro en 2035 selon SBTi (Science Based Target initiative). Nos centres de données consomment énormément, nous cherchons donc des solutions pour réduire leur consommation d’électricité. À Berne par exemple, nous collectons l’eau de pluie pour refroidir le centre et la chaleur est redonnée à la ville pour chauffer une piscine. Cela devient plus complexe au niveau des émissions indirectes, que nous voulons réduire à 50 % d’ici 2025. Nous avons mis en place un programme d’économie circulaire et changé complètement le design de la TV box, permettant d’une part de diminuer sa taille et de la fabriquer avec 65 % de matières recyclées. Enfin, on est plus fort à plusieurs que tout seul et le travail doit se faire sur toute la chaîne de valeur. Avec 27 autres entreprises de télécoms européennes et mondiales sous le leitmotiv Corporation beyond competition, nous regardons ce que nous pouvons faire ensemble pour influencer nos fournisseurs.

Pouvez-vous nous parler des mesures de compensation des émissions de CO2?

Je me suis rendu compte qu’il est aujourd’hui trop tard pour réfléchir en étape. La situation étant critique, il n’est plus possible de d’abord chercher à réduire les émissions et ensuite les compenser. Ce qu’il faut faire pour prendre sa responsabilité, c’est d’avoir un chemin de réduction très ambitieux qui permet en même temps d’investir dans des projets qui aident à réduire les émissions de CO2 au niveau global. Il était important pour nous de réfléchir à des initiatives qui ne soient pas uniquement centrées sur le climat mais aussi sur la protection de la biodiversité ou l’aide à la population, et qui soient scientifiquement de haute qualité.

Comment communiquer de façon claire et transparente concernant les mesures prises par l’entreprise en matière de réduction des émissions ?

L’essentiel est de faire ce que l’on dit. Mais si l’on ne communique pas, personne ne sait ce que l’on fait. Le plus grand challenge est d’avoir la capacité à se concentrer sur un message clé pour que tout le monde comprenne, en ne cherchant pas à tout expliquer.

Finalement, en quoi peut-on dire qu’une entreprise telle que Swisscom joue un rôle modèle pour d’autres organisations ?

Swisscom est une entreprise de confiance qui s’engage en faveur de la numérisation et de la responsabilité dans la société. On peut en faire profiter les autres, et aider les autres entreprises qui n’ont pas le même savoir à avancer plus vite que nous l’avons fait. Il est essentiel d’être crédible dans nos actions et d’implémenter des mesures qui font sens. Au niveau des employés, nous remarquons que les jeunes générations qui postulent s’intéressent au développement durable et attendent des entreprises qu’elles prennent leurs responsabilités. Chez nos clients, la sensibilité au développement durable augmente également. Finalement, il s’agit de montrer les avantages de la durabilité et de proposer des solutions, comme nous le faisons avec notre nouvelle offre de décarbonisation pour nos clients Business, afin d’inciter les autres entreprises à vouloir accélérer la transition.

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26.06.2024
par Léa Stocky
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